POLITIQUE
29/08/2018 18:31 EDT | Actualisé 30/08/2018 05:54 EDT

Le pardon consenti à Éric Caire par François Legault est critiqué

Le leader a vu une nouvelle tuile s'abattre sur lui moins de 24 heures après la surprenante défection de Stéphane Le Bouyonnec.

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Comme chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), François Legault a une "tolérance zéro" pour la corruption dans l'octroi de contrats. Il peut, en revanche, tolérer une "apparence de conflit d'intérêts" comme celle dans laquelle s'est retrouvé son député Éric Caire, qu'il garde dans ses rangs parce que l'"erreur" a été réparée.

Il a accordé mercredi son absolution inconditionnelle à l'élu de La Peltrie qui avait accepté, avec son ex-conjointe, un prêt personnel de 55 000 $ du maire de l'Ancienne-Lorette, Émile Loranger, comme l'a rapporté Le Journal de Québec. Cette propension

à passer aussi facilement l'éponge a été critiquée par le chef péquiste Jean-François Lisée et le ministre libéral de la Santé, Gaétan Barrette.

Celui qui avait promis une politique de "tolérance zéro" en matière d'intégrité a offert sa définition du terme quand les journalistes lui ont demandé d'expliquer où il traçait la ligne. "L'intégrité, c'est de profiter d'un poste au gouvernement pour donner des contrats à des petits amis. (...) Je pense qu'on mélange pas mal les choses", a-t-il argué.

Et dans le cas du député fautif, "il n'y a pas eu de corruption", mais le cas d'"un ami qui lui a fait un prêt", une "erreur" corrigée par l'élu caquiste qui a "remboursé le prêt", a soutenu François Legault. "Il n'y a pas eu de corruption, là. (...) Quand on reçoit du financement politique et qu'en échange, on donne des contrats du gouvernement, ça, c'est de la corruption", a-t-il tranché.

Réputé pour ses attaques frontales sur les questions d'éthique contre les autres partis, l'élu de La Peltrie n'a pas sollicité l'avis de la commissaire à l'éthique et à la déontologie avant d'encaisser l'argent du maire de cette municipalité qui fait partie de la circonscription qu'il représente à l'Assemblée nationale.

Il a cependant été prévenu par la commissaire en avril dernier que le prêt le plaçait dans une situation de conflit d'intérêts potentiel. Le chef caquiste en a été informé par son député et il a choisi de ne pas rendre cette information publique "parce que c'était réglé" et que l'"erreur, là, dans le fond, n'est pas une question de corruption ou une question d'éthique".

Le leader a offert ces arguments à Montmagny, après avoir vu cette nouvelle tuile s'abattre sur lui moins de 24 heures après la surprenante défection du président de la CAQ, Stéphane Le Bouyonnec. Ce dernier a fait défection mardi, plusieurs semaines après avoir mis son parti dans l'embarras en raison de son implication dans une entreprise qui faisait des prêts à des taux usuraires.

Malgré la controverse, François Legault était resté derrière ce pilier du parti, qui se portait candidat dans la circonscription de La Prairie. Il avait parlé, là aussi, d'une "erreur".

L'arroseur arrosé

Péquistes et libéraux ont fait leurs choux gras de cette affaire.

Le chef du Parti québécois, Jean-François Lisée, a laissé entendre que ces derniers développements marquaient un "moment tournant" de la campagne.

"Le vernis éthique de François Legault a fondu complètement aujourd'hui", a-t-il déclaré devant les militants réunis à Sherbrooke.

"François Legault a perdu aujourd'hui toute autorité morale en éthique."

Le premier ministre Philippe Couillard, de son côté, a offert une réaction plus laconique. "Écoutez, je ne ferai pas de commentaire là-dessus. (...) Je suppose que M. Caire voudra expliquer la situation", s'est-il contenté d'offrir, précisant n'être "absolument pas au courant" de cette affaire avant qu'un journaliste ne la porte à son attention.

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Son ministre de la Santé, Gaétan Barrette, ne s'est toutefois pas fait prier pour y réagir. Il s'est dit sensible au contexte entourant le prêt contracté - une rupture dans le couple du député caquiste - mais il est d'avis que cela ne justifie pas que son chef passe l'éponge pour autant.

"Ce n'est pas ça qui est l'enjeu actuellement. L'enjeu, c'est la position de François Legault en termes de cohérence, de gouvernance et d'éthique. Avec sa réaction, aujourd'hui, pour moi, il montre à quel point il a une éthique à géométrie variable", a-t-il pesté en entrevue téléphonique avec La Presse canadienne, mercredi après-midi.

Il a également décoché quelques flèches à l'endroit du député, qui s'est montré émotif en faisant acte de contrition, mercredi matin: "Éric Caire, c'est "monsieur éthique et morale". Il vilipende tout le monde. Et là, il est pris, dans une certaine mesure, avec une situation tout à fait inacceptable".

Ces deux histoires embarrassantes à surgir en l'espace de moins de deux jours viennent détourner les projecteurs qui étaient braqués sur une autre candidate - celle que le chef libéral Philippe Couillard a choisie pour le portefeuille de la Santé, Gertrude Bourdon. Elles tombent aussi alors que la CAQ est toujours en pole position dans les sondages.

Et bien que ces coups de sonde soient encourageants, François Legault a enjoint mercredi ses troupes à ne pas commettre l'erreur fatale de tenir la victoire pour acquis.