POLITIQUE
28/08/2018 15:31 EDT | Actualisé 29/08/2018 17:33 EDT

ALÉNA: Justin Trudeau ne signera un accord que s'il «est bon pour le Canada»

Il a dit qu'il défendra le système de la gestion de l'offre qui protège le secteur laitier canadien.

La Presse canadienne/Paul Chiasson
Justin Trudeau a rapidement répondu à des questions après une rencontre avec des gens du milieu des affaires à Longueuil.

Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a averti mardi qu'il ne signerait un accord commercial avec les Etats-Unis et le Mexique que s'il est "bon pour le Canada" et a envoyé sa ministre des affaires étrangères à Washington pour négocier une version réformée de l'accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

"Nous allons travailler de bonne foi, de façon constructive (...) mais nous n'allons signer qu'un accord qui est bon pour le Canada", a déclaré Justin Trudeau.

Mme Chrystia Freeland, en charge de ce dossier ultra-stratégique, a interrompu une tournée en Europe et est arrivée dans la capitale américaine mardi après-midi.

Elle s'est adressée aux journalistes en fin de journée avant d'entrer dans le bureau du Représentant américain au Commerce.

"Nous sommes sur le point de commencer la réunion avec l'ambassadeur au commerce, Robert Lighthizer", a-t-elle indiqué.

"Nous sommes encouragés par les progrès réalisés par les États-Unis et le Mexique, particulièrement sur les voitures et le droit du travail", a-t-elle ajouté évoquant l'accord conclu lundi entre les deux autres partenaires du pacte de libre-échange.

Le secteur laitier canadien semble déjà au coeur des exigences américaines dans ces négociations. Alors qu'un conseiller économique du président Trump, Larry Kudlow, a d'ores et déjà exigé d'Ottawa d'intégrer ce secteur dans les négociations, M. Trudeau a promis qu'il le défendrait.

Le lait de la discorde ?

"Nous défendrons la gestion de l'offre", un système par lequel Ottawa contrôle la production et le prix du lait produit par les éleveurs canadiens grâce à des quotas annuels, qui leur assurent des revenus stables et prévisibles. Les États-Unis réclament le démantèlement de ce système.

"Ils ont du mal avec le mot +lait+, avec tout ce qui relève du lait ou du secteur laitier", a ironisé le conseiller du président Trump. "Ils ont ce système planifié géré par le gouvernement", a-t-il critiqué ajoutant que les tarifs douaniers du Canada sur les produits laitiers américains montaient "jusqu'à 300%". "Ils vont devoir corriger cela", a lancé M. Kudlow.

Entre le Mexique et les États-Unis, il a fallu des semaines de discussions pour arriver à se mettre d'accord sur un texte qui touche à l'automobile (l'un des principaux contentieux), l'agriculture, le droit du travail ou encore la propriété intellectuelle.

M. Trump juge l'ALÉNA "désastreux" pour les États-Unis et responsable entre autres d'avoir détruit de nombreux emplois américains.

Le Canada qui est lui aussi signataire de l'accord de 1994 n'avait pas participé à cette phase des négociations, préférant laisser le Mexique et les États-Unis régler leurs différends, bien plus nombreux.

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Pour le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, l'objectif est désormais "d'intégrer rapidement le Canada à l'accord".

"Les marchés américains et canadiens sont très imbriqués. Il est important pour eux d'obtenir cet accord et c'est aussi important pour nous", a déclaré mardi M. Mnuchin.

"Je pense que nous réussirons (...) et si nous n'y parvenons pas, nous irons de l'avant avec le Mexique et nous conclurons ensuite un accord séparé avec le Canada", a-t-il prévenu.

Donald Trump a quelque peu semé le trouble en évoquant un accord uniquement bilatéral avec le Canada, ce qui signerait concrètement la mort de l'ALÉNA.

Mais le Premier ministre canadien Justin Trudeau et M. Trump ont eu lundi une "discussion constructive", selon le cabinet du dirigeant canadien. Outre Mme Freeland, M. Trudeau a également dépêché mardi à Washington, dans son équipe de négociateurs, son plus proche conseiller, Gerald Butts.

Le président élu mexicain, Andrés Manuel Lopez Obrador, qui prendra ses fonctions le 1er décembre, a estimé qu'il était "important que le gouvernement du Canada soit appelé, comme c'est déjà le cas", à se joindre à l'accord, "pour que l'Accord de libre-échange nord-américain soit maintenu".

Les représentants mexicains espèrent signer un nouveau traité avant la fin du mois car ils veulent avoir l'approbation du corps législatif avant que le nouveau président mexicain élu ne prenne ses fonctions.

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