POLITIQUE
22/08/2018 11:41 EDT | Actualisé 22/08/2018 16:51 EDT

Philippe Couillard ne veut pas s'impliquer dans les négos à la SAQ

Les syndiqués tiennent une 2e journée de grève mercredi.

HuffPost Québec

Le premier ministre Philippe Couillard ne veut pas se mêler de la négociation à la Société des alcools, alors que certains de ses syndiqués ont tenu une deuxième journée de grève et qu'ils ont manifesté devant des bureaux gouvernementaux, parce qu'ils considèrent le premier ministre comme le véritable patron de la société d'État.

Mercredi, les quelque 5500 membres du Syndicat des employés de magasins et de bureaux, affilié à la CSN, tenaient une deuxième journée de grève, puisée dans un mandat de six journées dont ils s'étaient déjà dotés.

La majorité des succursales étaient donc fermées, mais certaines ont pu rester ouvertes, exploitées par des cadres - comme le permet le Code du travail.

Des syndiqués ont manifesté devant les bureaux des ministres des Finances et du Conseil du trésor, avant de converger vers le bureau du premier ministre, au centre-ville de Montréal.

Au cours d'une entrevue, mardi, la présidente du syndicat, Katia Lelièvre, avait justifié le choix de manifester devant les bureaux du premier ministre par le fait qu'il était "le vrai boss" de la Société des alcools.

Interrogé à ce sujet mercredi, alors qu'il rencontrait la presse à Montréal, le premier ministre Couillard a réfuté cet argument, rappelant que la Société des alcools était gérée par un conseil d'administration autonome.

"C'est curieux: des fois, quand ça fait l'affaire du monde, on est le vrai boss; des fois on n'est pas le vrai boss; ça dépend des circonstances. Ici, on a une société d'État avec un conseil d'administration autonome. Ce n'est pas le gouvernement qui négocie avec le syndicat; c'est la SAQ. C'est à eux que revient la responsabilité de conclure une entente avec le syndicat. Et c'est au syndicat que revient la responsabilité de conclure une entente avec leur employeur", a rappelé M. Couillard.

Les négos se poursuivent

Le principal point en litige concerne le travail les week-ends, soit la période la plus achalandée de la semaine.

La question des salaires n'a pas encore été abordée, mais ce n'est pas ce qui pose problème, avait affirmé en entrevue mardi Mme Lelièvre. Le salaire horaire des employés à temps partiel est de 19,33 $ et celui d'un caissier-vendeur à temps plein, au dernier échelon, de 24,81 $.

"En général, oui il y a des choses à améliorer, mais les conditions de travail ne sont pas mauvaises à la Société des alcools du Québec", a conclu M. Couillard.

Les négociations se poursuivront entre les parties jeudi et vendredi. La direction de la SAQ dit travailler fort pour parvenir à une entente avec ce syndicat "le plus rapidement possible".

L'autre grand syndicat à la Société des alcools est le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), plutôt affilié à la FTQ. Il représente les 850 travailleurs des centres de distribution à Montréal et à Québec. Ces syndiqués ont renouvelé leur convention collective pour cinq ans, soit de 2016 à 2020, et ce, sans grève.

Pas d'engagement pour l'aide juridique

Dans un autre dossier, Philippe Couillard ne veut pas s'engager à consacrer 50 millions $ de plus à la rémunération des avocats qui acceptent des mandats de l'aide juridique, comme le lui demande le Barreau du Québec. Cette question relève de la négociation entre les parties, a-t-il affirmé.

Mardi, le Barreau du Québec a demandé aux partis politiques en campagne électorale de s'engager en faveur de l'aide juridique, notamment en rehaussant les tarifs versés aux avocats de pratique privée qui prennent des mandats de l'aide juridique. Ceux-ci reçoivent des montants de 500 $ ou 600 $ pour des semaines de 40 heures, dans des causes de droit de la famille ou de l'immigration, par exemple.

Il s'ensuit que de moins en moins d'avocats de pratique privée acceptent de tels mandats, a déploré le Barreau.

Interrogé à ce sujet mercredi, alors qu'il rencontrait la presse à Montréal, le premier ministre n'a pas voulu se mêler de cette question des tarifs, qui relève de la négociation des conditions de travail entre les parties.

Il a toutefois rappelé que son gouvernement avait déjà augmenté l'accessibilité à l'aide juridique pour les citoyens et avait développé différentes mesures pour favoriser la médiation.

La CAQ et le PQ s'engagent

Du côté de la Coalition avenir Québec, on a assuré qu'un gouvernement de la CAQ bonifiera l'enveloppe de l'aide juridique à ce chapitre.

Le député Simon Jolin-Barrette, responsable du dossier, "prône un réinvestissement massif dans le système de justice, afin de bonifier la rémunération des avocats de pratique privée qui traitent des cas d'aide juridique, afin que les gens ayant besoin d'assistance juridique aient accès à une représentation juste et de qualité, au même titre que le reste de la population".

Il admet que les tarifs d'aide juridique "sont trop bas depuis plusieurs années" - ce dont se plaignait précisément le Barreau du Québec.

La vice-chef du Parti québécois, Véronique Hivon, abonde dans le même sens. Sans préciser si le montant de 50 millions $ est justifié, Mme Hivon affirme que le PQ est conscient qu'il y a du rattrapage à faire.

"Le Barreau a raison quand il dit que les tarifs ne tiennent plus la route, ajoute celle qui est aussi porte-parole de l'opposition officielle en matière de justice. Ça a des impacts sur la pratique des avocats, sur la baisse du nombre d'avocats qui acceptent des mandats d'aide juridique et sur de plus en plus de gens qui se représentent seuls."

Selon Véronique Hivon, "la justice est un enjeu qui est sous-estimé, mais qui devrait pourtant être prioritaire parce que c'est un droit fondamental".

QS va plus loin

Québec solidaire va même jusqu'à chiffrer son engagement. Sa porte-parole Manon Massé soutient qu'un gouvernement solidaire investira 72 millions $ afin de garantir et d'améliorer l'accès de la population aux services d'aide juridique.

"On vient d'apprendre il y a quelques jours que l'État québécois a fait un excédent budgétaire de 2,3 milliards $ l'année dernière, rappelle-t-elle. Que les libéraux refusent de s'engager à investir pour améliorer l'accès à l'aide juridique prouve bien que leurs priorités ne sont pas du côté du peuple ni des moins fortunés."

En 2016-2017, 14 000 personnes ont demandé l'aide juridique au Québec et seulement 9000 d'entre elles ont été jugées admissibles, d'après un communiqué diffusé mercredi après-midi par Québec solidaire.

"Actuellement, les seuils fixés par le gouvernement sont insuffisants et beaucoup de gens se retrouvent sans recours. Investir 72 millions $ permettrait non seulement de payer convenablement les avocats qui prennent les mandats d'aide juridique, mais aussi d'étendre l'accès de ces services à tous les gens qui en ont besoin", a fait valoir Mme Massé.