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20/08/2018 10:38 EDT | Actualisé 20/08/2018 11:21 EDT

Prêtres pédophiles: le pape François s'excuse et dénonce leur dissimulation

«Aucun effort ne doit être épargné pour créer une culture capable d'empêcher de telles situations de se produire, mais aussi d'empêcher que celles-ci soient dissimulées et perpétuées.»

Le pape François a récité une prière à la place Saint-Pierre, dimanche.
AFP/Getty Images
Le pape François a récité une prière à la place Saint-Pierre, dimanche.

Dans une lettre adressée lundi aux catholiques du monde entier, le pape François condamne les agressions sexuelles commises par les prêtres, dénonce leur dissimulation et réclame l'imputabilité, en réponse aux nouvelles révélations de décennies de mauvaise conduite de membres de l'Église catholique aux États-Unis.

Le pape demande pardon pour la douleur subie par les victimes et déclare que les catholiques laïcs doivent être impliqués dans tout effort pour éliminer les agressions et la dissimulation. Il fustige la culture cléricale à laquelle la crise a été attribuée, les dirigeants de l'Église étant plus préoccupés à protéger leur réputation que la sécurité des enfants.

"Avec honte et repentance, nous reconnaissons en tant que communauté ecclésiale que nous n'étions pas là où nous aurions d être, que nous n'avons pas agi de manière opportune, en réalisant l'ampleur et la gravité des dommages causés à tant de vies, a écrit le pontife. Nous n'avons montré aucun souci pour les petits, nous les avons abandonnés."

Le Vatican a publié la lettre de trois pages avant le voyage de Francis ce week-end en Irlande, un pays autrefois fermement catholique où la crédibilité de l'Église a été dévastée par des années de révélations selon lesquelles des prêtres ont violé et molesté des enfants en toute impunité, pendant que leurs supérieurs les protégeaient.

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"Cette culture a été supervisée par le #Vatican et encodée dans ses lois, a lancé sur Twitter Colm O'Gorman, une victime qui organise une manifestation de survivants des prêtres pédophiles lors de la visite du pape. Il (le pape) doit le dire et reconnaître sa responsabilité."

On s'attend depuis le début à ce que les agressions sexuelles du clergé dominent le voyage, mais les révélations aux États-Unis montrent que l'un des cardinaux de confiance du pape, l'archevêque de Washington Theodore McCarrick, aurait agressé et harcelé aussi bien des mineurs que des séminaristes adultes.

En outre, un rapport de grand jury publié en Pennsylvanie la semaine dernière indique qu'au moins 1000 enfants ont été victimes de quelque 300 prêtres au cours des 70 dernières années, et que des générations d'évêques ont omis de prendre des mesures pour protéger leur troupeau ou punir les violeurs.

Dans la lettre publiée en sept langues, le pape a fait référence au rapport de la Pennsylvanie et reconnaît qu'aucun effort pour demander pardon aux victimes ne suffirait, mais jure "plus jamais".

Au sujet de l'avenir, poursuit-il, "aucun effort ne doit être épargné pour créer une culture capable d'empêcher de telles situations de se produire, mais aussi d'empêcher que celles-ci soient dissimulées et perpétuées".

Cependant, le pape ne fournit aucune indication sur les mesures concrètes qu'il est disposé à prendre pour sanctionner les évêques - aux États-Unis et au-delà - qui ont protégé les prêtres agresseurs.

Il y a plusieurs années, le pape a envoyé au rancart un tribunal du Vatican mis sur pied pour poursuivre les évêques négligents. Il a refusé de donner suite à des informations crédibles concernant des évêques du monde entier qui sont demeurés en poste même après avoir apparemment bâclé la gestion de certains dossiers ou omis de signaler les agresseurs à la police.

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Le cardinal Theodore McCarrick (droite) et le pape François en 2015.

Le pape a également conservé au sein de sa garde rapprochée de neuf membres un cardinal chilien longtemps accusé de dissimulation de pédophiles, un cardinal australien actuellement jugé pour des accusations d'agressions sexuelles et un cardinal hondurien récemment impliqué dans un scandale sexuel entre prêtres homosexuels.

Conséquemment, les défenseurs des victimes des prêtres pédophiles considèrent que la lettre est insuffisante.

"De simples mots en ce moment ne font qu'aggraver l'insulte et la douleur", a dénoncé la militante Anne Barrett Doyle. Pour protéger les enfants, a-t-elle dit, le pape devrait ordonner au Vatican de rendre public le nom de tous les prêtres qui ont été reconnus coupables d'agressions sexuelles de mineurs en vertu du droit canon.

Au Chili, où un scandale de sévices sexuels au sein de l'Église a éclaté au début de l'année, le pape a fortement incité les 31 évêques actifs du pays à démissionner en masse pour leur gestion des prêtres pédophiles. Il a accepté cinq démissions jusqu'à présent.

À la différence de la conférence des évêques des États-Unis, qui a uniquement évoqué des "péchés et omissions" dans le traitement des agressions en réponse au rapport de Pennsylvanie, le souverain pontife a qualifié la faute professionnelle de "crimes".

"Demandons pardon pour nos propres péchés et les péchés des autres, écrit-il dans la lettre. Une prise de conscience du péché nous aide à reconnaître les erreurs, les crimes et les blessures causées dans le passé et nous permet, au présent, d'être plus ouverts et engagés tout au long d'un voyage de conversion renouvelé."

C'est la deuxième réponse du Vatican ces derniers jours au rapport du grand jury de Pennsylvanie, qui a déclenché une crise de confiance envers les dirigeants catholiques des États-Unis et a incité les fidèles ordinaires à suspendre leurs dons.

La semaine dernière, un porte-parole du Vatican a publié une déclaration qualifiant les agressions décrites dans le rapport de "criminelles et moralement répréhensibles" et déclarant que ceux qui violaient des enfants "et ceux qui fermaient les yeux sur les agressions devaient être tenus responsables".

Par la suite, la Conférence des évêques catholiques des États-Unis a déclaré qu'elle envisageait de demander au pape d'autoriser une enquête du Vatican sur le scandale McCarrick. Le fait que le leader religieux invitait régulièrement des séminaristes dans sa maison des plages du New Jersey, et dans son lit, était apparemment un secret de Polichinelle.

Le Vatican n'a fait aucun commentaire quant à savoir si le pape approuverait une telle enquête. La question est délicate, étant donné qu'il existe des preuves que les responsables du Vatican connaissaient dès 2000 le penchant de Mgr McCarrick pour les séminaristes, ce qui n'a pas empêché qu'il soit nommé archevêque de Washington et cardinal.

Le Vatican répugne depuis longtemps à enquêter sur lui-même, d'autant plus que de nombreux responsables du Vatican en 2000 sont toujours en vie, bien que retraités.

Toute enquête sur Mgr McCarrick qui remonterait jusqu'au sommet éclabousserait probablement saint Jean-Paul II et ses plus proches conseillers. Ils ont déjà été impliqués dans la dissimulation pendant plusieurs décennies d'un des prêtres pédophiles les plus notoires du 20e siècle, le défunt fondateur de la Légion du Christ, le père Marcial Maciel, mais ils n'ont jamais été tenus responsables.

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