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16/08/2018 10:14 EDT | Actualisé 16/08/2018 10:27 EDT

Près de 350 journaux américains ripostent aux attaques de Donald Trump

Une voix unifiée pour défendre une presse libre et vigoureuse.

EPA/MAURITZ ANTIN

Du Maine à Hawaï, des quotidiens américains ont riposté jeudi aux attaques du président Donald Trump contre les «fausses nouvelles», en publiant une série coordonnée d'éditoriaux qui défendent une presse libre et vigoureuse.

Le Boston Globe, qui a lancé la campagne en appelant à une voix unifiée, a estimé que quelque 350 journaux y participaient.

Son appel a été entendu à travers le pays. À Portland, le Maine Press-Herald a déclaré qu'une presse libre et indépendante est la meilleure défense contre la tyrannie. À Honolulu, le Hawaii Star-Advertiser a souligné que la démocratie a besoin d'une presse libre.

«Les vrais ennemis du peuple — et de la démocratie — sont ceux qui tentent d'étouffer la vérité en diffamant et en diabolisant le messager», a prévenu le Des Moines Register, dans l'Iowa.

À Saint-Louis, le Post-Dispatch a qualifié les journalistes de «vrais patriotes». Le Chicago Sun-Times a dit croire que la plupart des Américains réalisent que M. Trump raconte n'importe quoi. À Fayetteville, le N.C. Observer a espéré que M. Trump s'arrêtera, «mais nous ne retenons pas notre souffle».

«Nous espérons plutôt que tous les partisans du président reconnaîtront ce qu'il fait — il manipule la réalité pour obtenir ce qu'il veut», a déclaré le journal de Caroline du Nord.

Le Morning News de Savannah, en Géorgie, s'est présenté comme un confident, et non un ennemi pour le peuple.

«Comme tout véritable ami, nous ne vous disons pas toujours que vous voulez entendre, a écrit le journal géorgien. Notre équipe de presse présente les événements et les problèmes de cette communauté à travers la lentille de l'objectivité. Et comme tout véritable ami, nous refusons de vous induire en erreur. Nos journalistes et rédacteurs en chef s'efforcent d'être équitables.»

Certains journaux ont pigé dans l'histoire pour illustrer leurs propos. À Elizabethtown, en Pennsylvanie, le Elizabethtown Advocate a comparé la presse libre aux États-Unis à de tels droits promis, mais non livrés, dans l'ex-Union soviétique.

Le New York Times a ajouté son grain de sel.

«Si vous ne l'avez pas déjà fait, abonnez-vous à vos journaux locaux, a déclaré le Times, dont la section d'opinion a également résumé d'autres éditoriaux à travers le pays. Félicitez-les quand vous pensez qu'ils ont fait du bon travail et critiquez-les quand vous pensez qu'ils pourraient faire mieux. Nous sommes tous dans le même bateau.»

Ce dernier sentiment a rendu des journalistes nerveux. Certains journaux, notamment le Wall Street Journal et le San Francisco Chronicle, ont publié des éditoriaux expliquant pourquoi ils ne se joignaient pas aux efforts du Globe. Le Chronicle a écrit que l'une de ses valeurs les plus importantes est l'indépendance, et le fait de suivre la foule va à l'encontre de cela. Le Chronicle et le Baltimore Sun ont tous deux déclaré que l'initiative joue le jeu de M. Trump, qui répète que les médias veulent sa peau.

Nolan Finley, le responsable de la page éditoriale du Detroit News, a défendu la presse, mais a ajouté une réprimande. Il a ajouté que trop de journalistes glissaient des opinions dans leurs reportages, en ajoutant des commentaires sous prétexte d'offrir du contexte.

«Donald Trump n'est pas responsable de l'érosion de la confiance envers les médias, a écrit M. Finley. Il n'a pas la crédibilité nécessaire pour que cela soit possible. Les dégâts causés à notre position sont auto-infligés.»

Je veux m'assurer que ce soit positif. Nous nous tirons une balle dans le pied en attaquant le président ou en attaquant ses partisans. Dan Shelley, directeur du Radio Television Digital News Association

La Radio Television Digital News Association, qui représente plus de 1200 radiodiffuseurs et sites Web, demande à ses membres de rappeler que les journalistes sont des amis et des voisins qui accomplissent un travail important en demandant des comptes au gouvernement.

Il reste difficile de savoir quel sera l'impact de cette initiative. Les comités éditoriaux des journaux se sont massivement opposés à l'élection de M. Trump en 2016. Les sondages montrent que les républicains sont devenus plus négatifs envers les médias ces dernières années. Selon le Centre de recherches Pew, 85 pour cent des républicains et des indépendants aux tendances républicaines estimaient en juin 2017 que la presse a un impact négatif sur le pays, comparativement à 68 pour cent en 2010.

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