POLITIQUE
14/08/2018 05:30 EDT | Actualisé 20/08/2018 10:54 EDT

Élections: le transport pèsera lourd dans les Laurentides

La congestion risque de coûter cher, de Saint-Eustache à Saint-Sauveur.

PC

Le HuffPost Québec est en tournée pour approfondir les enjeux qui préoccupent les acteurs et les citoyens de diverses régions du Québec, dans le cadre des élections provinciales. Cap sur... les Laurentides!

DEUX-MONTAGNES — La mobilité sera un enjeu majeur des élections provinciales dans les Laurentides, et pas seulement le long de la rivière des Mille-Îles. La congestion est telle qu'elle se rend jusque dans les Pays-d'en-Haut.

Par un lundi de fin d'été, un train de banlieue circule tranquillement et confortablement vers la gare Deux-Montagnes. Et il est à l'heure, ce qui contraste avec la réalité de bien des gens qui empruntent cette ligne depuis le début des travaux de construction du Réseau express métropolitain (REM).

Des passagers rencontrés par le HuffPost Québec se plaignent de ces retards, mais aussi des mesures de mitigation.

«Je suis obligée de partir plus tôt le matin parce qu'ils ont changé l'heure du train ainsi que l'heure de l'autobus pour y arriver. Mais le délai entre les deux est trop court, alors on manque le train. Il faut que je prenne l'autobus précédent», affirme une prénommée Martine.

L'annulation du service de fin de semaine cause aussi des problèmes. Les trains ont été remplacé par un service de navette vers la station de métro Montmorency, mais le trajet vers le centre-ville se trouve allongé de 35 à 45 minutes.

Certains usagers dépendaient du service de fin de semaine pour des sorties au centre-ville ou même pour leur travail. Parfois, l'absence de train a un impact important sur la vie familiale.

«Avant, je prenais souvent le train de fin de semaine. Maintenant je ne peux plus, alors je reste chez ma grand-mère à Montréal au lieu de rester chez moi. Ça fait deux semaines que je n'ai pas vu ma famille à Saint-Eustache parce que je dois travailler», affirme un autre passager nommé William.

La congestion fait mal

Les problèmes causés par le REM poussent certains usagers à opter pour la voiture. Et ce, alors que la Rive-Nord crie à l'étranglement sur les routes. Lors d'un récent passage du HuffPost dans les Laurentides, la congestion routière dépassait Saint-Sauveur, presque 70 km au nord du centre-ville de Montréal.

Plusieurs municipalités des Basses-Laurentides — ainsi que certaines plus au nord comme Saint-Jérôme — se sont jointes à Laval en avril pour souligner l'importance des questions de transport pour leur région dans le cadre d'un important forum sur la mobilité. Un sondage de la communauté d'affaires de la Rive-Nord et de Laval note que 72% des entrepreneurs estiment que la congestion a un impact élevé ou très élevé sur leurs activités.

«On a de plus en plus d'entreprises ici, ce qui amène de la congestion. On parle autant de marchandises que de gens qui se rendent au travail», souligne Carmen-Gloria Sanchez, directrice générale de la Chambre de commerce et d'industrie du Saint-Jérôme métropolitain.

Un réseau intégré réclamé

Mme Sanchez estime que la solution passe, en partie, par une meilleure offre de transport en commun. Surtout sur l'axe est-ouest, qui est actuellement très mal desservi puisque l'essentiel du réseau d'exo (anciennement le Réseau de transport métropolitain) est pensé pour transporter les usagers vers Montréal ou Laval.

De nombreuses entreprises sont pourtant installées sur l'autoroute 640, qui traverse les Basses-Laurentides et Lanaudière de Pointe-Calumet à Charlemagne, près de Repentigny. Une étude récente d'exo indique que seulement 20% des déplacements totaux de la Rive-Nord se font en direction de Montréal. Environ 70% des déplacements ne traversent jamais la rivière des Mille-Îles, ce qui signifie qu'ils se font presque tous en voiture... et qu'ils font augmenter le trafic.

Les passagers rencontrés sur la ligne Deux-Montagnes estiment, pour la plupart, qu'il est presque impossible de se déplacer sur la Rive-Nord en transport en commun.

Les maires du secteur demandent donc un réseau intégré qui assure, entre autres, une meilleure desserte entre les municipalités de la Rive-Nord, avec des voies réservées aux autobus sur les autoroutes. Cette demande s'arrimerait avec un éventuel développement du transport lourd à Laval, en prolongeant le REM ou la ligne orange du métro.

Le HuffPost Québec a demandé une entrevue avec un porte-parole d'exo dans le cadre de ce reportage. On nous a référé à la présentation faite au forum de mobilité de Laval. On y notait que l'organisme souhaite bel et bien ajouter des voies réservées et implanter trois lignes d'autobus le long de la 640. Une nouvelle gare de train est également prévue à Mirabel.

Ces projets sont toutefois conditionnels à leur approbation par l'Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), désormais responsable de planifier le transport dans le Grand Montréal.

Territoire caquiste

Deux partis ont récemment proposé de grandes stratégies pour contrer la congestion dans le Grand Montréal: le Parti Québécois (PQ) et la Coalition Avenir Québec (CAQ). Tous deux prévoient ajouter des voies réservées et améliorer la fréquence des réseaux de transport en commun, mais tous deux se concentrent sur le transport vers Montréal et négligent l'axe est-ouest sur la Rive-Nord.

La CAQ prévoit tout de même une branche est-ouest du REM, mais à Laval.

Les Laurentides sont historiquement un terreau assez fertile pour le PQ, mais le vote caquiste semble s'être ancré assez fortement dans les circonscriptions plus au sud. Même le nord, qui compte des bastions péquistes de longue date, les projections sont bonnes pour le parti de François Legault, qui pourrait balayer l'ensemble des Laurentides et de Lanaudière selon le site Qc125.com.

Quant au Parti libéral et à Québec solidaire, ils arrivent respectivement troisième et quatrième dans presque toutes les circonscriptions des Laurentides. Les seules exceptions sont Argenteuil et Groulx, où les libéraux sont en deuxième position.