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13/08/2018 18:46 EDT | Actualisé 13/08/2018 18:46 EDT

Trump incapable de signer l'ALÉNA sans le Canada, selon Raymond Bachand

Donald Trump a déclaré qu'un accord avec le Mexique «progressait bien» et que «le Canada devait attendre».

Raymond Bachand a affirmé qu'il n'y avait «aucune inquiétude» de voir les pourparlers bilatéraux entre les États-Unis et le Mexique se conclure par un accord commercial signé sans le Canada.
PC/Jacques Boissinot
Raymond Bachand a affirmé qu'il n'y avait «aucune inquiétude» de voir les pourparlers bilatéraux entre les États-Unis et le Mexique se conclure par un accord commercial signé sans le Canada.

STOWE, Vt. — L'administration Trump n'a pas l'autorité pour contourner le Canada et signer un accord commercial bilatéral avec le Mexique, a soutenu lundi le négociateur en chef du Québec pour l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Raymond Bachand, un ancien ministre des Finances du Québec, a affirmé qu'il n'y avait «aucune inquiétude» de voir les pourparlers bilatéraux entre les États-Unis et le Mexique se conclure par un accord commercial signé sans le Canada.

Les négociations sur l'ALÉNA entre les deux pays ont pris de l'ampleur au cours des dernières semaines, tandis que le Canada n'est pas encore retourné à la table cet été.

Le président des États-Unis, Donald Trump, a récemment déclaré qu'un accord avec le Mexique «progressait bien» et que «le Canada devait attendre».

Les États-Unis [...] n'ont pas l'autorité juridique pour [signer une entente bilatérale], ils ont l'autorité du Congrès de renégocier l'ALÉNA trilatéral.Raymond Bachand

Le président a également affirmé qu'il serait prêt à signer des accords séparés avec les deux pays.

Mais même si M. Trump voulait vraiment cela, a dit M. Bachand, il ne pourrait pas l'obtenir.

«Et les États-Unis, s'ils voulaient faire une entente bilatérale — en fait ils ne le veulent pas, ils continuent à répéter que c'est trilatéral —, ils n'ont pas l'autorité juridique pour le faire, ils ont l'autorité du Congrès de renégocier l'ALÉNA trilatéral. Ils n'ont pas l'autorité du processus accéléré pour une entente bilatérale», a-t-il fait valoir.

M. Bachand a fait ces commentaires lundi à Stowe, au Vermont, lors de la conférence annuelle de deux jours entre les gouverneurs des États de la Nouvelle-Angleterre et les premiers ministres des provinces de l'est du Canada.

Pas un seul gouverneur ou sénateur américain n'a demandé que les États-Unis sortent de l'ALÉNA, ce qui est un véritable atout pour le Canada dans les négociations, a souligné M. Bachand.

«Quelles que soient les tentatives de modernisation, soyons polis, que le président Trump fait, il y a comme une ligne rouge qui fait que l'ALÉNA va continuer, parce qu'à la fois le pouvoir du Sénat est très fort dans des décisions commerciales et les gouverneurs ont un grand pouvoir d'influence», a-t-il souligné.

Une déclaration d'unité

Dimanche, le gouverneur du Vermont, Phil Scott, et le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, ont signé une déclaration commune sur la coopération économique, malgré les tensions commerciales entre les deux pays.

M. Scott a affirmé que l'accord «confirme que les économies (des deux pays) sont étroitement liées et renforce notre engagement à développer le commerce transfrontalier».

Le premier ministre Couillard a déclaré lundi que «les États limitrophes de la frontière comprennent très bien (...) le niveau d'intégration des économies».

«Ces États-là, on n'a pas besoin de les convaincre, au contraire, ils le savent très bien que cela a une influence sur leurs économies. C'est le reste des États-Unis et la Maison-Blanche avec lesquels il faut travailler également», a-t-il fait valoir en mêlée de presse au Vermont.

M. Couillard a dit avoir pris le petit-déjeuner avec les premiers ministres de l'Est et les gouverneurs de la Nouvelle-Angleterre lundi, affirmant qu'ils avaient parlé «presque exclusivement» de l'ALÉNA.

Concernant les propos du président Trump selon lesquels le Canada «doit attendre» durant les discussions avec le Mexique, M. Couillard a affirmé qu'il faut «faire attention à la manière particulière de M. Trump de mener les choses».

«En fait, ça ne change rien pour nous, et pour le Québec particulièrement», a-t-il affirmé.

«Je vais le répéter: s'il y a des gens qui pensent qu'on va réussir à avoir un accord aux dépens des agriculteurs du Québec et de la gestion de l'offre, oubliez ça. Moi, je vais continuer à défendre bec et ongles la gestion de l'offre de nos producteurs laitiers qui produisent 50 pour cent du lait canadien», a ajouté M. Couillard.

Sur ce dernier point, M. Bachand lui a fait écho, soutenant que «même les Américains ne demandaient plus l'abolition de la gestion de l'offre».