POLITIQUE
12/08/2018 13:48 EDT | Actualisé 12/08/2018 13:48 EDT

Un gouvernement Lisée s'attaquera à la décentralisation des pouvoirs vers les régions

Ce sera un de ses chevaux de bataille au courant de la campagne électorale.

Jean-François Lisée entouré de son caucus à la fin de la dernière session parlementaire.
PC/Jacques Boissinot
Jean-François Lisée entouré de son caucus à la fin de la dernière session parlementaire.

Le Parti québécois (PQ) mise sur son préjugé favorable aux régions pour regagner la faveur populaire et espérer prendre le pouvoir le 1er octobre.

S'il réussit cet exploit, alors que le parti est au plus bas dans les sondages depuis plusieurs mois, le chef du parti, Jean-François Lisée, s'engage à mettre l'accent sur la décentralisation des pouvoirs au profit des régions, et ce, sans tarder.

Sur le plan symbolique, il veut faire en sorte que la toute première décision associée à son éventuel gouvernement, dès les premiers jours suivant la prise du pouvoir, soit prise en faveur d'un accroissement notable des pouvoirs dévolus au palier local et régional.

«On va publier le décret du cran d'arrêt. C'est pour les régions du Québec. On va dire à tous les ministères, toutes les agences, toutes les sociétés d'État: si vous êtes en train de centraliser quelque chose et couper des emplois dans les régions du Québec, arrêtez immédiatement!», a déclaré M. Lisée, lors d'une entrevue à La Presse canadienne, cette semaine, en prévision de la campagne électorale qui s'amorcera le 23 août.

Contre-ordre

Il parle d'un «contre-ordre général» à décréter au processus poussé de centralisation des décisions orchestré depuis quatre ans, selon lui, par le gouvernement Couillard, qui a pourtant fait de la décentralisation des pouvoirs vers les régions une de ses priorités.

Or, aux yeux du chef péquiste, depuis leur élection, les libéraux de Philippe Couillard ont «dévitalisé les régions et nous, c'est le contraire qu'on va faire», a-t-il promis, sans préciser de quelle façon.

La prochaine campagne électorale s'annonce fort difficile pour le PQ, qui, selon certains, est en train de jouer sa survie.

Mais contrairement à ce que laissent croire les sondages, qui placent depuis des mois les intentions de vote envers le PQ à moins de 20 pour cent, M. Lisée ne s'avoue pas vaincu.

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Il est convaincu que son parti est toujours dans la course et que ses chances de l'emporter le 1er octobre, quoi qu'on en pense, sont bonnes.

«Nous, on veut les clés de la maison», illustre M. Lisée, persuadé que son parti va «surprendre» tout le monde le soir du 1er octobre.

Il se fait rassurant: «Le PQ est toujours sous-estimé et il surprend» le jour du vote, dit-il, rappelant la victoire de René Lévesque en novembre 1976 et la quasi-victoire de Jacques Parizeau, lors du référendum d'octobre 1995.

Sans nommer spécifiquement la Coalition avenir Québec (CAQ) de François Legault, sa stratégie électorale consistera à démasquer les «charlatans» qui promettent du même souffle de baisser les taxes et les impôts, tout en augmentant les services publics. Il croit en fait que la CAQ, «un parti conservateur», a un objectif caché de privatisation des services publics et en donne pour preuve le fait que M. Legault s'entoure de quelqu'un comme Youri Chassin, qui fait partie des gens clamant qu'il «faut couper, qu'il faut privatiser» les services publics.

Candidat caquiste dans Saint-Jérôme, l'économiste Youri Chassin a été directeur de la recherche à l'Institut économique de Montréal (IEDM), groupe de recherche qui fait notamment la promotion du libre marché.

«Un État fort»

Le rôle central de l'État dans les services offerts à la population «va être une des clés de la campagne», selon le chef souverainiste, qui en fait une question d'honnêteté et de crédibilité. Cherchant à se démarquer de ses rivaux sur ce plan, le PQ fera du maintien d'un «État fort» le cœur de son action et de sa plateforme, faisant le pari que ce sera le choix des électeurs.

Cette précieuse crédibilité en politique, sans laquelle on ne peut pas espérer prendre le pouvoir, ses deux adversaires en sont dépourvus, selon lui. Il reproche surtout au chef libéral Philippe Couillard de nier les années d'austérité budgétaire qui ont marqué le début de son règne et au chef caquiste François Legault de promettre une chose et son contraire, en parlant de baisses de taxes et d'impôts tout en disant que la qualité des services publics ne sera pas affectée. «Les deux ont un grave problème de crédibilité», selon lui.

Il se dit persuadé que le PQ peut raisonnablement faire des gains dans plusieurs régions, dont la Mauricie, l'Estrie, Québec, et la couronne de Montréal.

M. Lisée refuse de dire ce qu'il fera en cas de défaite de son parti le soir de l'élection. «Ce n'est pas une hypothèse à laquelle je réfléchis», dit-il sans vouloir commenter davantage. Il ne veut pas davantage s'étendre sur l'éventuel comité de transition qu'il devrait déjà mettre sur pied, en prévision de la victoire. «Je n'en parle pas», dit-il, comme si le sujet était tabou.

Souveraineté

Il promet que la promotion de la souveraineté du Québec ne sera pas exclue de la campagne. Au contraire, il entend bien en parler «au début, au milieu et à la fin».

Le PQ s'est engagé à ne pas tenir de référendum dans un premier mandat, une échéance reportée à un deuxième mandat.

M. Lisée convient que si cette idée est acceptée par les militants, elle est moins bien comprise par la population en général. «Il y a un travail d'explication à faire» auprès des électeurs, reconnaît-il.

Il est même convaincu que ce report à un deuxième mandat d'un référendum sur la souveraineté va certainement attirer des votes au PQ le 1er octobre.