POLITIQUE
11/08/2018 07:00 EDT

Prévost, PSPP et le pari jeunesse du PQ et du PLQ

Deux candidats incarnant le «renouveau» et la jeunesse affrontent l'ancienne ministre des Aînés, Marguerite Blais.

La Presse Canadienne

La mission jeunesse donnée à Paul Saint-Pierre Plamondon passera par la circonscription de Prévost, dans les Laurentides. Le combat ne pouvait être plus symbolique: celui à qui on a donné la tâche de rajeunir le Parti québécois (PQ) affrontera l'ancienne ministre libérale des Aînés, Marguerite Blais, récemment passée à la Coalition avenir Québec (CAQ).

Rencontré dans un chalet de Saint-Faustin-Lac-Carré, celui que l'on surnomme PSPP incarne la réalité de bien des jeunes familles, bien qu'il ait 41 ans. Père d'un tout petit bébé, il doit négocier les besoins de sa nouvelle famille avec ceux de sa carrière.

«À la base, il faut que ton épouse veuille que tu fasses de la politique et t'encourage là-dedans. C'est un sacrifice pour les deux. Ma femme s'intéresse à la politique et on pense qu'on fait quelque chose pour aider la société. [...] C'est un projet à deux», dit-il.

Et PSPP a un rôle majeur au sein du PQ. Il a la lourde tâche de rajeunir et de renouveler son parti, qui était le plus âgé de toutes les formations politiques du Québec lors de l'élection du chef Jean-François Lisée en 2016, avec une moyenne d'âge de 61 ans. Il a d'ailleurs déposé un rapport à cet effet en février 2017.

«Ce qui m'importait, c'était de donner l'heure juste. De donner un portrait sans complaisance, mais constructif, de ce que le Parti québécois pouvait faire pour se rajeunir. Et il y a eu un impact assez direct [...]. Dans les six mois qui ont suivi, il y a eu une augmentation de 31% des membres de moins de 40 ans. L'exécutif national du parti, sa moyenne d'âge est de 32 ans», souligne-t-il.

Marguerite Blais et les aidants naturels

La Presse Canadienne

Devant lui se dresse Marguerite Blais, ancienne ministre des Aînés sous le gouvernement libéral de Jean Charest. Récemment passée à la CAQ, elle a un tout autre cheval de bataille: les aidants naturels, aussi appelés proches aidants.

«J'ai écrit un livre à la suite du décès de mon mari, pour qui j'ai été proche aidante. Ce livre a fait en sorte que j'ai donné des conférences sur la proche aidance partout au Québec», rappelle-t-elle.

Mme Blais a mis sur pied un fonds pour les aidants naturels en 2009, mais elle souhaite une politique nationale plus robuste. Elle publiera son second livre sur le sujet ce mois-ci.

En plus de créer la surprise — elle s'affichait avec la candidate libérale seulement un mois avant son passage à la CAQ —, la présence de Mme Blais brouille les cartes. Au nord de Mirabel, les Laurentides sont péquistes jusqu'au plus profond de la moelle, mais Prévost est une nouvelle circonscription. Selon les données par section de vote diffusées par le Directeur général des élections du Québec, la CAQ a obtenu de bons résultats en 2014 dans les portions de Labelle et de Bertrand utilisées pour créer Prévost.

D'autant plus que la candidate caquiste habite depuis plusieurs années à Saint-Sauveur, au coeur de la circonscription, alors que PSPP vient tout juste d'acheter une propriété à Sainte-Sophie.

Saint-Sauveur contre Prévost?

Puis, il y a la question démographique. La région est généralement plus jeune que la moyenne québécoise, ayant une proportion d'aînés de 17,9% contre 18,5% pour l'ensemble de la province, selon l'Institut de la statistique du Québec. Et la municipalité de Prévost, dans la partie la plus au sud de la circonscription du même nom, ne fait pas exception.

Mais Saint-Sauveur, un peu au nord, attire beaucoup de retraités: la municipalité régionale dont elle fait partie compte 27,8% d'aînés. Ceux-ci appuieront-ils le jeune avocat, ou celle qui fut leur ministre de 2007 à 2012?

«Dès que Mme Blais est entrée dans la course, c'est devenu une compétition entre la CAQ et le PQ. Est-ce que les aînés de Saint-Sauveur vont voter suffisamment pour contrer l'apport des jeunes familles éduquées de Prévost? C'est difficile de prévoir ce qui peut se passer parce qu'il n'y a pas de tradition», affirme Louis-Xavier Michaud, cofondateur du site de nouvelles indépendant Topolocal, basé à Saint-Jérôme.

La jeunesse aux libéraux?

Olivier Robichaud

Le Parti libéral du Québec (PLQ) tente aussi d'incarner la jeunesse et le renouveau, malgré les 15 dernières années passées essentiellement au pouvoir. Dix-huit députés, dont huit ministres, ont annoncé qu'ils ne se présenteront pas devant les électeurs le 1er octobre, forçant le premier ministre Philippe Couillard à attirer de jeunes candidats.

Dans Prévost, le choix s'est arrêté sur une entrepreneure de 31 ans, Naomie Goyette. Rencontrée dans un café de Saint-Sauveur, Mme Goyette reste toutefois vague sur la tentative de renouveau de son parti.

«Je pense qu'un parti, c'est une maison. Une maison vide, c'est rien. Ce sont les gens qui sont à l'intérieur qui donnent l'orientation et qui portent les valeurs du parti», dit-elle, sans expliquer en quoi ces valeurs et cette orientation seront modifiées.

Mais le PLQ a reçu une nouvelle surprenante récemment. Trois sondages successifs de la firme Léger, diffusés entre avril et juin, placent le parti en tête des intentions de vote chez les électeurs de 18 à 34 ans. Chaque fois, le PQ est troisième avec 20% ou moins.

C'est tout un revirement pour ces deux partis. En 2012, Pauline Marois avait profité de la grogne des étudiants et des jeunes professionnels pour défaire le gouvernement libéral de Jean Charest. Un sondage Léger diffusé un mois avant le scrutin voyait le PQ largement en tête des intentions de vote chez les 18-34 ans.

Paul Saint-Pierre Plamondon s'explique mal ce revirement.

«J'accorde moins d'importance à ces sondages qu'aux cartes de membres. Ces sondages, ce sont souvent des gens qui répondent à l'envolée et son opinion est susceptible de changer le mois prochain. Et Dieu sait que les sondages, depuis cinq ans, n'ont pas été très utiles pour prévenir les résultats des élections partout en occident», dit-il.

Pour Louis-Xavier Michaud, Mme Goyette n'a aucune chance.

«Ça fait 25 ans qu'il n'y a pas eu de député libéral au nord de Mirabel», souligne-t-il.

«Acharnement thérapeutique»

Courtoisie - Lucie Mayer

Québec solidaire présente quant à lui Lucie Mayer, une chanteuse d'opéra de 54 ans. Le parti est le mal aimé de cette course, ayant remporté moins de 8% des voix en 2014 dans les deux circonscriptions dont est formée Prévost.

Mme Mayer ne croit pas du tout à la mission donnée à PSPP.

«C'est de l'acharnement thérapeutique sur un parti qui a oublié sa tâche première et qui cherche seulement à se faire élire. Mais pourquoi? Pour avoir accès gratuitement aux pourvoiries? Pour conduire à 120 km/h sur les autoroutes?», affirme-t-elle, en référence à deux promesses récentes de Jean-François Lisée.

Rappelons que la question de l'indépendance a été reléguée à un éventuel second mandat par Jean-François Lisée.

Quand au PLQ, Mme Mayer estime que le parti de Philippe Couillard a beaucoup nui aux jeunes, aux femmes et aux familles au cours des 15 dernières années et ne peut incarner le changement.

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