POLITIQUE
10/08/2018 10:23 EDT | Actualisé 14/08/2018 11:17 EDT

On jase de privatisation de la SAQ avec le cofondateur de la Distillerie du St. Laurent

«Les élections s’en viennent et les politiciens essaient de brasser la cage un peu!»

Le HuffPost Québec est en tournée pour approfondir les enjeux qui préoccupent les acteurs et les citoyens de diverses régions du Québec, dans le cadre des élections provinciales. Haro sur... le Bas-Saint-Laurent!

RIMOUSKI – L'idée de mettre fin au monopole de la Société des alcools du Québec (SAQ) refait surface encore une fois en période électorale. Mais qu'en pensent ceux qui doivent faire affaire avec la SAQ pour vendre leurs produits?

De passage dans le Bas-St-Laurent, le HuffPost Québec s'est entretenu avec Jean-François Cloutier, président de l'Association des microdistilleries du Québec et cofondateur de la Distillerie du St. Laurent à ce sujet.

Catherine Levesque
La Distillerie du St. Laurent s'est fait connaître avec son gin aux algues.

Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec promettent de s'attaquer au monopole de la SAQ s'ils sont élus. Est-ce que c'est une bonne idée?

Les élections s'en viennent et je pense que les politiciens essaient de brasser la cage un peu! Parfois, c'est le voile, parfois, c'est l'indépendance... là, c'est la SAQ. La SAQ est un bon modèle d'affaires de distribution, puis ses retours sont octroyés à l'État québécois. On peut questionner sa gestion, on peut questionner son efficacité. On peut aussi questionner l'ouverture du marché.

Sans démolir la SAQ, on pourrait peut-être ouvrir à d'autres modèles qui seraient intéressants et qui amèneraient de la diversité, des emplois, des plus petits commerces, des emplois plus familiaux, un peu de vitalité en région aussi. Ça pourrait être intéressant.

Il y a une notion que les spiritueux, c'est le rince-bouche du diable.

De quels modèles parle-t-on concrètement? Pourrait-on, par exemple, accorder plus de liberté à quelques succursales?

On le fait déjà avec la bière, on le fait déjà avec le vin en épicerie. D'autres pourraient vendre des produits à l'extérieur du monopole. Je pense que les deux modèles peuvent coexister. Encore une fois, on peut questionner plein de choses, mais c'est de l'argent qui revient dans nos poches. Il faut voir ce qui se fait ailleurs. Je pense que la Colombie-Britannique a un beau modèle où on a des cavistes et on a un monopole d'État, et les deux fonctionnent en parallèle.

J'imagine que vous aimeriez voir vos gins ou votre whisky dans les dépanneurs québécois?

Pourquoi pas? Ça se fait un peu partout. Tu vas en Colombie, tu achètes ton whisky au dépanneur. Ici, on a comme la vision de ségréguer chacun des produits pour le bien-être de la sécurité publique, ou je ne sais pas trop quoi. Il y a une notion que les spiritueux, c'est le rince-bouche du diable. On est encore dans une imagerie préprohibitionniste des mouvements de tempérance qui pensent que tout va exploser et qu'on va devenir aveugles.

Quand tu vas en Allemagne, il n'y a personne qui se casse la tête à savoir s'il faut que tu boives ta bière dans un sac brun quand tu marches dans la rue. Les gens boivent leur bière, de toute façon. Puis ce n'est pas pire qu'ici.

Catherine Levesque
La distillerie a pu vendre ses produits directement de son lieu de production au terme d'un long processus avec la SAQ.

Pourtant, l'Assemblée nationale a adopté le projet de loi 170 qui assouplit les règles entourant l'alcool. On peut maintenant acheter de l'alcool à partir de 7h le matin et les enfants peuvent rester sur les terrasses jusqu'à 23h. Ce n'est pas assez?

On a fait un gros pas récemment, mais on s'entend qu'on est encore loin de ce qui se fait en Europe. Quand on dit qu'on va autoriser les enfants sur les terrasses... pourquoi pas plus tard?

À un moment donné, il faut arrêter de déresponsabiliser le citoyen, je pense. Les gens sont capables de prendre ces décisions-là. Quand on voyage et qu'on va ailleurs, on ne devient pas fous et on ne brise pas tout. On est assez conservateurs sur le sujet de l'alcool, au Québec. En tout cas, c'est mon opinion... et je la partage!

La SAQ est une grosse machine. Il faut savoir comment dealer avec.

Votre distillerie fonctionne à plein régime depuis trois ans, mais vous ne pouvez vendre directement du producteur que depuis quelques semaines. Pourquoi défendre la SAQ, alors que le processus a été long et compliqué de votre côté?

La SAQ, dans notre cas, ne nous a pas mis de bâtons dans les roues. La SAQ est une grosse machine. Il faut savoir comment dealer avec. Elle va rarement au-delà des tendances et on l'a vu avec le gin. Nous, ce qu'on disait quand on est arrivés, c'est que ça s'en venait, les gins au Québec. On nous a répondu de faire la file d'attente comme tout le monde.

Là, il y a eu un changement parce qu'effectivement, les Québécois sont friands de gin québécois et la demande a explosé, l'offre aussi. La SAQ s'est ajustée et intègre beaucoup plus rapidement, maintenant, les spiritueux québécois. Elle les intègre plus rapidement parce qu'ils se vendent bien. Il ne faut pas être naïfs non plus!

Mais encore une fois, je la défends parce que ça reste un excellent réseau de distribution qui fait que moi, j'ai un camion qui recule dans la cour et qui distribue mon gin dans 350 succursales. Ça, ce n'est pas quelque chose qu'on peut nier. C'est comme ça que ça fonctionne. Il faut juste parler aux bonnes personnes et qu'on assouplisse un peu les engrenages.

L'entrevue a été condensée et éditée à des fins de compréhension.

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