POLITIQUE
01/08/2018 06:17 EDT | Actualisé 01/08/2018 06:17 EDT

Arrêté ministériel: les dentistes n'ont pas dit leur dernier mot

Ils comptent se battre pour obtenir le droit de se retirer du régime public.

Getty Images

Les dentistes contesteront devant les tribunaux l'arrêté ministériel empêchant leur retrait du régime public de soins dentaires, a appris La Presse canadienne.

Jeudi dernier, 2000 formulaires de retrait avaient été envoyés aux bureaux de la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ).

À peine quelques heures plus tard, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, répliquait par un décret forçant le maintien de la couverture des soins dentaires des enfants âgés de moins de 10 ans et des prestataires d'aide sociale.

Mario Beauregard/La Presse canadienne
Le ministre de la Santé compte bien forcer les dentistes à continuer de donner des soins aux jeunes enfants et aux prestataires de l'aide sociale selon les règles du régime public.

Le président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ), Serge Langlois, qualifie ce geste de «bâillon gouvernemental».

L'ACDQ a donc mandaté ses procureurs pour contester juridiquement l'arrêté ministériel, et ce, pour défendre la liberté de négociation et éviter de créer un précédent.

Le document signé par le ministre Barrette empêche tout dentiste de quitter le régime public durant les deux prochaines années. Selon M. Langlois, il s'agit d'une démonstration exagérée de pouvoir.

«Dans quel pays on vit? Les soins dentaires, c'est un régime privé au Québec, sauf exception», fait-il valoir.

Cela dit, Serge Langlois demande à ses membres de continuer à offrir les services gratuits prévus aux quelque 620 000 personnes couvertes par la partie publique du régime.

«On ne va quand même pas inciter nos membres à la désobéissance civile. On va plutôt s'adresser à un arbitre, un peu comme les optométristes l'ont fait. On va s'adresser aux tribunaux pour avoir le jugement de quelqu'un d'impartial dans le dossier», dit-il.

Le président de l'ACDQ soutient que les négociations sont au point mort après 11 rencontres, et que personne du ministère de la Santé et des Services sociaux ne siège actuellement à la table des négociations.

Puisqu'il est convaincu que Gaétan Barrette ne veut pas régler le dossier et seulement gagner la confrontation, le docteur Langlois réitère sa demande pour que le premier ministre Philippe Couillard s'implique dans les négociations. M. Couillard avait négocié la dernière entente, en 2008, alors qu'il était ministre de la Santé.

Services couverts par la RAMQ

Les demandes salariales de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec sont officiellement de couvrir l'inflation et la hausse des frais d'administration des cliniques.

Le président de l'ACDQ laisse toutefois entendre qu'un éventuel élargissement des services couverts par la Régie de l'assurance maladie serait souhaitable.

«Qu'est-ce qu'il veut M. Barrette pour ce régime-là? Est-ce qu'il est fermé dans le temps? Est-ce qu'on le laisse comme ça?» s'interroge ouvertement Serge Langlois.

Gaétan Barrette a clairement indiqué jeudi dernier que le choix des services couverts par la RAMQ est la prérogative du gouvernement et non des dentistes. M. Langlois ne le conteste aucunement.

«Sauf qu'on a déjà fait des suggestions et le ministère avait accepté (...) dans le passé, se rappelle celui qui en est à sa troisième négociation à titre de président de l'ACDQ. Là on pense que M. Barrette n'a pas d'ouverture et veut le laisser stagnant, le régime public.»

Le représentant des dentistes dit qu'il revient donc au ministre de préciser s'il veut modifier la quantité de soins couverts par l'État.

Avec la période électorale qui approche, l'ACDQ assure qu'elle ne va «pas lâcher le morceau et en profiter pour faire du bruit». Mais malgré les difficultés rencontrées avec le docteur Barrette, Serge Langlois ne dit pas ouvertement souhaiter un changement de gouvernement cet automne.