POLITIQUE
31/07/2018 16:45 EDT | Actualisé 31/07/2018 16:45 EDT

Système de paie Phénix: Ottawa doit présenter un plan avant de changer

Le sénateur indépendant André Pratte a dit avoir été «consterné» de constater que personne, au gouvernement, n'ait été «tenu responsable» de la «débâcle».

Le sénateur Percy Mockler, au centre, président du comité sénatorial sur les finances nationales, en compagnie de la vice-présidente Mobina Jaffer, et d'Andre Pratte, membre du comité ayant accouché du rapport.
PC/Justin Tang
Le sénateur Percy Mockler, au centre, président du comité sénatorial sur les finances nationales, en compagnie de la vice-présidente Mobina Jaffer, et d'Andre Pratte, membre du comité ayant accouché du rapport.

Avant d'amorcer tout virage vers un nouveau système de paie, le gouvernement fédéral doit présenter au Parlement un plan détaillant les options envisagées pour remplacer Phénix, et éviter ainsi une «débâcle» de la sorte, croit un comité sénatorial.

Et d'ici là, Ottawa doit s'assurer que ses conseillers en rémunération et ses employés des ressources humaines qui tentent de recoller les pots cassés bénéficient d'une formation adéquate pour appuyer les dizaines de milliers d'employés fédéraux affectés par le fiasco.

«L'un des principaux messages des employés du centre de paye (celui de Miramichi, qu'a visité le comité) est qu'ils manquent de formation pour accomplir leur travail de façon efficace et efficiente», est-il écrit dans le rapport sénatorial déposé mardi.

«L'ensemble des employés avec qui nous avons discuté (...) souhaitent le retour de la formation générale en rémunération d'une durée de 18 mois.» Cette formation a été réduite à 12 mois, et celle sur Phénix, qui dure quatre jours, «est jugée largement insuffisante», y lit-on.

Le comité sénatorial des finances nationales chiffre à 2,2 milliards $ sur sept ans (2016 à 2023) les coûts nécessaires pour stabiliser Phénix — un montant qui dépasse largement les 70 millions $ qu'on prévoyait économiser tous les ans grâce à la centralisation des opérations.

Le gouvernement libéral a annoncé dans son budget de 2017 qu'il comptait larguer le système de paie, lequel a connu des ratés considérables et causé des problèmes de rémunération à plus de la moitié des 290 000 fonctionnaires fédéraux.

En conférence de presse à Ottawa, mardi, le sénateur indépendant André Pratte, membre du comité ayant accouché du rapport, a dit avoir été «consterné» de constater que personne, au gouvernement, n'ait été «tenu responsable» de la «débâcle» Phénix.

Il a pointé du doigt la «culture de gestion» ayant mené à cette situation.

Son collègue Percy Mockler, qui préside le comité, a souligné que cette situation avait à ce point entaché la réputation de la fonction publique qu'elle avait incité des travailleurs à privilégier plutôt un emploi dans le secteur privé.

Le comité a présenté mardi un rapport contenant cinq recommandations à partir des témoignages du vérificateur général du Canada, de représentants syndicaux, de hauts fonctionnaires ou encore de la ministre de Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), Carla Qualtrough.

Les sénateurs ont dénoncé le manque d'imputabilité des hauts fonctionnaires ayant donné le feu vert au déploiement d'un système de paye qui n'était pas prêt, mais ils n'en nomment aucun dans leur rapport. La sénatrice Mobina Jaffer a plaidé que cela n'était pas l'objectif visé.

Cinq recommandations:

— Que SPAC établisse les priorités dans le traitement des demandes d'interventions de paye en attente, ainsi que des cibles de délai de traitement pour celles-ci.

— Que le gouvernement réévalue si les conseillers en rémunération et les employés des ressources humaines sont en nombre suffisant et s'ils reçoivent, ainsi que les fonctionnaires en général, une formation adéquate.

— Que le Secrétariat du Conseil du Trésor du Canada, dans son rapport sur les résultats ministériels, rende compte tous les ans au Parlement des coûts totaux associés à Phénix assumés par le gouvernement.

— Que SPAC étudie la possibilité d'avoir recours à d'autres solutions de paye pour les ministères et organismes dont les règles de paye complexes rendent difficile l'utilisation de Phénix.

— Que, avant de se lancer dans une future initiative de transformation de la paye, SPAC soumette au Parlement un rapport présentant les options envisagées pour remplacer Phénix, y compris le coût de chacune d'elles, les incidences escomptées sur les employés, ainsi que les mesures de gestion de projet et de surveillance prévues afin d'éviter de reproduire les ratés de Phénix.