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30/07/2018 11:35 EDT | Actualisé 30/07/2018 11:35 EDT

Le harcèlement sexuel est généralisé dans l'industrie aérienne, dénonce une ex-agente de bord de WestJet

Un recours collectif pourrait changer la donne pour les employées de compagnies aériennes victimes de harcèlement.

Mandalena Lewis a déposé une demande de recours collectif contre le transporteur aérien WestJet, arguant que la compagnie a failli à sa responsabilité d'offrir un environnement de travail sécuritaire à ses employées.
Darryl Dyck/La Presse canadienne
Mandalena Lewis a déposé une demande de recours collectif contre le transporteur aérien WestJet, arguant que la compagnie a failli à sa responsabilité d'offrir un environnement de travail sécuritaire à ses employées.

Quand elle a affirmé à son employeur, WestJet, qu'elle avait été agressée sexuellement par un pilote de la compagnie lors d'une escale à Hawaï en 2010, Mandalena Lewis ne s'attendait pas à ce qu'on lui demande de se taire.

En entrevue avec le HuffPost Québec, l'ancienne agente de bord de 32 ans a soutenu que ses patrons chez WestJet «ont eu peur» et l'ont accusée de «détester la compagnie» lorsqu'elle a dénoncé l'agression présumée. Mme Lewis affirme que la compagnie lui a demandé de signer une entente de confidentialité, ce qu'elle aurait refusé.

Devenue militante pour le droit des femmes au sein de la compagnie, elle dit avoir été finalement renvoyée pour «insubordination» il y a trois ans, alors qu'elle était en arrêt de travail pour traiter un syndrome de stress post-traumatique.

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Au cours des dernières années, Mandalena Lewis a rencontré plusieurs autres employées de WestJet qui affirment avoir vécu des expériences similaires à la sienne. Elle attend maintenant l'autorisation de la Cour suprême de la Colombie-Britannique pour intenter un recours collectif contre WestJet au nom de toutes les agentes de bord, présentes ou passées, de la compagnie.

La demande de recours collectif, contestée par WestJet, avance que la compagnie a failli à sa responsabilité d'offrir à ses employées un environnement de travail sécuritaire en ne prenant pas au sérieux les plaintes pour harcèlement sexuel en milieu de travail.

Les documents légaux allèguent qu'une autre employée avait porté plainte, en 2008, contre le même pilote accusé par Mme Lewis. Après enquête, la compagnie aurait déterminé que la plainte était justifiée, mais aurait continué d'employer le pilote même s'il représentait «un risque inacceptable pour les femmes avait qui il travaillait», dont Mme Lewis.

Contactée par le HuffPost Québec, WestJet a assuré «avoir à coeur d'offrir à [ses] employés un environnement sécuritaire et exempt de harcèlement».

«Nos politiques sont claires et nous disposons d'une ligne téléphonique anonyme pour les lanceurs d'alerte. Nous avons toujours pris les plaintes avec tout le sérieux qu'elles méritent et nous allons continuer à le faire», a écrit Morgan Bell, porte-parole de WestJet, dans un courriel au HuffPost.

Une poursuite à surveiller

Selon Katy Allen, avocate spécialisée en droits du travail et droits de la personne, le recours collectif intenté par Mandalena Lewis pourrait créer un précédent juridique intéressant s'il donnait raison aux victimes présumées.

«En Colombie-Britannique, il n'y a jamais eu d'action collective civile en lien avec du harcèlement en milieu de travail», a affirmé celle qui pratique au sein de la firme Lawson Lundell LLP.

Un jugement contre WestJet signifierait que «les employeurs ont non seulement la responsabilité de mettre en place des politiques contre le harcèlement et de former leurs employés sur la question, mais ils pourraient également être passibles de poursuites civiles si ces politiques ne sont pas respectées».

«Ça s'inscrit vraiment dans l'ère #MeToo, ajoute-t-elle. Si la cause est remportée, les employés auront une avenue supplémentaire vers laquelle se tourner lorsqu'ils sont victimes de harcèlement en milieu de travail.»

Le système judiciaire semble ouvert à l'idée de changer sa façon de gérer les dossiers liés au harcèlement ou aux agressions sexuelles dans la foulée des vagues de dénonciations des dernières années. Au Québec, une action collective intentée par des victimes présumées de Gilbert Rozon, surnommées Les Courageuses, pourrait également changer la donne dans les cas d'agressions sexuelles.

Un problème généralisé

Depuis sa mise à pied, Mandalena Lewis est en croisade pour dénoncer le harcèlement sexuel dans l'industrie aérienne, qu'elle qualifie de «problème systémique».

You, Crew & #MeToo
Le mois dernier, Mandalena Lewis a été escortée hors de l'aéroport de Vancouver, où elle distribuait des tracts pour dénoncer la culture du silence entourant les agressions sexuelles et le harcèlement dans l'industrie aérienne.

Sur son site You, Crew & #MeToo, l'ancienne agente de bord collige les histoires de toutes les employées de diverses compagnies aériennes qui ont dénoncé publiquement du harcèlement ou des abus sexuels. Elle assure avoir aussi reçu les confidences de nombreuses femmes qui ne sont pas prêtes à en parler en public.

Elle compte continuer de faire campagne dans les aéroports pour lever le voile sur ce problème qui touche, selon elle, la plupart des compagnies aériennes.