DIVERTISSEMENT
28/07/2018 08:46 EDT | Actualisé 28/07/2018 08:47 EDT

Une montagne russe d’émotions signée Hannah Gadsby

Troubles identitaires, histoire de l’art et misogynie: l’Australienne s'est vidée le coeur lors de la dernière représentation de son spectacle «Nanette».

Rob Kim/Getty Images

L'humoriste australienne Hannah Gadsby a fait vivre une montagne russe d'émotions à Just for laughs, vendredi, lors de la dernière représentation de son one-woman show acclamé par la critique, Nanette. Faisant passer son public du rire aux larmes en l'espace de quelques instants seulement tout au long de la soirée, Gadsby a enterré dignement l'œuvre l'ayant fait connaître du grand public.

Troubles identitaires, histoire de l'art et misogynie ont été parmi les thèmes abordés par l'Australienne.

Un parcours parsemé d'embûches

Gasdby, grâce notamment à son sens de l'autodérision des plus aiguisé, parvient aisément à parler de sujets assez lourds, comme de la découverte de son homosexualité.

Née en Tasmanie, une région de l'Australie qui n'a cessé de considérer l'homosexualité comme un crime qu'en 1997, l'humoriste a longtemps peiné à définir et accepter son identité. Elle parvient toutefois à blaguer sur l'accueil difficile que réservaient les Tasmaniens aux homosexuels. «Pourquoi ne mettez-vous pas votre VIH dans une valise et foutez le camp pour aller au Mardi Gras?!», ironise-t-elle ainsi, parodiant la posture adoptée par ses compatriotes.

Elle poursuit en indiquant que l'homophobie exprimée par les habitants de son coin de pays ne semblait viser que les hommes homosexuels, alors que les lesbiennes n'étaient pas souvent considérées. «[Les lesbiennes] ça n'existe pas si vous ne les regardez pas! [...] Pendant un long moment, j'en savais plus sur les licornes que sur les lesbiennes. Et je n'en savais pas beaucoup sur les licornes!», blague-t-elle ainsi.

Elle conclut toutefois ce segment sur une note plus amère, évoquant son trouble d'avoir grandi dans une communauté largement homophobe, dont près de 70 pour cent se disaient contre l'homosexualité: «70 pour cent des gens qui m'avaient élevée, aimée, et à qui je faisais confiance considéraient que l'homosexualité était un crime. Arrivé le moment où je me suis identifiée comme étant gaie, c'était trop tard. J'étais déjà homophobe et ce n'est pas quelque chose qu'on peut effacer du jour au lendemain [...] Vous assimilez cette homophobie et vous vous haïssez.»

Quand histoire de l'art rime avec misogynie

À quelques reprises durant le spectacle, Gasdby indique qu'elle souhaite quitter le monde de la comédie, n'en pouvant plus de porter le fardeau de son style versant trop dans l'autodépréciation. Elle blague toutefois sur son appréhension de quitter le milieu, indiquant qu'elle n'a pas de plan B, puisqu'elle ne possède qu'un diplôme en histoire de l'art de l'Occident comme échappatoire.

L'expérience acquise lors de son cursus scolaire sert toutefois d'inspiration à l'humoriste lors d'un numéro, alors qu'elle met en lumière la misogynie du père fondateur du mouvement cubiste, Pablo Picasso. Elle pointe également du doigt le sexisme latent qu'on peut retrouver dans l'histoire de l'art de l'Occident.

Gasdby avait également préalablement donné un exposé édifiant sur la maladie mentale qui affligeait le peintre néerlandais Vincent Van Gogh.

Cri du coeur

Les vingts dernières minutes de Nanette n'ont rien de drôle, alors qu'Hannah Gadsby, portée par une émotion sincère, fait le point sur les difficultés qu'elle a rencontré en découvrant et en vivant son homosexualité. Ainsi, elle raconte avoir été abusé sexuellement lorsqu'elle était enfant, tabassée en raison de son orientation sexuelle quand elle avait 17 ans et violée alors qu'elle était âgée d'une vingtaine d'années.

L'humoriste critique également par la suite la culture du viol, le patriarcat et le pouvoir dont abusent certains hommes influents. Elle souligne plus tard ne pas haïr les hommes mais tient à les encourager à se rendre compte de la portée de leurs gestes et de leur influence.

Elle envoie à cette occasion des flèches à Donald Trump, critiquant du même fait les blagues écrites par les humoristes au sujet de Monica Lewinsky et de sa relation avec Bill Clinton au cours des années 1990 : «Peut-être que si les humoristes avaient fait leur travail convenablement et fait des blagues sur un homme qui avait abusé de son pouvoir, on aurait une femme dans la fleur de l'âge avec une expérience considérable à la Maison-Blanche au lieu d'un homme qui a lui-même avoué avoir agressé sexuellement des jeunes filles vulnérables parce qu'il le pouvait.»

Le portrait dressé lors de ces dernières minutes n'est pas entièrement noir, alors que Gasdby met en évidence la force dont l'ont dotée les épreuves qu'elle a décrit tout au long de son spectacle : «Il n'y a rien de plus fort qu'une femme brisée qui s'est reconstruite.»

Le public, accroché aux lèvres de l'humoriste du début à la fin du spectacle, pour le meilleur et pour le pire, a chaudement applaudi cette tirade.

Malgré qu'Hannah Gadsby présentait vendredi la dernière présentation de Nanette, le spectacle est disponible sur Netflix, alors qu'une prestation avait été enregistrée à Sydney.