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27/07/2018 10:30 EDT | Actualisé 27/07/2018 10:31 EDT

Le massacre du titre de Facebook n'était-il qu'une anomalie?

Certains voient la dégringolade du titre de Facebook comme une preuve évidente que rien ne peut grandir pour toujours.

Dado Ruvic / Reuters

Le massacre jeudi du titre de Facebook, qui a perdu 19 pour cent de sa valeur en une seule journée, aura au moins permis de répondre à une grande question: l'action peut plonger aussi rapidement qu'elle peut s'envoler.

Mais d'autres questions demeurent sans réponse. Est-ce un recul temporaire pour le gigantesque réseau social, ou le début d'un nouveau voyage douloureux? Et cela présage-t-il des problèmes similaires pour d'autres géants de la haute technologie?

L'effondrement boursier de jeudi a vaporisé 119 milliards $ US de la capitalisation boursière de l'entreprise. Le chef de la direction Mark Zuckerberg a vu sa valeur nette fondre d'environ 16 milliards $ US en conséquence.

La dégringolade n'a pourtant fait que ramener les actions de Facebook à leur niveau du début de mai. À ce moment-là, le titre était encore en train de se relever de l'impact du scandale de protection de la vie privée. Les investisseurs faisaient des réserves de l'action depuis ce moment. En fait, mercredi, le titre a atteint un nouveau sommet avant de battre en retraite.

Mercredi dernier, Facebook a prévenu que la croissance de son chiffre d'affaires ralentirait significativement au moins pour le reste de l'année et que les dépenses continueraient à monter en flèche.

Les résultats couvraient le premier trimestre complet de la société depuis l'éclatement du scandale de la vie privée de Cambridge Analytica. Mais les analystes attribuent en grande partie le manque de croissance du nombre d'utilisateurs aux règles européennes sur la protection de la vie privée adoptées en mai, et non à la fureur suscitée par ce cabinet de conseil politique lié au président Donald Trump, qui a exploité abusivement les données de dizaines de millions d'utilisateurs de Facebook.

Charles Platiau / Reuters
M. Zuckerberg a même noté lors d'un appel avec des analystes que «nous investissons tellement dans la sécurité que cela aura un impact significatif sur notre rentabilité».

Des questions et des problèmes

Facebook continue de se pencher sur de grandes questions existentielles, allant de la vie privée de ses utilisateurs à la dépendance à la technologie en passant par la désinformation, les fausses nouvelles, le discours haineux et l'extrémisme sur son réseau.

Les prévisions de croissance plus lentes et les dépenses plus importantes reflètent des problèmes pour lesquels Facebook n'a personne d'autre que lui-même à blâmer.

Les nouvelles règles européennes de confidentialité, inspirées en partie par l'exploitation incessante des données de ses propres utilisateurs par Facebook, commencent à entraver les activités publicitaires de l'entreprise. Et l'augmentation des dépenses vise, entre autres choses, à empêcher une répétition des fausses nouvelles et de la propagande avec lesquelles des agents russes ont inondé un Facebook insouciant pour influencer l'élection présidentielle de 2016.

M. Zuckerberg a même noté lors d'un appel avec des analystes que «nous investissons tellement dans la sécurité que cela aura un impact significatif sur notre rentabilité».

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Une limite... même pour les géants?

Dans l'ensemble, les géants de la technologie — Facebook, Apple, Google, Amazon et d'autres — ont connu une croissance presque sans précédent de leurs revenus et du cours de leur titre pendant des années. Ils ont semblé invulnérables, même face à la pression réglementaire, à l'insatisfaction des utilisateurs et à des questions existentielles plus larges concernant leur impact sur la société. Les sociétés technologiques représentent six des dix plus grandes sociétés de l'indice S & P 500.

Certains voient la dégringolade du titre de Facebook comme une preuve évidente que rien ne peut grandir pour toujours, surtout pas les plus grandes entreprises du monde, et surtout pas au rythme effréné des entreprises en démarrage. Le chiffre d'affaires de Facebook continue de croître à un rythme deux fois supérieur à celui de Twitter. Il y a une dizaine d'années, presque personne n'aurait pu imaginer que Facebook compterait plus de deux milliards d'utilisateurs, et encore moins que sa famille d'applications — Instagram, WhatsApp et Messenger — compterait également des milliards de membres.

«Personne ne sait où se situe le sommet, où cette croissance ralentit», a expliqué Phil Bak, le PDG d'Exponential ETF et l'ancien directeur général de la Bourse de New York, qui a averti les investisseurs d'une vente potentielle de titres de grande technologie.

Les choses pourraient se corser encore davantage. Quand les réglementations européennes sur la confidentialité — le Règlement général sur la protection des données, ou RGPD — sont entrées en vigueur, il ne restait qu'un mois au deuxième trimestre. Cela signifie que Facebook pourrait ressentir ses effets plus fortement plus tard cette année.

Depuis plus d'un an — depuis que M. Zuckerberg a publié un manifeste de 5000 mots affirmant que Facebook doit améliorer le monde en renforçant l'engagement civique et en luttant contre les maux sociaux — l'entreprise semble déchirée entre ses missions philosophique et économique. C'était peut-être la première fois, mercredi, que cette tension éclatait au grand jour, probablement parce qu'elle menace la seule chose dont tous les investisseurs se soucient: l'argent.

Michael Connor, dont le groupe Open Mic aide les investisseurs à pousser les entreprises technologiques à s'attaquer à la vie privée, aux abus et aux autres problèmes, a déclaré qu'il était «trop tôt» pour voir si les efforts de Facebook pour s'améliorer s'avèrent fructueux. Mais la vraie question, a-t-il dit, est de savoir si l'entreprise peut «continuer à faire ce qu'elle fait face aux critiques de Wall Street».

Siva Vaidhyanathan, un professeur d'études médiatiques à l'Université de Virginie et l'auteur du nouveau livre «Médias antisociaux: comment Facebook nous déconnecte et nuit à la démocratie», a rejeté l'importance de la chute du titre.

«Mark Zuckerberg ne panique pas, a-t-il assuré. Le conseil d'administration de Facebook ne panique pas, la plupart de ses grands investisseurs institutionnels ne paniquent pas; ils savent qu'ils sont là à long terme.»