POLITIQUE
25/07/2018 05:30 EDT | Actualisé 25/07/2018 05:40 EDT

Hippodrome: impossible d'ajouter 8100 logements sans investissements majeurs dans les égouts

La Ville devra injecter des millions pour gérer les égouts et l'eau de pluie, selon des documents.

Graham Hughes/CP

Le «quartier familial» promis par l'administration Plante sur le site de l'ancien hippodrome Blue Bonnets est impossible sans investissements majeurs dans les égouts, selon des documents obtenus par le HuffPost Québec. Les fonctionnaires suggèrent carrément de recréer l'ancienne rivière Saint-Pierre afin d'éviter les refoulements.

Les documents ont été obtenus en vertu de la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels. Une analyse de la capacité des égouts démontre que le secteur entourant l'ancien hippodrome était déjà saturé en 2015. C'était pendant la construction de plus de 2000 logements dans le quartier adjacent du Triangle — un chiffre qui atteindra 3300 d'ici 2025.

L'administration Plante souhaite ajouter 8100 unités sur le site de l'hippodrome, ainsi que trois écoles, trois parcs, deux garderies, une bibliothèque et des commerces.

La carte des environs de l'hippodrome:

Un réseau saturé

Selon l'analyse produite par le Service de l'eau, la Ville devra trouver des solutions au problème des égouts avant même de considérer la construction d'immeubles.

«Le site se caractérise par la vétusté, voire par l'absence d'infrastructures souterraines. À cela s'ajoute des infrastructures, notamment des conduites et des collecteurs d'égouts aux abords du site, qui fonctionnent déjà à pleine capacité. [...] Le traitement de cet enjeu apparaît donc comme un préalable à la requalification de l'ensemble du secteur et du site de l'hippodrome de façon particulière», lit-on dans le document.

Recréer une ancienne rivière

Afin d'éviter un trop-plein des égouts, le Service de l'eau recommande de retirer une bonne partie des eaux de pluie du secteur en les envoyant dans le bassin de l'ancienne rivière Saint-Pierre.

Autrefois, la rivière Saint-Pierre commençait au sud-est de l'hippodrome et traversait Côte-Saint-Luc et Montréal-Ouest avant de bifurquer vers l'est le long de la falaise Saint-Jacques, où elle formait un lac. La rivière a été recouverte au 19e siècle pour devenir un égout et le lac a disparu sous l'échangeur Turcot.

Bibliothèque nationale de France

Or, le remplacement de l'échangeur Turcot dégage les terrains situés au pied de la falaise. La Ville souhaite les revégétaliser pour en faire un parc-nature. En y envoyant les eaux de pluie du secteur de l'hippodrome, la Ville ferait d'une pierre deux coups.

Un autre document produit en 2010 conclut à la faisabilité de gérer les eaux de surface sur place avec l'ajout de bassins de rétention et de systèmes d'infiltration directe vers la nappe phréatique, entre autres. Mais c'était selon un scénario de 16 000 habitants, donc vraisemblablement moins que les familles de quatre attendues dans le scénario de la mairesse Valérie Plante.

Le scénario évoqué en 2010 comprend également une gestion très serrée des eaux usées afin de réduire de moitié la quantité d'eau rejetée par habitant. Selon le Service de l'eau, la réglementation en vigueur actuellement est trop permissive pour l'hippodrome.

Geneviève Jutras, attachée de presse de la mairesse, indique que la Ville poursuit ses analyses concernant l'hippodrome. Elle maintient que la gestion efficace des eaux est possible.

«Nous sommes déterminés à revoir la configuration d'aqueduc et d'égout pour desservir plus de logements s'il le faut et notre volonté est ferme de gérer les eaux pluviales en limitant leur accès au réseau d'égout par différents moyens, par exemple avec des sols perméables, des fosses de recueillement ou encore la configuration des toits des bâtiments», écrit-elle dans un courriel.

Graham Hughes/CP
L'Hippodrome de Montréal, 24 avril 2018.

100 M$ et plus, avance l'opposition

Le chef d'Ensemble Montréal, Lionel Perez, était responsable des infrastructures sous l'ex-maire Denis Coderre. Il affirme que son administration était au courant des contraintes et des coûts.

«Je ne peux pas vous donner le chiffre exact parce qu'il y a des questions de confidentialité, mais dire que c'est plus de 100 M$, c'est une évidence. C'est même beaucoup plus que ça», lance-t-il en entrevue au HuffPost.

Ce chiffre comprend l'achat d'un terrain pour connecter les deux portions du boulevard Cavendish, qui doit desservir le secteur. Selon M. Perez, le choix final du moyen de gérer les eaux de surface dépendait du scénario choisi pour Cavendish.

Toujours d'après M. Perez, le quartier promis par Mme Plante et son équipe est irréaliste.

«Nous, on estimait entre 3000 et 5000 logements sachant qu'on allait devoir construire de nouvelles infrastructures de voirie et d'eau. On voulait s'assurer d'avoir de la place pour des écoles, des parcs, mais aussi des bassins de rétention. Avec 8100 logements, ce n'est pas réaliste pour les infrastructures et ce n'est pas réaliste en termes d'espace pour ces autres éléments», dit-il.

Selon Geneviève Jutras, le chiffre de 8100 «a été calculé selon une formule urbanistique reconnue qui inclut des parcs, des infrastructures et des logements assurant la mixité sociale que nous recherchons».

Rappelons que la Ville de Montréal est devenue propriétaire de l'hippodrome l'été dernier. Elle a entamé sa démolition en avril.