DIVERTISSEMENT
24/07/2018 18:42 EDT | Actualisé 24/07/2018 18:42 EDT

«Edmond»: le TNM présente les coulisses de la création de Cyrano

«La pièce compte 12 acteurs qui interprètent 60 rôles, et c’est un feu roulant sur scène pendant 130 minutes.» - Serge Denoncourt

TNM

En 1897, Edmond Rostand, jusqu'alors perçu comme un dramaturge sans envergure, a écrit Cyrano de Bergerac en seulement trois semaines. Plus d'un siècle plus tard, le Franco-britannique Alexis Michalik s'est inspiré de cette intense – et turbulente – période de création pour imaginer Edmond. Jouée à guichets fermés à Paris depuis sa création, la pièce sera présentée au TNM du 26 juillet au 11 août, dans une mise en scène de Serge Denoncourt.

Avec la franchise qu'on lui connaît, le metteur en scène québécois décrit la production comme l'affaire la plus compliquée de sa vie. «La pièce compte 12 acteurs qui interprètent 60 rôles, et c'est un feu roulant sur scène pendant 130 minutes. C'est une comédie pure qui rend hommage au théâtre et à Cyrano, qui a eu 40 rappels lors de sa première!»

Il parle de la célèbre pièce avec enthousiasme, mais avoue dans le même souffle qu'il n'est pas un grand passionné de l'œuvre, qu'il a montée en 2014 avec Patrice Robitaille dans le rôle-titre. «Quand on m'a offert de monter la pièce il y a huit ans, j'ai refusé pendant des années. Je trouvais ça long, compliqué pour rien et précieux... Puis, je l'ai relue et j'ai trouvé de belles scènes. Et quand j'ai monté Cyrano, j'ai eu le coup de foudre pour certains moments, certains vers. J'ai appris à l'aimer.»

Même chose pour Edmond. «Quand on m'a envoyé à Paris pour voir la pièce, je n'ai pas aimé ça particulièrement non plus. Mais moi, je ne suis pas un gars facile. Une œuvre doit me draguer. Avec le temps, je me suis rendu compte que j'aurais vraiment de la peine si un autre metteur en scène montait la pièce au Québec. Parce que Cyrano, c'est moi le dernier qui l'ai faite. Au final, ça me fait rire de remonter des scènes que j'avais bien montées il y a quatre ans en les rendant volontairement mauvaises dans Edmond. »

En plus de lever le voile sur l'écriture du grand classique, Edmond raconte les requête des producteurs, la jalousie de sa femme, les caprices d'acteurs et les histoires frivoles de son meilleur ami. «C'est un hommage à Feydeau, Tchekhov, Rostand et aux grands acteurs. Toute ma vie est dans cette pièce: les coulisses, les soirs de premières, tout ça m'a séduit.»

Quand on lui fait remarquer que rares sont les écrivains et les dramaturges qui ont une personnalité assez flamboyante pour devenir le personnage principal d'une pièce de théâtre, il est on ne peut plus d'accord. «Edmond lui-même, c'était un gars plate, plate, plate, qui buvait de la verveine et qui prenait des pilules pour ses nerfs. Mais Michalik a écrit une œuvre sur les trois semaines précédent Cyrano, alors qu'il était dans le plus gros high de sa vie et qu'il était entouré d'actrices folles et d'acteurs capricieux. Là, il est devenu intéressant.»

Premier rôle principal au TNM pour Dufour

L'interprète de Rostand, François-Xavier Dufour, a pris un malin plaisir à donner vie à ce grand angoissé. «Avec l'aval de Serge, j'ai voulu en faire quelqu'un de très prime et de stressé, chose qu'il n'était probablement pas dans la vie normale. Mais il fallait absolument qu'il le soit dans notre show. On suit ce personnage qui nous amène partout et on est essoufflé avec lui. Tout déboule vite. Il est très insécure, rempli de doutes et il manque cruellement de confiance en lui.»

Et comment se sent l'acteur à quelques jours de son premier rôle principal sur la scène du TNM? «Je ressens une très grande insécurité, car je suis moi-même un léger angoissé. Mais le doute est un signe d'intelligence! Je suis très choyé de faire ça. C'est rare qu'un acteur soit sur scène tout le long, en jouant dans 140 des 150 pages de texte. C'est un défi que je me sentais prêt à relever.»

Une vision que partage Serge Denoncourt, qui a confié le rôle au comédien après avoir travaillé avec lui sur huit autres projets dans le passé. «À un moment donné dans ma lecture, François-Xavier est apparu. Ce n'était pas juste un bon choix, c'est lui que ça me prenait. La pièce avait été écrite pour lui! Je connais sa belle face, son rythme et sa façon de jouer.» Habitué de travailler ensemble dans le drame, les deux hommes ont défriché la comédie ensemble. «François-Xavier devait aller à fond dans la légèreté à la Feydeau, mais sans jamais perdre la vérité et le drame de Rostand.»

Contrairement à François-Xavier Dufour, la plupart des comédiens de la pièce doivent interpréter plusieurs personnages. C'est le cas de Catherine Proulx-Lemay, qui joue Sarah Bernhardt, une prostituée, une serveuse du Moulin Rouge et une vieille actrice. «On est entre les meilleures mains du monde pour faire ça, dit-elle. Serge ne laisse rien au hasard. Il est super inspirant. Il a toujours des suggestions pour un accent, une face, une attitude, une façon de placer sa voix différemment, quelque chose qui nous donne un point de départ pour trouver le personnage, en plus de nous laisser énormément de liberté. C'est précieux, car on est très peu de temps dans la peau de chaque personnage, alors c'est important que tout soit clair très vite.»