POLITIQUE
24/07/2018 12:22 EDT | Actualisé 24/07/2018 16:19 EDT

Les dentistes exaspérés par les coups de gueule du ministre Barrette

Ils menacent de se retirer du régime public si Philippe Couillard n'intervient pas.

skynesher via Getty Images

Les dentistes menacent de se retirer du régime public à la fin du mois d'août si le premier ministre Philippe Couillard ne s'interpose pas entre eux et son ministre de la santé, Gaétan Barrette, dans les négociations du renouvellement de leur entente.

Le président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec (ACDQ), le docteur Serge Langlois, s'est montré exaspéré par les coups de gueule du ministre Barrette, qu'il accuse de faire de la désinformation et de la provocation en marge des négociations.

"On ne souhaite pas que cette négociation se fasse par la répression, les menaces, l'intimidation, comme vous avez entendu avec M. Barrette", a-t-il laissé tomber, mardi, en conférence de presse à Montréal.

L'entente actuelle, échue depuis avril 2015, prévoit que les soins dentaires des enfants de moins de 10 ans et des prestataires d'aide sociale soient couverts par l'État. Un retrait massif des dentistes priverait ainsi quelque 620 000 personnes de soins dentaires gratuits, sauf dans les situations d'urgence.

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L'Association soutient avoir fait sa part de compromis et reproche au ministre de vouloir imposer une baisse de rémunération à ses membres, dont le revenu moyen se situe autour de 180 000 $ par année.

"En avril 2020, si on acceptait cette offre, nos membres auraient une baisse de rémunération personnelle (...) de 12 pour cent, ce qui est inacceptable", a dénoncé le docteur Langlois.

Pas d'électoralisme

En réponse aux reproches faits à l'endroit de son association, que l'on accuse d'utiliser le contexte électoral pour faire pression, le docteur Langlois fait valoir que le ministère devrait plutôt se regarder dans le miroir, lui qui a mis 10 mois avant de répondre à des demandes présentées il y a plus d'un an.

"Nous avons déposé nos demandes en mai 2017, rappelle-t-il. On n'était pas encore en période électorale et c'est maintenant que le ministère réagit."

Quand Philippe Couillard était ministre de la Santé, même si ça négociait sérieusement, on se respectait, on avait une confiance mutuelle et on a fini par avoir une entente. Serge Langlois, président de l'Association des chirurgiens dentistes du Québec

Selon lui, les pourparlers sont marqués par l'immobilisme du ministère de la Santé depuis.

Il rappelle que le premier ministre Couillard a lui-même négocié le renouvellement de l'entente lorsqu'il était ministre de la Santé et que, malgré des discussions fermes, les parties avaient fini par s'entendre dans le respect, une caractéristique dont il déplore l'absence dans les discussions avec Gaétan Barrette.

"Quand il (Philippe Couillard) était ministre de la Santé, même si ça négociait sérieusement, on se respectait, on avait une confiance mutuelle et on a fini par avoir une entente. M. Couillard se souvient de ça et je pense que c'est possible de le faire, mais M. Couillard doit intervenir."

Les dentistes doivent présenter leur demande de retrait du régime jeudi prochain, le 26 juillet.

La procédure prévoit un délai de 30 jours avant que le retrait ne soit effectif, ce qui signifierait une perte de couverture publique à compter du 25 août.

Le docteur Langlois n'était pas en mesure de donner la proportion de ses quelque 4300 membres qui feront la demande de retrait du régime public avant le dépôt de celles-ci, mais il soutient qu'il s'agit d'une forte majorité.

"Des messages erronés", selon Gaétan Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, n'a pas tardé à réagir à cette sortie, accusant à son tour l'Association des chirurgiens dentistes de "véhiculer des messages erronés sur la place publique alors que nous sommes en pleine négociation".

Dans un courriel envoyé à La Presse canadienne, le bureau du ministre demande à l'ACDQ de faire "le dépôt de (ses) demandes finales et priorisées, tel qu'il a été convenu avec cette dernière".

Le ministre se dit ouvert à négocier, tout en ajoutant que "la collaboration des deux parties est nécessaire".