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19/07/2018 14:50 EDT | Actualisé 26/07/2018 11:45 EDT

«1991» de Ricardo Trogi : les voyages forment la jeunesse

Ricardo Trogi poursuit de belle façon son périple cinématographique au coeur de sa jeunesse...

Les Films Séville

Ricardo Trogi frappe de nouveau dans le mille avec ce troisième (et dernier?) long métrage consacré aux coups de tête, aux folles péripéties et aux maladresses de sa jeunesse. Entre effervescence, nostalgie et mélancolie, 1991 offre une incursion vibrante à la frontière entre l'adolescence et l'âge adulte, moment charnière où il est encore permis de rêver de tout, du grand amour comme de sauver le monde.

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Une séquence hautement significative se déroule au tout début de 1991. Trogi, 21 ans (interprété une fois de plus par Jean-Carl Boucher), est confortablement installé dans une salle de classe de l'UQÀM. Un professeur en scénarisation conseille alors à ses élèves d'écrire d'abord sur eux-mêmes, sur ce qu'ils connaissent, les invitant à se dévoiler sans censure ni retenue.

Une notion que Trogi (le réalisateur) applique à la lettre depuis le début de ce périple autobiographique. Ce nouvel opus se révèle d'ailleurs être le plus franc, le plus personnel et le plus maîtrisé des trois films, rattrapant habilement ses maladresses en les associant à l'essence de son protagoniste et à la tranche de vie qu'il met en scène.

Croyant avoir de nouveau trouvé la femme de sa vie, mais ne sachant pas trop comment lui avouer ses sentiments, Ricardo accepte de rejoindre l'élue de son coeur en Italie pour un voyage d'étude. Ce dernier compte profiter de sa présence au «pays de l'amore» et utiliser la fameuse recette familiale de risotto aux champignons pour la faire succomber à ses charmes.

Évidemment, tout ne se passera pas exactement comme prévu. Mais heureusement pour Ricardo, les voyages forment la jeunesse...

Trogi évite savamment la redite avec ce récit, qui n'est évidemment pas sans rappeler L'auberge espagnole, s'éloignant du Québec et des références culturelles avec lesquelles il avait immédiatement séduit le public en 2009 et 2014.

Au même titre que son personnage principal, le Québécois sort de sa zone de confort pour concentrer ses énergies sur cette découverte de l'inconnu, ce saut dans le vide que se permettent tant de jeunes à cet âge où le poids de l'argent et des responsabilités n'est pas encore un obstacle.

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Ce parcours semé d'embûches, le cinéaste le met en scène avec candeur, empathie et énormément d'autodérision. Pris dans ce tourbillon d'émotions, Jean-Carl Boucher incarne avec justesse ce jeune homme ne sachant pas encore tout à fait comment agir et prendre sa place dans le monde qui l'entoure.

Ainsi, au-delà des références culturelles, Trogi poursuit la conversation avec son public de façon plus émotionnelle, faisant de ce troisième film un récit initiatique beaucoup plus intemporel et universel.

Le jeune Ricardo détonne évidemment des autres personnages plus haut en couleur, comme sa mère au débit inimitable (Sandrine Bisson, qui vole de nouveau la vedette chaque fois qu'elle se retrouve à l'écran), son père aimant un peu trop le vin, l'élue de son coeur entretenant une étrange relation avec le lip synch, ce citoyen du monde qu'il croisera à répétition tout au long de son voyage, et son colocataire qui, ayant beaucoup plus de facilité à parler aux femmes, accumulera les conquêtes d'un soir.

Comme c'était le cas pour 1981 et 1987, on se retrouve assis à côté de Ricardo Trogi, à l'écouter nous raconter une tranche de vie de la façon la plus colorée possible. Ce qui entraîne toutefois un certain débalancement sur le plan de la progression narrative du film, trop d'importance étant accordée à certains événements aux détriments des autres.

Mais c'est justement dans ces débordements qu'il puise toute la personnalité de son projet, jusqu'à cette autre fin abrupte allant de pair avec les intentions ainsi que la morale de l'histoire.

Tout est dans les expériences vécues, les obstacles et les défaites qui font grandir, les leçons apprises (ou pas). Rien ici n'est une finalité. La fin de ce chapitre n'est que le commencement du prochain...

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