DIVERTISSEMENT
13/07/2018 13:44 EDT | Actualisé 13/07/2018 13:46 EDT

Grand Montréal comédie fest: comment rire de la culture du viol?

L’humour permet de relativiser bien des drames du quotidien. Malgré tout, y a-t-il des intouchables?

L'humour permet de relativiser bien des drames du quotidien. Malgré tout, y a-t-il des intouchables? Le quatrième cabaret F*ck la culture du viol!, présenté par Je suis indestructible et la revue L'Esprit Libre à l'Olympia dans le cadre du Grand Montréal comédie fest, nous a prouvé jeudi soir qu'il est possible de dénoncer les inconduites et agressions sexuelles dans le rire. Retour sur ce tour de force.

Sur le coup des 22 heures, Judith Lussier et Richardson Zéphir se sont précipités sur scène. Accueillis chaleureusement par une salle remplie au trois quart, les animateurs de la soirée ont mentionné d'emblée le défi qui les attendait. Sérieusement, comment rire de la culture du viol? Surtout, comment suivre à travers les Harvey Weinstein, Bill Cosby, Gilbert Rozon, Éric Salvail, Jian Ghomeshi et les nouveaux noms dévoilés régulièrement dans le cadre du mouvement #moiaussi? «C'est fou quand même de devoir retoucher le spectacle chaque fois qu'on le présente!», a lancé Lussier.

Entre blagues sur un pool d'agresseurs, sur Occupation Double qui serait un laboratoire anthropologique sur les fondements de la culture du viol et chanson dénonciatrice sur l'air du générique de Passe-Partout, le duo a parfois eu quelques difficultés à tenir le rythme. Les bons coups ont parfois été ponctués de longueurs, d'hésitations ou de traits d'esprit qui résonnaient dans les rires plus discrets à l'Olympia. Comme l'a souligné Lussier: «Je suis journaliste, moi. Place aux humoristes!»

Briser l'hymen du spectacle

C'est Léa Stréliski, diplômée de l'École nationale de l'humour en 2017, qui a «brisé l'hymen du spectacle». Avec le ton blasé qui est en passe de devenir une forte signature, l'humoriste a présenté un des numéros les plus forts de la soirée en riant allègrement de Gilbert Rozon, de la manière traumatisante par laquelle elle a découvert son point G et mentionnant au passage que «lol» rime avec «viol».

Un numéro réussi, parfait pour lancer la soirée qui allait se poursuivre avec l'excellente Rosalie Vaillancourt. Avec sa bouille innocente et son franc-parler habituel, la jeune humoriste nous a raconté l'histoire de son harceleur en ligne. «Quand mon amie a essayé de le confronter, il s'est tout de suite mis à la harceler. Eille, c'était MON agresseur ok?»

À travers les rires et les cris d'encouragement, la difficulté du thème a été soulevée à plusieurs reprises par les humoristes. « J'ai hésité avant d'accepter l'invitation. J'avais peur qu'on soit plus dans le ralliement que le spectacle d'humour », a même lancé Léa Stréliski. Un des pièges dans lequel Catherine Thomas a failli tomber avec son numéro sur la dénonciation, qui «te scrappe une réputation sur un moyen temps». Si elle a réussi à tirer quelques rires de l'assistance, c'est surtout la compassion et la révolte qui régnaient dans l'Olympia.

Place ensuite à Alexandre Forest, seul homme de la soirée. Enfin, seul humoriste de sexe masculin. Excellent ajout à la liste d'invités, l'artiste s'est questionné sur son identité sexuelle. « Quand je me faisais intimider, j'avais de la difficulté à ne pas être d'accord avec les arguments! » Qu'est-ce que ça veut dire être un homme? Comment devrait-il agir en tant qu'homme hétérosexuel? C'est avec adresse que Forest a réussi à voguer sur les eaux troubles du thème de la culture du viol. Chapeau!

Après un excellent «hommage» à Jacques Languirand et ses mystérieux sourcils par la cocasse Catherine Éthier qui nous a présenté «le moment lecture» de la soirée, Coco Belliveau a pris le micro. L'originaire du Nouveau-Brunswick, qui se qualifie elle-même de la Safia Nolin des pauvres, nous a raconté son agression par un chauffeur de taxi. Réussissant à nous faire éclater de rire malgré le drame entourant son histoire, l'humoriste a eu le don de trouver le ridicule dans chaque petit détail. Mention spéciale à la dénonciation du sifflet du viol. Hilarant.

C'est Marie-Lise Chouinard et Christine Morency qui ont marqué le point final. Après quelques poèmes engagés qui n'ont pas manqué de faire rire la foule, Chouinard a été rejointe par Morency qui lui a donné la réplique du tac au tac pour un dernier poème sur la culture du viol. Super efficace. Comme le reste de la soirée d'ailleurs. Un cabaret qui a certes ses faiblesses, mais qui trouve toute sa qualité dans le talent des artistes et la pertinence du propos. À voir!

Grand Montréal comédie fest, du 1er au 15 juillet 2018. Pour toutes les informations, c'est ici.