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09/07/2018 16:53 EDT | Actualisé 09/07/2018 18:28 EDT

Haïti paralysé par la crise qui secoue le pays

Le premier ministre pourrait même être démis de ses fonctions.

Plusieurs rues sont bloquées à Port-au-Prince.
Andres Martinez Casares / Reuters
Plusieurs rues sont bloquées à Port-au-Prince.

Le premier ministre haïtien Jack Guy Lafontant pourrait être démis de ses fonctions à la suite des émeutes et violences qui ont secoué le pays ces derniers jours, selon le rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste de Port-au-Prince, Frantz Duval.

Rejoint par La Presse canadienne lundi en fin d'avant-midi, le journaliste a expliqué que "la Chambre des députés s'apprête à convoquer le premier ministre et à le démettre de ses fonctions. En principe, c'est leur intention avec la majorité gouvernementale".

Pendant ce temps, l'économie du pays est paralysée par un appel à la grève qui a été largement suivi.

Ainsi, les transports publics ont été immobilisés, lundi, et ce, non seulement dans la capitale, mais aussi du côté interurbain.

"La grève interdépartementale est suivie également; les transports publics ne sortent pas du Cap pour venir à Port-au-Prince, ne sortent pas des Cailles non plus", a indiqué Frantz Duval.

Les banques sont également fermées de même que les principales entreprises du pays.

Seules les motocyclettes - qui offrent aussi le service de taxi - circulent librement.

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"Il n'y a pas d'activité économique aujourd'hui", a résumé M. Duval.

Selon lui, "un certain calme est revenu" et "la police est à nouveau dans les rues, timidement".

L'Associated Press rapportait cependant quelques escarmouches entre des groupes de manifestants et des policiers dans la capitale.

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Certains manifestants liés à des factions diverses de l'opposition ont tenté de marcher sur le parlement, mais ont été refoulés par les policiers. Un bureau fiscal a également été incendié dans la commune de Tabarre, à Port-au-Prince.

«Personne ne s'y attendait»

Plusieurs Haïtiens étaient donc revenus dans la rue pour vaquer à leurs occupations, notamment pour faire des courses puisque la population a été complètement prise de court.

"Ce qui s'est passé vendredi a surpris tout le monde. Personne ne s'attendait à ce mouvement, personne ne s'attendait à une telle ampleur, personne ne s'était préparé à passer trois ou quatre jours à la maison", a raconté le rédacteur en chef du Nouvelliste.

Malgré cette tentative de reprendre un rythme de vie, Frantz Duval note que la présence populaire dans les rues était quand même limitée: "Ce ne sont pas les obstacles qui empêchent les gens de sortir; c'est plutôt une crise de confiance. On a encore un peu peur des débordements."

Ce ne sont pas les obstacles qui empêchent les gens de sortir; c'est plutôt une crise de confiance. On a encore un peu peur des débordements. Frantz Duval, rédacteur en chef du quotidien Le Nouvelliste de Port-au-Prince

L'annonce du gouvernement, vendredi, de cesser de subventionner les carburants laissait entrevoir des hausses de 37 à 51 pour cent de l'essence, du diésel et du kérosène, ce qui a mis le feu aux poudres.

Dès le lendemain, Port-au-Prince annonçait qu'il revenait sur cette décision à la suite de l'explosion de colère de la population, qui s'est néanmoins poursuivie durant plusieurs heures.

Les émeutes, qui se sont répandues à travers le pays, ont donné lieu à de nombreuses scènes de pillage, des incendies et du vandalisme visant autant de maisons privées que de commerces et entreprises.

Au moins trois personnes ont été tuées dans les manifestations vendredi, selon l'Associated Press. La police a indiqué que les corps de quatre personnes ont été retrouvés dans les rues de Delmas, dimanche, mais n'a pas précisé si ces morts étaient liées aux manifestations.

Ambassade fermée

Du côté du gouvernement canadien, Affaires mondiales Canada avertit que l'ambassade du Canada à Port-au-Prince "est temporairement fermée en raison des manifestations à travers le pays".

Aucune date de réouverture n'est signifiée sur le site web du ministère. Celui-ci conseille d'ailleurs aux voyageurs d'éviter "tout voyage non essentiel en Haïti en raison des troubles civils qui sévissent à travers le pays".

Les Canadiens ayant besoin d'une aide consulaire d'urgence peuvent tout de même contacter l'ambassade du Canada à Haïti au 2812-9000 ou par courriel au auprncecs?international.gc.ca et "suivre les instructions", a-t-on indiqué. Les gens peuvent aussi communiquer avec le Centre de surveillance et des interventions d'urgence à Ottawa au +1-613-996-8885 ou par courriel à sos@international.gc.ca.

Bien que l'aéroport international Toussaint-Louverture ait été rouvert, le gouvernement fédéral conseille aux voyageurs de communiquer avec leur ligne aérienne puisque plusieurs vols ont été annulés. Aussi, "un certain nombre de routes vers l'aéroport continuent d'être bloquées et causent des retards", a indiqué Affaires mondiales Canada, lundi.

Selon le Service d'inscription des Canadiens à l'étranger, 2453 Canadiens se trouvent actuellement en Haïti; il s'agit toutefois d'une estimation, puisque l'inscription est volontaire, a affirmé Affaires mondiales Canada par courriel pour répondre à plusieurs questions de La Presse canadienne.

Selon le ministère, aucun Canadien n'a été blessé "ou touché par le soulèvement".