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09/07/2018 21:16 EDT | Actualisé 09/07/2018 21:43 EDT

Brett Kavanaugh nommé juge à la Cour suprême américaine par Donald Trump

Une nomination très attendue

MANDEL NGAN via Getty Images

WASHINGTON - Le président américain Donald Trump a nommé à la Cour suprême l'influent juge conservateur Brett Kavanaugh.

L'annonce a été faite à Washington, lundi soir.

"Ce soir j'ai l'honneur et le privilège d'annoncer que je nomme à la Cour suprême des Etats-Unis Brett Kavanaugh", un juge "aux références impeccables", a déclaré M. Trump au terme d'un suspense savamment orchestré par la Maison Blanche.

Actuellement juge à la cour d'appel de Washington, Brett Kavanaugh, 53 ans, a aussi été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush.

Il s'est dit "profondément honoré" d'avoir été choisi pour devenir le neuvième juge de la haute cour.

"Un juge doit être indépendant et doit interpréter la loi, et non pas faire la loi", a-t-il assuré lors d'une courte allocution, en présence de M. Trump et devant ses parents, à qui il a rendu hommage.

M. Trump se délectait plus tôt du suspense à l'approche de la nomination d'un nouveau juge à la Cour suprême, prétendant qu'il ignorait toujours qui il choisirait mais qu'"on ne (pouvait) pas se tromper" avec les quatre candidats retenus.

Le président n'avait pas révélé les quatre noms figurant sur sa liste restreinte, mais les candidats pressentis étaient M. Kavanaugh, Raymond Kethledge, Amy Coney Barrett et Thomas Hardiman.

Ce dernier avait presque accédé à la Cour suprême au printemps dernier, mais Donald Trump lui avait finalement préféré Neil Gorsuch.

M. Hardiman entretient une relation plus spéciale avec le président, en tant qu'ancien collègue de la soeur de M. Trump au sein de la Cour d'appel des États-Unis à Philadelphie.

Son parcours aurait pu jouer aussi en sa faveur: il est le premier membre de sa famille à avoir fréquenté l'université et il a décroché son diplôme en droit tout en travaillant en tant que chauffeur de taxi.

Une décision très importante

Selon Rafael Jacob, chercheur à la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM, le choix d'un juge à la Cour suprême "n'est pas une mince affaire".

"On parle vraiment d'une des décisions qui, pour tout président américain, a un impact de façon très, très appréciable à long terme, explique l'expert en politique américaine. C'est une nomination à vie. Si le ou la juge qui est nommé(e) veut servir jusqu'à la fin de ses jours, c'est entièrement possible."

L'importance de cette nomination est qu'exacerbée par le fait que le juge qui cède sa place, Anthony Kennedy, ne se situait à aucune extrémité du spectre idéologique.

"Ce n'est pas comme remplacer n'importe quel juge", souligne Rafael Jacob.

Le juge Kennedy avait soutenu ses confrères conservateurs dans des décisions majeures sur le droit de vote et le droit de porter des armes, mais il avait aussi fait pencher la balance en faveur du camp progressiste dans plusieurs dossiers de première importance, notamment en matière d'avortement, de droits des homosexuels et de peine de mort.

Si un juge résolument républicain lui succède, le penchant conservateur du tribunal ne s'en verra que consolidé.

Un pilier conservateur proche de George W. Bush

Brett Kavanaugh est un magistrat aux valeurs conservatrices solidement ancrées, qui a été conseiller juridique de l'ancien président républicain George W. Bush.

Il siège depuis une décennie à la cour d'appel de Washington, une instance réputée pour l'importance des dossiers qui y passent et donc considérée comme un tremplin pour la plus haute instance judiciaire du pays, également située dans la capitale fédérale.

"Personne n'est mieux qualifié pour ce poste et personne ne le mérite autant", a affirmé M. Trump en présentant M. Kavanaugh à la Maison Blanche.

Le juge Kavanaugh a commencé sa carrière dans la magistrature comme assistant d'Anthony Kennedy qui, fin juin, a créé la surprise en annonçant qu'il prenait sa retraite de la Cour suprême.

Près de trois décennies séparent les deux hommes et, s'il est confirmé par un vote du Sénat, Brett Kavanaugh deviendra à 53 ans l'un des plus jeunes sages de l'institution qui veille à la constitutionnalité des lois aux Etats-Unis.

Pas étonnant que cet esprit brillant ait été remarqué par la Federalist Society et l'Heritage Foundation, les organisations qui ont aidé la Maison Blanche à sélectionner les candidats pour la Cour suprême: le juge Kavanaugh a fait preuve d'une constance conservatrice dans ses décisions.

Diplômé de la prestigieuse université Yale, il a notamment rassuré les républicains en se déclarant --il est vrai sur un motif technique-- opposé à la loi Obamacare sur la couverture maladie universelle.

Il s'est fait connaître dans les années 1990 lors de deux scandales de l'ère Bill Clinton.

Catholique pratiquant

Il avait mené l'enquête sur le suicide de Vince Foster, ami de Clinton et collaborateur de la Maison Blanche, dans l'affaire Whitewater, concernant des investissements dans l'immobilier du couple présidentiel.

Plus tard, M. Kavanaugh a participé à la rédaction du rapport du procureur Kenneth Starr, portant notamment sur la relation extra-conjugale que Bill Clinton avait eue avec une stagiaire, Monica Lewinsky.

En arrivant en 2001 à la Maison Blanche, George W. Bush l'avait recruté parmi ses collaborateurs directs. Plus tard, le président républicain a nommé Brett Kavanaugh à la cour d'appel de Washington. Son épouse, Ashley, avec qui il a eu deux filles, a pour sa part officié comme secrétaire personnelle du président.

En 2012, le juge a fait partie d'un panel ayant annulé une mesure de l'EPA, l'agence fédérale de protection de l'environnement, visant à réduire la pollution de l'air entre les Etats.

Récemment, il a exprimé son désaccord avec une décision permettant à une adolescente entrée clandestinement aux Etats-Unis de se faire avorter.

Ce catholique pratiquant est actif dans diverses associations religieuses.

En étant choisi par M. Trump, le juge Kavanaugh a fait mentir ceux qui pensaient que ses liens avec George W. Bush seraient rédhibitoires. Jeb Bush, le frère de l'ex-président, a été la cible répétée de quolibets de M. Trump lors de la primaire républicaine en 2016.

Une autre prise de position juridique du juge Brett Kavanaugh avait fait douter certains de sa nomination.

Il avait dans le passé déclaré que l'ancien président démocrate Bill Clinton pourrait être destitué pour avoir menti à ses collaborateurs et avoir induit en erreur le public. Cette définition très large de l'entrave à la justice pourrait, selon des experts, être dommageable à l'actuel président si elle lui était appliquée dans l'enquête sur l'ingérence russe dans la présidentielle.

(Avec AFP)