POLITIQUE
08/07/2018 15:02 EDT | Actualisé 09/07/2018 05:38 EDT

La conciliation campagne électorale-famille est un casse-tête pour les candidats

C'est carrément un sport extrême pour les députés à l'Assemblée nationale.

Véronique Hivon avec sa fille Iris Prégent-Hivon et son mari Jacques Prégent, 9 mai 2016.
Graham Hughes/La Presse canadienne
Véronique Hivon avec sa fille Iris Prégent-Hivon et son mari Jacques Prégent, 9 mai 2016.

Alors que la conciliation travail-famille est déjà un casse-tête pour la majorité des parents, c'est carrément un sport extrême pour les députés à l'Assemblée nationale, dont les fonctions exigent de longues heures de travail et où il peut être difficile de trouver du temps pour passer du rôle de politicien ou de politicienne à celui de papa ou de maman. Et lorsque des élections sont déclenchées, le casse-tête de la conciliation devient encore plus difficile à assembler.

"On avait trouvé ça plutôt difficile la dernière fois", admet le député libéral de Pontiac et ministre des Transports André Fortin, père d'une fillette lors de la dernière campagne électorale, il y a quatre ans. Aujourd'hui deux fois papa _ ses filles ont deux et six ans _, il se prépare à revivre plusieurs semaines où il sait qu'il ne sera pas souvent à la maison, alors que la prochaine élection doit être déclenchée à la fin août et culminer avec un scrutin le 1er octobre.

"Le temps qu'on passerait normalement en famille, c'est (à ce moment) que les citoyens sont disponibles et en campagne électorale, on veut aller à leur rencontre. Donc il reste très peu de temps pour passer avec les enfants."

Véronique Hivon, députée de Joliette et vice-chef du Parti québécois, a elle aussi de l'expérience en matière de conciliation pendant une campagne. Mme Hivon est devenue mère et députée à 10 jours d'intervalle, alors qu'elle adoptait sa fille en 2008, et elle conjugue la vie de politicienne et de maman depuis ce temps.

"Une campagne électorale, c'est des petites heures du matin jusqu'au soir, évidemment, à être sur le terrain et à rencontrer des gens, à faire des débats, à se préparer pour des entrevues. Donc c'est des périodes de très grande intensité", note celle dont la fille est aujourd'hui âgée de neuf ans.

"On a une responsabilité énorme, qui est de tout donner pour gagner notre élection, et c'est une responsabilité qui dépasse notre petite personne. C'est une responsabilité de groupe, une responsabilité pour le parti qu'on représente, pour les idées qu'on défend, pour les idéaux qu'on a. Alors c'est sûr que ça met une pression, il faut quand même vraiment donner le maximum, être sur le terrain au maximum, aller voir les gens." Même si cela signifie qu'on passe peu de temps à la maison...

La députée caquiste de Louis-Hébert, Geneviève Guilbault, s'apprête de son côté à vivre sa première expérience de mère en campagne électorale.

La jeune politicienne a été élue il y a moins d'un an, alors qu'elle était enceinte de 27 semaines. Sa fille, née en décembre, est aujourd'hui âgée de six mois.

"Pour le moment, l'homme est encore en congé parental, donc l'avoir à la maison à temps plein, ça m'aide beaucoup, parce que comme plusieurs autres probablement, je travaille presque 7 jours sur 7, explique-t-elle. Et heureusement, le congé parental fait en sorte qu'il va être en congé jusqu'à l'élection, au début octobre. Ça va couvrir la campagne électorale. Je suis vraiment chanceuse de ce point de vue-là parce que pendant la campagne, il va être encore là à temps plein. Ça va beaucoup faciliter ma conciliation."

Campagne familiale

Les trois députés s'entendent pour dire que trouver du temps pour voir les enfants relève du défi en campagne, mais les trois ont toutefois le même plan de match pour maximiser les occasions de passer du temps en famille: puisqu'on doit travailler, on traîne la marmaille avec nous, quand l'occasion s'y prête, évidemment.

"Il faut être originaux et trouver des moyens où on est capable d'avoir notre enfant avec nous, de se déplacer ensemble, d'aller à une activité, par exemple, une fête de la famille", illustre Mme Hivon.

Geneviève Guilbault prévoit elle aussi emmener son bébé avec elle

à la rencontre des gens de sa circonscription, lorsque ce sera possible. Comme bien des politiciens, elle se fera donc sans doute parfois photographier avec un bébé dans les bras, à la différence que dans son cas, il s'agira souvent de sa propre fille plutôt que des enfants de ses concitoyens.

"Quand les gens me verront avec l'enfant, ce sera souvent peut-être le seul moment que j'aurai eu dans la journée pour être avec elle", souligne-t-elle.

"On dit tout le temps: On veut des femmes, on veut des jeunes, on veut des nouvelles personnes (en politique). Eh bien ces gens-là, ils sont en train de fonder une famille. L'image des enfants collés après la mère ou après le père qui est en politique, ça vient avec", ajoute-t-elle.

"Nous, on s'est toujours fait un devoir au cours des dernières années d'aller dans les événements communautaires avec les enfants, de les impliquer le plus possible. On dit même que nos enfants, jusqu'à un certain point, c'est presque des projets communautaires, donc ils grandissent en connaissant les gens dans notre communauté, ce qui, je pense, est un atout pour eux", affirme pour sa part André Fortin.

Les trois députés bénéficient de l'aide de leur conjoint ou conjointe et se disent bien entourés, que ce soit par des "grands-mères", d'autres membres de la famille ou des amis prêts à donner un coup de main.

Witthaya Prasongsin via Getty Images

Rentrée scolaire

Cette année, la campagne électorale tombera en septembre, en même temps qu'un moment important pour bien des familles: la rentrée scolaire.

Véronique Hivon et André Fortin, qui ont chacun un enfant qui prendra le chemin de l'école, admettent qu'il sera difficile de ne pas être aussi présent que voulu pendant cette période.

"Du point de vue de la conciliation, ce n'est vraiment pas optimal, confie Mme Hivon. On aime ça être avec nos enfants à la rentrée scolaire, quand il y a tous les changements et tout ça."

"Peu importe ce qui arrive, je vais me faire un devoir d'être là pour le premier jour de la rentrée scolaire, le début de la première année", assure M. Fortin.

Geneviève Guilbault, de son côté, n'aura pas à se soucier de la rentrée avant plusieurs années, mais elle vit actuellement une autre réalité bien connue des parents: la recherche d'une garderie pour sa fille, puisque le congé de paternité de son conjoint se terminera à peu près en même temps que la campagne électorale.

"C'est le casse-tête habituel d'à peu près toutes les familles du Québec. Il n'y a pas beaucoup de familles qui ne vivent pas des contraintes logistiques ou des petits soucis quotidiens, souligne-t-elle. Je pense que c'est bon pour nos députés d'être connectés sur les vrais problèmes du vrai monde, et là, moi, je vais les vivre aussi."