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04/07/2018 19:02 EDT | Actualisé 04/07/2018 19:02 EDT

Deux Britanniques exposés au même poison utilisé contre un ex-espion russe

Pour la deuxième fois en quatre mois.

AP Photo/Matt Dunham

Quatre mois après l'empoisonnement d'un ex-agent russe et de sa fille au Novitchok à Salisbury, deux Britanniques retrouvés samedi dans un état critique à une quinzaine de kilomètres de cette ville du sud-ouest de l'Angleterre ont été exposés au même agent innervant, selon la police.

La police anti-terroriste britannique a repris les rênes de l'enquête après l'identification par le laboratoire militaire de Porton Down de la nature de la substance, un agent neurotoxique de conception soviétique.

"Ce soir nous avons reçu des résultats d'analyse (...) qui montrent que les deux personnes ont été exposées à l'agent innervant Novitchok", a déclaré à la presse Neil Basu, chef du contre-terrorisme britannique, lors d'un point presse.

Les victimes, identifiées par un ami comme étant Charlie Rowley et Dawn Sturgess, avaient été retrouvées samedi dans une habitation de Muggleton Road, dans un quartier résidentiel d'Amesbury.

C'est le même laboratoire qui avait déjà identifié le Novitchok comme la substance utilisée pour empoisonner l'ex-espion Sergueï Skripal et sa fille Ioulia en mars. Ils avaient finalement été tirés d'affaire après un lourd traitement médical.

Cette double tentative d'assassinat a été attribué par le Royaume-Uni, soutenu par ses alliés occidentaux, à la Russie, qui nie. L'épisode a entraîné une crise diplomatique, ainsi que la plus importante vague d'expulsions croisées de diplomates russes et occidentaux de l'Histoire.

Risque "faible"

"C'est le même agent innervant. Ce sera aux scientifiques de déterminer s'il vient du même lot", a poursuivi Neil Basu.

"La priorité des enquêteurs est désormais de déterminer comment ces deux personnes sont entrées en contact avec l'agent innervant", a-t-il ajouté. Selon lui, il n'y a "aucune preuve" suggérant que l'homme et la femme "étaient visés d'une quelconque manière".

La police s'est toutefois voulue rassurante en affirmant que le risque pour le public restait "faible".

"La première priorité du gouvernement est la sûreté des habitants de la zone mais comme l'a clairement dit (l'agence de santé publique) Public Health England, le risque pour le grand public est faible". Il a précisé qu'il présiderait une réunion d'urgence jeudi.

Un porte-parole de la Première ministre Theresa May a indiqué que l'événement était traité avec "le plus grand sérieux".

C'est la femme, 44 ans, qui est d'abord tombée inconscients samedi autour de 09H15 GMT. Puis l'homme, âgé de 45 ans, est tombé malade et les secours ont été appelés vers 14H30 GMT.

La police avait initialement émis l'hypothèse d'un incident lié à l'absorption de drogue.

Selon M. Basu, "rien n'indique" qu'ils "se soient récemment rendus sur un des sites décontaminés après les tentatives de meurtre ayant visé Sergueï et Ioulia Skripal".

"Mousse" dans la bouche

Ils sont hospitalisés "dans un état critique" à l'hôpital de Salisbury, avait précédemment indiqué un responsable de la police de Wiltshire, Paul Mills. C'est l'établissement où l'ex-espion et sa fille avaient été traités pendant plusieurs semaines avant de pouvoir sortir.

L'événement est considéré comme "incident majeur" mais "à ce stade, il n'est pas encore clair si un crime a été commis", avait-il ajouté.

Sam Hobson, qui s'est présenté à l'AFP comme leur ami et a dit leur avoir rendu visite samedi, a raconté que Dawn Sturgess est d'abord tombée malade, et avait "de la mousse sortant de sa bouche". Puis Charlie "a sué à grosses gouttes, et on ne pouvait pas lui parler. Il faisait de drôles de bruits, et il se balançait d'avant en arrière sans répondre".

Nathalie Smyth, une voisine âgée de 27 ans, a dit à l'AFP avoir vu samedi des pompiers et ambulances qui ont "barré la route". "Certaines personnes portaient des combinaisons protectrices".

Plusieurs cordons de sécurité ont été mis en place dans des endroits où auraient pu se rendre les deux quadragénaires et la présence policière y a été renforcée, notamment le logement d'Amesbury, l'église baptiste de la ville et le parc Queen Elizabeth Gardens à Salisbury.

"Nous sommes tous très perplexes et choqués", a confié le secrétaire de l'église, Roy Collins, exprimant un sentiment partagé par de nombreux habitants.

A Salisbury, un travail de nettoyage chimique a été effectué sur les sites contaminés, notamment la maison de Sergueï Skripal