POLITIQUE
03/07/2018 17:47 EDT | Actualisé 03/07/2018 17:47 EDT

Couillard refuse de s'alarmer à la lumière des propos de Trump sur l'ALÉNA

Moderniser, d'accord, mais il faut conserver l'accord, souhaite le premier ministre.

La ministre des Affaires étrangère Chrystia Freeland et le négociateur en chef du Canada dans le cadre des renégociations de l'ALÉNA.
PC/David Kawai
La ministre des Affaires étrangère Chrystia Freeland et le négociateur en chef du Canada dans le cadre des renégociations de l'ALÉNA.

Le premier ministre du Québec Philippe Couillard estime qu'il ne faut pas faire «une analyse fine» des propos du président américain Donald Trump concernant l'Accord de libre-échange nord-américain, «parce que ça peut changer d'un jour à l'autre, parfois dans la même journée, d'une semaine à l'autre».

M. Trump a récemment affirmé qu'il était peu pressé de signer un nouvel accord avant les élections de mi-mandat aux États-Unis cet automne.

«Je crois que tout le monde, dans le domaine économique aux États-Unis, les gouverneurs qu'on rencontre, les membres du Congrès, savent qu'il faut renouveler, moderniser, l'ALÉNA, mais qu'il faut surtout le conserver, conserver cet immense espace économique nord-américain. Là-dessus je pense qu'il y a un consensus très large. Mais faire de l'analyse fine des propos du président tous les jours, il y en aurait pour longtemps», a lancé M. Couillard lors d'une mêlée de presse à l'Assemblée nationale, mardi après-midi.

De son côté, le gouvernement fédéral s'attend toujours à ce que les négociations de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) s'accélèrent cet été, malgré le manque d'empressement du président Trump.

Maintenant que le nouveau président du Mexique a été élu, Ottawa espère reprendre les pourparlers dès que possible, a indiqué un représentant du gouvernement canadien au courant des discussions, même si M. Trump affirme qu'il ne signera pas un nouvel accord avant que les électeurs américains ne se rendent aux urnes en novembre.

Cette stratégie de M. Trump n'a pas surpris outre mesure le négociateur en chef pour le Québec dans le cadre de la renégociation, Raymond Bachand.

«Je ne suis pas surpris, parce qu'il va être obligé de faire des concessions, alors il préfère faire des concessions après les élections, plutôt que d'avoir l'air faible par les concessions qu'il pourrait donner», a avancé M. Bachand, mardi à Québec.

Les efforts visant à relancer les négociations sur l'ALÉNA surviennent alors que le Canada et les États-Unis s'échangent des tarifs punitifs sur les importations dans le cadre d'une dispute commerciale transfrontalière.

La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a dit avoir discuté six fois avec le représentant américain au commerce, Robert Lighthizer, la semaine dernière et s'attend à ce que les négociations de l'ALÉNA passent à la vitesse supérieure cet été.

Arrivée d'un nouveau président

Le président mexicain élu, Andres Manuel Lopez Obrador, s'est lui aussi dit favorable à la renégociation de l'ALÉNA et souhaite que sa propre équipe d'experts participe aux négociations avant son entrée en fonction, le 1er décembre.

Le fonctionnaire canadien, qui s'exprimait sous le couvert de l'anonymat parce qu'il n'était pas autorisé à discuter publiquement du dossier, a indiqué que jusqu'à l'arrivée en poste M. Lopez Obrador, les membres de l'actuel gouvernement mexicain continueront à être les principaux négociateurs pour l'ALÉNA.

Raymond Bachand croit toutefois que M. Lopez Obrador voudra aussi avoir ses propres négociateurs pendant la transition.

«Il va mettre, évidemment, ses propres négociateurs pour accompagner les autres jusqu'à la transition. Il va prendre la présidence au 1er décembre, alors peut-être que ça va ralentir le processus, aussi», a-t-il noté.

M. Bachand croit aussi que le nouveau président est «probablement plus favorable aux droits des travailleurs, donc à une augmentation du salaire minimum au Mexique, ce qui peut favoriser une entente avec les Américains».

Le premier ministre Couillard se réjouit de son côté des premières déclarations du nouveau président au sujet de l'accord, qui signalent, selon lui, une volonté de conserver un accord à trois.

«Je dirais que ça éloigne davantage, ce qui est une bonne chose, l'idée de briser l'accord de trois et faire des accords bilatéraux. Je pense que ce n'est plus vraiment à l'horizon. Je pense que tout le monde comprend qu'il va falloir un accord à trois. Ses déclarations initiales ont été plutôt positives, dans le sens qu'il désire participer à la négociation avec son équipe et il désire que l'accord soit renouvelé, ce qui est positif également», a-t-il analysé.

Lundi, le premier ministre Justin Trudeau a discuté avec M. Lopez Obrador par téléphone, et les deux ont évoqué «la relation économique et commerciale avantageuse pour les deux pays et la priorité qu'ils ont en commun d'actualiser l'Accord de libre-échange nord-américain, de manière à améliorer la vie de leur population», a indiqué le bureau de M. Trudeau dans un communiqué.

Dans un entretien diffusé dimanche sur le réseau Fox News, M. Trump a déclaré qu'il pourrait rapidement signer un accord révisé avec le Canada et le Mexique, mais qu'il voulait plutôt obtenir un meilleur accord pour les États-Unis. Interrogé sur le calendrier d'un accord, M. Trump a affirmé: «Je veux attendre après les élections.»