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29/06/2018 08:37 EDT | Actualisé 29/06/2018 08:38 EDT

Deux jours avant la fusillade du «Capital Gazette», l'éditorialiste Milo Yiannopoulos appelait à «abattre des journalistes»

Il «ne regrette rien».

C'est le troll ultime, un "superméchant" d'Internet, et cette fois le timing est désastreux. Depuis des années, Milo Yiannopoulos se montre volontairement provocateur, raciste, méchant, ultra-conservateur, en particulier sur les réseaux sociaux et dans les publications qui lui prêtent une tribune, à l'image du controversé Breitbart.

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Il a été banni de Twitter à plusieurs reprises pour des sorties islamophobes ou extraordinairement violentes. Et ce 28 juin, il est la cible de toutes les critiques aux États-Unis, où une fusillade dans les locaux d'un journal du Maryland, le Capital Gazette, a fait au moins cinq morts et plusieurs blessés.

Michael Masters via Getty Images
«Je n'attends qu'un chose: que des escouades de citoyens justiciers commencent à abattre des journalistes», a récemment écrit Milo Yiannopoulos.

En cause, des propos tenus deux jours plus tôt, dans lesquels il incitait les Américains à tuer des reporters. "Je n'attends qu'un chose: que des escouades de citoyens justiciers commencent à abattre des journalistes", avait-il notamment écrit dans un SMS envoyé à un employé de la publication new-yorkaise Observer, qui lui demandait une réaction pour compléter un article.

Or, est-ce la faute d'une coïncidence malheureuse si la tuerie du Capital Gazette s'est produite à ce moment précis? Rien n'est moins sûr, tant que le suspect de la tuerie, Jarrod Ramos, n'a pas parlé. Surtout, alors qu'il aurait pu revenir sur ses propos, Milo Yiannopoulos préfère poursuivre avec sa stratégie de provocation et assume chaque mot. Tout en continuant à tacler la presse bien sûr.

"Les corps ne sont même pas encore froids que les journalistes s'en servent déjà pour marquer des points politiquement contre moi", écrit-il dans une publication Instagram accompagnant un photo de lui armé d'un fusil. "C'est répugnant. Mais je ne regrette rien de ce que j'ai dit, même si bien sûr, comme n'importe quel être humain, je suis attristé d'entendre que des vies ont été enlevées inutilement."

Dans un autre post, il ajoute: "J'ai envoyé un troll à propos 'd'escouades de citoyens justiciers', et c'était une réponse privée à un journaliste qui me demandait de commenter une affaire. C'était un moyen de lui dire d'aller se faire foutre. Et ensuite, il publie! Stupéfait de voir qu'il fait semblant de prendre ça pour de réelles menaces, je reposte son article pour me moquer de lui, et m'assure de bien faire comprendre que je n'étais pas sérieux."

Des explications douteuses et encore une fois volontairement peu claires, qui n'ont fait que susciter des réactions outragées. De très nombreux journalistes, dévastés par la mort de leurs confrères, mais aussi des célébrités et des activistes ont ainsi publié des messages condamnant les propos de Milo Yiannopoulos, parmi lesquels l'actrice Alyssa Milano, le musicien Questlove ou encore Shaun King, militant anti-armes extrêmement populaire et récemment primé aux côtés de Mamoudou Gassama aux BET Awards.

Par ailleurs, plusieurs marques dont les services de paiement en ligne Paypal et Venmo ont fermé ses comptes et lui ont interdit de faire référence à leur marque sur son site Internet.

"Il y a deux jours, Milo Yiannopoulos envoyait des textos parlant d'abattre des journalistes. Les mots ont un sens."

"Il y a deux jours, Milo Yiannopoulos déclarait: "Je n'attends qu'une chose: que des escouades de citoyens justiciers commencent à abattre des journalistes." Et maintenant, des journalistes sont abattus à Annapolis. Vous ne pouvez pas faire comme si vous ne regardiez pas les infos, comme si ce que vous dites n'est pas politique, comme si vous n'y pouviez rien. Vous devez vous réveiller et voir ce qui se passe sous vos yeux."

"1. Trump parle des médias comme de "L'ennemi" et de "La plus grande menace pour ce pays".
2. Il y a 48 heures, Milo parle de justiciers qui devraient tirer et tuer des journalistes.
3. Voilà ce qui arrive aujourd'hui. "

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.