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28/06/2018 08:33 EDT | Actualisé 28/06/2018 11:46 EDT

Le cimentier Lafarge inculpé en Syrie pour avoir notamment financé des groupes djihadistes

L'entreprise Power Corporation, dont l'actionnaire majoritaire est la famille Desmarais, est un actionnaire indirect de LafargeHolcim.

Photo d'archives d'une usine de Lafarge Cement Syria à Jalabiya dans le nord de la Syrie.
DELIL SOULEIMAN via Getty Images
Photo d'archives d'une usine de Lafarge Cement Syria à Jalabiya dans le nord de la Syrie.

Le cimentier franco-suisse LafargeHolcim a l'intention de contester des infractions reprochées à l'une de ses filiales en lien avec des gestes qui auraient été posés par d'ex-employés en Syrie afin de financer indirectement Daech (le groupe armé État islamique).

Lafarge SA a été mise en examen en tant que personne morale, jeudi, pour violation d'un embargo, mise en danger de la vie d'autrui, financement d'une entreprise terroriste et complicité de crimes contre l'humanité.

Cette affaire, qui a provoqué une vive controverse en France, a trouvé écho jusqu'au Québec, puisque Power Corporation du Canada est un actionnaire indirect de la multinationale. Le cochef de la direction de la société de portefeuille, Paul Desmarais fils, siège également au conseil d'administration du cimentier et a été réélu au printemps.

Dans un communiqué, Lafarge SA a reconnu que son mécanisme de supervision de sa filiale syrienne ne lui a pas permis de remarquer des manquements survenus à la suite d'une "violation sans précédent" des règles internes.

Toutefois, l'entreprise explique qu'elle fera appel des infractions reprochées, estimant qu'elles ne reflètent pas équitablement les responsabilités de Lafarge SA.

"Nous regrettons profondément ce qui s'est passé dans notre filiale syrienne et, dès que nous en avons été informés, nous avons immédiatement pris des mesures fermes, a souligné le président du conseil de LafargeHolcim, Beat Hess. Aucune des personnes mises en examen n'est aujourd'hui dans l'entreprise."

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Trois dirigeants de Lafarge - dont l'ancien grand patron de la société Bruno Lafont - font déjà l'objet d'accusations pour avoir indirectement financé des groupes djihadistes pour permettre à la compagnie de continuer à faire des affaires en Syrie.

Lafarge a reconnu avoir transféré de l'argent à des groupes armés en 2013 et 2014 afin d'y garantir la sécurité de ses employés et l'approvisionnement de son usine. La cimenterie syrienne au coeur de l'affaire est toutefois tombée entre les mains des groupes armés en septembre 2014.

Cette mise en examen a été saluée par l'organisation non gouvernementale de lutte contre les crimes économiques Sherpa et le Centre européen pour les droits constitutionnels et humains (ECCHR), qui avaient déposé une plainte civile contre l'entreprise l'an dernier.

"C'est la première fois qu'une entreprise est mise en examen pour complicité de crimes contre l'humanité dans le monde, ce qui marque un pas décisif dans la lutte contre l'impunité des multinationales présentes dans des zones de conflits armés", ont indiqué les deux organisations.

Le conseil ignorait

Membre du conseil d'administration de LafargeHolcim, M. Desmarais fils avait affirmé, le 11 mai dernier, lors de l'assemblée annuelle de Power Corporation, que les administrateurs du cimentier n'avaient jamais été au courant des malversations citées par la justice française.

"Toutes les questions que vous vous posez, je peux vous dire qu'on se les pose aussi", avait affirmé le cochef de la direction de la société de portefeuille, lors d'une déclaration lue en marge du rendez-vous annuel.

Celui-ci avait affirmé ne pas avoir songé à quitter son poste au sein du cimentier, puisque "plusieurs milliards" de dollars avaient été investis dans cette multinationale.

Par l'entremise de Pargesa Holding et du Groupe Bruxelles Lambert, Power Corporation du Canada contrôle près de 9,43 pour cent des actions de LafargeHolcim, d'après les données compilées par Thomson Reuters.

Le vice-président, chef du contentieux et secrétaire du conglomérat, Stéphane Lemay, a référé jeudi les questions à la déclaration prononcée par M. Desmarais dans le cadre de l'assemblée annuelle de la société.

Selon le quotidien Le Monde, l'homme d'affaires québécois aurait été mis sous écoute et interrogé en décembre dernier par les policiers belges en compagnie de trois administrateurs du Groupe Bruxelles Lambert - contrôlé par Power Corporation.

De plus, d'après "L'Echo", la justice belge aurait reçu une demande du FBI et du ministère américain de la Justice afin d'avoir accès à des documents concernant les dossiers de Lafarge et du Groupe Bruxelles Lambert.

Power Corporation du Canada détient un investissement dans La Presse canadienne dans le cadre d'un accord conjoint avec une filiale du Globe and Mail et l'éditeur Torstar.

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