POLITIQUE
26/06/2018 07:52 EDT | Actualisé 26/06/2018 15:06 EDT

Combien dépense le Canada pour aider les migrants illégaux?

Les données ont récemment été déposées à la Chambre des communes.

L'été dernier, des centaines de réfugiés haïtiens sont entrés au Canada par le chemin Roxham, fuyant les États-Unis par crainte d'être déportés.
Christinne Muschi / Reuters
L'été dernier, des centaines de réfugiés haïtiens sont entrés au Canada par le chemin Roxham, fuyant les États-Unis par crainte d'être déportés.

De nouvelles données du gouvernement fédéral permettent de constater que le traitement réservé par le Canada aux demandeurs d'asile qui traversent la frontière de façon irrégulière est fort différent de celui auquel ils ont droit aux États-Unis.

Les chiffres montrent que le Canada a dépensé plus de 5 millions $ en 2017 et pendant la première partie de 2018 pour l'hébergement temporaire, la nourriture et l'eau fournis aux demandeurs d'asile entrés sur le territoire canadien en provenance des États-Unis par le passage non officiel du chemin Roxham, en Montérégie. Une partie de cette somme a également été consacrée aux services de sécurité.

Les données ont récemment été déposées à la Chambre des communes en réponse aux questions écrites de députés de l'opposition.

Une répartition détaillée des dépenses pour les services d'hébergement et les services humanitaires montre que l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) a payé pour des articles tels que des génératrices et des appareils de chauffage, de l'eau et des chambres d'hôtel pour les demandeurs d'asile.

L'ASFC a également conclu un contrat avec la Croix-Rouge canadienne pour aider à fournir des services aux demandeurs d'asile sur le territoire du Québec, où la grande majorité d'entre eux sont arrivés l'an dernier et cette année.

Christinne Muschi / Reuters
Un camp de réfugiés temporaire a dû être érigé à Lacolle, en août dernier, pour accueillir les demandeurs d'asile haïtiens.

Cela comprend la distribution de trousses d'hygiène, de couvertures et de fournitures pour bébés, comme des couches et des préparations pour nourrissons. Des services de soins de santé de base sont également offerts avec l'aide d'une infirmière sur place, avec la possibilité de transporter certaines personnes à l'hôpital pour répondre à des besoins plus sérieux.

Le rôle de la Croix-Rouge

Carl Boisvert, porte-parole de la Croix-Rouge canadienne à Montréal, explique que les bénévoles offrent de la nourriture et un abri aux demandeurs d'asile dès leur arrivée au Canada jusqu'à ce qu'ils soient autorisés à se rendre à Montréal ou à Toronto en attendant leur audience devant la Commission de l'immigration et du statut de réfugié - une période qui peut durer quelques jours.

"Nous nous assurons qu'ils soient en sécurité et nous prenons soin d'eux", explique M. Boisvert.

La plupart des demandeurs d'asile qui arrivent au Canada cherchent simplement une vie meilleure après avoir fui leur pays d'origine en raison de la guerre et de la violence, dit-il.

Quand ils arrivent, ils sont chaleureusement accueillis. "Je suis fier de jouer ce rôle", affirme-t-il.

Les demandeurs d'asile "ont traversé les frontières et nous savons que c'est très difficile. Ils ont fait des choix difficiles. Et nous sommes là pour les aider et dire: "Bienvenue au Canada, la Croix-Rouge peut prendre soin de vous, nous allons vous fournir un abri, de la nourriture et nous assurer que vous soyez en sécurité, pour le moment"", raconte M. Boisvert.

Malgré le fait que ces personnes aient franchi la frontière entre le Canada et les États-Unis de façon irrégulière, en ne passant pas par les postes frontaliers officiels, le gouvernement canadien ne détient qu'une fraction d'entre elles.

Au Canada, les immigrants et les demandeurs d'asile peuvent être détenus s'il existe des motifs raisonnables de croire qu'ils sont inadmissibles sur le territoire du Canada, s'ils représentent un danger pour le public ou s'ils sont incapables de prouver leur identité aux agents frontaliers.

Plus de 20 000 demandeurs l'an dernier

La Gendarmerie royale du Canada a intercepté un total de 20 593 demandeurs d'asile entrés irrégulièrement au Canada en 2017, et 9481 autres entre le 1er janvier et le 31 mai 2018.

Depuis le 1er avril 2017, seulement 643 de ces personnes ont été placées en détention, selon les données du gouvernement.

Ce n'était pas triste. Ils disaient: «Nous essayons de trouver un meilleur avenir pour notre famille." J'ai vu beaucoup de sourires».Carl Boisvert, de la Croix-Rouge canadienne à Montréal

Par ailleurs, il semble que les demandeurs d'asile au Canada soient très peu nombreux à ne pas se présenter aux audiences de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié auxquelles ils sont convoqués. Aux États-Unis, l'administration Trump a notamment justifié sa politique de détention des demandeurs d'asile par le fait que ceux-ci ne se présenteraient pas devant les autorités lorsqu'ils sont sommés de le faire.

De février 2017 à mars 2018, un total de 12 626 audiences sur la détermination du statut de réfugié ont eu lieu au Canada. De ces audiences, 390 ont été annulées en raison de l'absence des personnes concernées. De ce nombre, seulement 20 audiences, qui concernaient 32 personnes au total, visaient des demandeurs d'asile entrés au Canada de façon irrégulière.

Carl Boisvert, de la Croix-Rouge canadienne à Montréal, n'a pas voulu commenter la façon dont les demandeurs d'asile sont traités au Canada comparativement aux États-Unis. Mais il a estimé qu'ils étaient bien traités au Canada, et il s'est dit frappé par le sentiment d'optimisme et d'espoir dont il a été témoin parmi les gens qui arrivent par le chemin Roxham.

"Ce n'était pas triste. Ils disaient: "Nous essayons de trouver un meilleur avenir pour notre famille." J'ai vu beaucoup de sourires", affirme M. Boisvert. Carl Boisvert, de la Croix-Rouge canadienne à Montréal

"Ils ont dit: "C'est difficile, nous ne savons pas où nous allons, mais nous espérons avoir un meilleur avenir." C'est ce que j'ai vu sur place."