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22/06/2018 07:55 EDT | Actualisé 22/06/2018 13:49 EDT

Les grutiers défient l'ordonnance du tribunal et ne retournent pas au travail

Le ministre des Transports enverra une mise en demeure au syndicat des grutiers.

Photo du 18 juin dernier du site de construction du pont Champlain.
La Presse canadienne/Paul Chiasson
Photo du 18 juin dernier du site de construction du pont Champlain.

Le ministre des Transports, André Fortin, a annoncé vendredi que le gouvernement enverrait une mise en demeure au syndicat des grutiers pour réclamer "tout dommage généré par leur grève illégale".

"Il y aura des conséquences. Nous ne ferons pas de compromis", a déclaré le premier ministre Philippe Couillard en mêlée de presse vendredi.

"Ceux qui pensent que parce qu'il y a des élections qui s'en viennent, le gouvernement pourrait marchander une sorte de solution à l'écart des lois. Enlevez cette illusion de votre esprit."

Dans un bref communiqué diffusé en matinée, son ministre a déclaré qu'il était "inacceptable" que les grutiers désertent leurs chantiers depuis une semaine. Les dommages liés aux retards sur les chantiers leur seront réclamés, a-t-il assuré.

Interrogé sur l'impact de la grève sur les travaux au pont Champlain, l'attaché de presse du ministre fédéral des Infrastructures, Amarjeet Sohi, a affirmé qu'il était encore "trop tôt" pour se prononcer. Dans une déclaration envoyée par courriel, Brook Simpson a assuré que le ministre suivait la situation de près avec son partenaire privé.

La vaste majorité des grutiers ont défié l'ordonnance du Tribunal administratif du travail, qui les a sommés de cesser leur grève illégale. Ils ne sont pas retournés sur les chantiers vendredi matin, selon la Commission de la construction du Québec (CCQ).

Le tribunal avait accueilli jeudi soir la demande d'ordonnance provisoire déposée par la CCQ pour faire cesser la grève. Selon la décision, l'urgence d'agir est justifiée, car "il apparaît évident que les chantiers de construction subissent des impacts importants en lien avec cet arrêt de travail".

Le syndicat n'a pas répondu à la demande d'entrevue de La Presse canadienne.

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Mélanie Malenfant, porte-parole de la CCQ, a dit qu'elle "comprenait très bien" la décision du gouvernement du Québec.

"Ça cause aussi des torts aux contribuables, parce que tous les retards sur les chantiers, ça va probablement occasionner des coûts qui sont importants pour le gouvernement", a-t-elle soutenu en entrevue téléphonique.

Guillaume Houle, porte-parole de l'Association de la construction du Québec (ACQ), a indiqué que son organisation invitait tout entrepreneur affecté par ces moyens de pression à déposer une plainte auprès de la CCQ et à aviser les autorités policières.

"C'est dommage, on aurait aimé que les syndicats participent davantage. On s'entend, la FTQ-Construction, l'Inter, ont envoyé des messages clairs aux grutiers de retourner au travail. Si les grutiers ne respectent pas les consignes du juge, de leur syndicat, il devraient faire face aux réprimandes appropriées", a-t-il affirmé.

Pressions du syndicat et de la CCQ

En milieu de soirée, jeudi, la FTQ-Construction avait relayé la décision du tribunal dans un communiqué de presse, dans lequel elle rappelait "aux salariés grutiers leur obligation d'offrir immédiatement leur prestation normale et habituelle de travail".

Par communiqué, jeudi soir, la CCQ avait dit souhaiter que le mot d'ordre du tribunal soit entendu rapidement et que "la grève illégale cesse sans délai afin que les chantiers du Québec puissent retrouver leur niveau d'activité normal".

La CCQ entendait maintenir "sa présence active sur les chantiers afin de recueillir la preuve et exercer les recours pénaux appropriés", avait-on précisé.

La Presse canadienne
Les grutiers de la FTQ-Construction ont tenu un rassemblement, jeudi.

La CCQ avait rappelé que les personnes choisissant de défier l'ordonnance seraient passibles d'outrage au tribunal, et s'exposeraient à des amendes de 10 000 $, ou 100 000 $ pour une personne morale, "et même une peine d'emprisonnement".

Les grutiers ont commencé une grève lundi dernier, dans l'ensemble des chantiers du Québec. Et la grève est illégale, puisque la convention collective qui lie les associations patronales et les organisations syndicales est en vigueur jusqu'en 2021. Au chantier du nouveau pont Champlain, qui relie Montréal à la Rive-Sud, les moyens de pression avaient même débuté jeudi dernier.

Le litige prend sa source dans les changements qui ont été apportés à la formation des grutiers, le 14 mai dernier. Les grutiers, mécontents, allèguent que les changements apportés nuiront à leur propre sécurité et à celle du public.