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20/06/2018 12:20 EDT | Actualisé 20/06/2018 15:55 EDT

Donald Trump signe un décret visant à mettre fin aux séparations des familles à la frontière

«Nous allons avoir des frontières très fortes mais nous allons garder les familles ensemble.»

Un refuge d'enfants migrants à Rio Grande Valley.
Handout/ Reuters
Un refuge d'enfants migrants à Rio Grande Valley.

Le président américain Donald Trump a signé mercredi un décret présidentiel pour mettre fin à la séparation des enfants migrants et de leurs parents lorsqu'ils traversent la frontière américano-mexicaine de manière illégale.

Ce geste constitue un revirement inattendu de la part de l'administration Trump, qui insistait à tort depuis plusieurs jours sur le fait qu'elle n'avait pas d'autre choix que de séparer les familles appréhendées à la frontière en raison de la loi et d'une décision de justice.

Les images choquantes d'enfants détenus dans des cages dans des installations frontalières aux États-Unis, ainsi que des enregistrements audio de jeunes enfants en pleurs réclamant leurs parents, ont suscité un tollé à travers le monde au cours des derniers jours.

Jusqu'à mercredi, la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielsen, avait affirmé à maintes reprises que le seul moyen pour que cesse cette pratique décriée de toutes parts était que le Congrès adopte une nouvelle loi en matière d'immigration, bien que les démocrates et certains républicains aient déclaré que le président pouvait renverser la vapeur.

C'est ce que M. Trump a fait mercredi.

Bloomberg via Getty Images
Donald Trump durant une réunion avec des membres du Congrès américain, mercredi.

Le président a soutenu que les États-Unis allaient avoir des frontières fortes, mais qu'ils ne sépareraient plus les familles, confiant au passage qu'il n'aimait pas voir les enfants être arrachés à leurs parents.

Il a toutefois souligné que ce décret ne mettrait pas un terme à la politique de "tolérance zéro", mais qu'il visait à permettre aux membres d'une même famille de rester ensemble durant leur détention et le traitement de leur dossier, en plus de demander l'aide du département de la Défense pour héberger tous ces gens.

Plus tôt mercredi, Donald Trump avait écrit sur Twitter: "C'est la faute des démocrates, ils ne nous donneront pas les votes nécessaires pour adopter une bonne législation sur l'immigration. Ils veulent des frontières ouvertes, ce qui engendre des crimes horribles. Les républicains veulent la sécurité. Mais je travaille sur quelque chose. Cela ne s'arrête jamais!"

L'administration Trump a récemment mis en place une politique de "tolérance zéro" en vertu de laquelle toute personne qui se présente à la frontière sans document d'immigration valide est soumise à des poursuites, un processus qui mène les adultes en détention en attendant le traitement de leur dossier, tandis que les enfants sont conduits dans des établissements distincts gérés par le département de la Santé et des Services sociaux.

Trudeau condamne la séparation des enfants migrants de leurs parents

Le premier ministre Justin Trudeau a beau qualifier d'inacceptable la séparation de familles migrantes aux États-Unis, son gouvernement ne suspendra pas pour autant l'Entente sur les tiers pays sûrs qui sert à gérer le flux des demandeurs d'asile entre le Canada et les États-Unis.

"Ce qui se passe aux États-Unis est inacceptable", a affirmé le premier ministre à l'entrée de son caucus, mercredi, quelques heures avant que le président américain signe un décret pour mettre fin à la séparation des enfants migrants de leurs parents.

"Je ne peux pas imaginer ce que ces familles sont en train de vivre, a-t-il ajouté. Évidemment, ce n'est pas comme ça qu'on fait les choses au Canada."

Il reprenait les propos exprimés la veille par son ministre Marc Garneau lors de la période des questions. Les néo-démocrates talonnent le gouvernement depuis trois jours, lui demandant de suspendre l'Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis puisqu'ils ne considèrent plus ce pays comme étant sécuritaire pour les demandeurs d'asile.

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Environ 2000 enfants ont été séparés de force de leurs parents entrés illégalement aux États-Unis, en avril et en mai. Le président Trump a signé un décret mercredi pour mettre fin à cette pratique instaurée par son administration.

La prise de position de Justin Trudeau est trop peu, trop tard, selon le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, dont les députés ont continué de faire pression sur le gouvernement lors de la période des questions mercredi.

"Le directeur des services d'immigration et de douanes a confirmé les pires craintes des parents", a insisté la députée Jenny Kwan.

"Il s'attend à ce que des centaines d'enfants ne revoient jamais leurs parents, a-t-elle poursuivi. Ils seront perdus dans le système à jamais. Est-ce que le premier ministre reconnaît qu'aussi longtemps que le président Trump sera au pouvoir, les États-Unis ne seront jamais un pays sûr pour les demandeurs d'asile?"

"L'Entente sur les pays tiers sûrs (sic) date d'il y a plus de 10 ans et nous continuons de chercher des moyens de la moderniser, a répondu M. Trudeau. Nous sommes en conversation continuelle avec les États-Unis. Nous continuons de surveiller de près les développements aux États-Unis."

Les conservateurs s'étaient gardés jusqu'à maintenant de dénoncer la politique de tolérance zéro" implantée par l'administration Trump à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

"Cette politique de séparer les enfants de leurs parents manque de compassion et ce n'était pas une façon de traiter les gens avec la dignité qu'ils méritent peu importe la façon dont ils entrent dans un pays", a déploré le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, à son entrée à la période des questions mercredi.

Son parti continue toutefois de demander que l'Entente sur les tiers pays sûrs soit appliquée à l'ensemble de la frontière canado-américaine, avait indiqué la députée Michelle Rempel plus tôt dans la journée.

En vertu de cette entente, la plupart des demandeurs d'asile qui arrivent au Canada en provenance des États-Unis en passant par les aéroports et les postes frontaliers sont repoussés. Ils doivent plutôt faire leur demande de statut de réfugié aux États-Unis, le premier pays où ils ont mis le pied. C'est ce qui inciterait de nombreux demandeurs d'asile à traverser la frontière de façon irrégulière au chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.

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