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19/06/2018 12:24 EDT | Actualisé 19/06/2018 19:15 EDT

Bissonnette: la Couronne demande au juge d'imposer une peine de 150 ans

La défense demande la libération conditionnelle après 25 ans derrière les barreaux.

Reuters/Facebook

La Couronne a officiellement réclamé, mardi, une peine de 150 ans d'incarcération pour le tireur de la grande mosquée de Québec, Alexandre Bissonnette, ce que le juge n'a pas écarté.

Les avocats de Bissonnette croient plutôt qu'il devrait être admissible à une libération conditionnelle après avoir passé 25 ans derrière les barreaux.

L'homme de 28 ans a été reconnu coupable en mars d'avoir tué six membres de la communauté musulmane de Québec en janvier 2017, et d'avoir fait plusieurs blessés. Il devrait connaître sa peine en septembre.

Mardi, lors des observations sur la peine, le procureur de la Couronne, Thomas Jacques, a qualifié les crimes "d'ignobles", de "répugnants", et d'une gravité "sans précédent".

Il a demandé au juge François Huot, de la Cour supérieure, d'imposer au meurtrier un châtiment "à la hauteur de la réprobation sociale".

"Il n'est pas ici question de vengeance, mais de juste dû", a-t-il déclaré, en réclamant une peine proportionnelle à la gravité du "carnage" et à la responsabilité morale de Bissonnette.

Alors qu'il brossait le portrait d'un jeune homme habité par la haine et les préjugés raciaux, et qu'il rappelait la chronologie des événements point par point, des femmes dans la salle se sont mises à pleurer doucement, tandis que Bissonnette sanglotait et se prenait la tête dans les mains. Il a plusieurs fois regardé ses parents, assis près du box des accusés.

Déjà en 2015, Bissonnette fomentait un projet de tuerie de masse, a rappelé la poursuite. L'année suivante, il choisissait sa cible, soit la grande mosquée de Québec. "Cet endroit n'est pas banal, a insisté Me Jacques. Il s'agit d'un lieu de culte, d'un lieu saint, d'un lieu sacré."

Non seulement la tuerie a été préméditée, mais le tueur était déterminé, agissant méthodiquement, avec cruauté, s'acharnant sur ses victimes, et souriant à deux d'entre elles "pour leur donner un brin d'espoir" avant de les exécuter froidement.

En aucun moment Alexandre Bissonnette ne s'est préoccupé de la présence d'enfants à la mosquée. "Il a fait déferler sa haine et sa rage dans le but de se glorifier", a résumé le procureur de la Couronne, en le dépeignant également comme quelqu'un indigne de confiance, qui ment.

Crime haineux

Au-delà des blessures physiques et psychologiques, c'est une communauté, une ville, une province, un pays qui ont été blessés et qui conserveront une cicatrice, a-t-il plaidé.

"C'est un ?il au beurre noir sur les valeurs protégées par la société canadienne", a observé le procureur.

D'ailleurs, le fait que la tuerie de Québec soit "un des cas les plus haineux de l'histoire canadienne", qui "s'assimile à du terrorisme", est un facteur aggravant qui doit être pris en considération, selon lui.

"Toutes les familles des victimes vont dans ce sens-là, a déclaré aux journalistes l'ex-président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi. Elles veulent une peine exemplaire, le maximum que la loi permet."

Le juge Huot a demandé aux parties de faire le débat, mercredi, sur la constitutionnalité de l'article 745.51 du Code criminel qui permet depuis 2011 le cumul des peines, puisqu'il est "probable", ultimement, que le tribunal impose des peines consécutives.

Une situation "unique", dit le juge

Plus tôt, les deux avocats de Bissonnette avaient pourtant plaidé que son cas ne ressemblait pas à ceux, dans le passé, pour lesquels l'article 745.51 avait été invoqué.

Par exemple, ont-ils illustré, il y a eu une affaire de cannibalisme d'un enfant de deux ans, des meurtres crapuleux de femmes parce qu'elles étaient femmes, le meurtre par arme blanche d'une femme qui s'apprêtait à se séparer de son mari, et de ses parents. La femme a été poignardée 37 fois.

Il y a aussi eu le cas de Justin Bourque, cet homme qui a tendu des embuscades et abattu trois gendarmes de la GRC à Moncton en 2014. Le juge avait imposé une peine de 75 ans pour les trois meurtres prémédités. Il avait noté que l'accusé n'avait pas manifesté de remords.

"Ce sont des crimes particulièrement odieux, affreux et commis dans des intervalles relativement longs, sur plusieurs jours", a souligné Me Jean-Claude Gingras.

Bissonnette, lui, a admis son crime, s'est rendu aux policiers, et a toujours collaboré avec les autorités, ont plaidé les avocats de la défense. C'est un jeune homme malade, mais "réhabilitable", qui a maintes fois démontré des remords et de la honte, ont-ils indiqué, en rappelant que selon des experts, Bissonnette représentait un risque de récidive faible à modéré.

Une peine consécutive dans le cas de Bissonnette "annihilerait" ses chances de réhabilitation et le priverait "carrément" d'espoir, a soutenu Me Charles-Olivier Gosselin.

"En revanche, est intervenu le juge Huot, il s'agit à ma connaissance d'une situation unique. Cinquante ou 52 victimes ont été ciblées en raison de leur appartenance à un groupe particulier.

"C'est assez difficile d'essayer de classifier un échelon de degrés lorsqu'on compare une situation d'horreur à une autre situation d'horreur. (?) Ça peut devenir vain", a-t-il laissé tomber.