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14/06/2018 06:47 EDT | Actualisé 14/06/2018 06:47 EDT

Jeff Bezos, le PDG d'Amazon, aurait peut-être dû s'abstenir de jouer le philanthrope

Faire miroiter deux futurs projets mystérieux alors que l'entreprise est critiquée sur plusieurs dossiers sociaux, un timing bien particulier.

Rex Curry / Reuters

Mercredi soir, le PDG d'Amazon Jeff Bezos, l'homme le plus riche du monde, a annoncé sur Twitter qu'il allait bientôt se lancer dans deux grands projets philanthropiques. Il y a un an, il avait demandé de l'aide pour trouver quelle cause financer.

S'il n'a pas encore révélé son choix, cela devrait avoir lieu d'ici la fin de l'été, selon le fondateur d'Amazon. Sauf que son message n'a pas été très bien accueilli. Des dizaines de personnes lui ont répondu, sous la forme de critiques ou d'ironie, qu'il devrait se consacrer aux sans-abri de Seattle, aux personnes ayant des bas salaires et à des problèmes d'impôts.

"Et pourquoi pas payer vos impôts convenablement?" "Vous pourriez toujours résoudre le problème des sans-abri à Seattle." "Et pourquoi pas payer suffisamment vos employés pour qu'ils n'aient pas à dépendre de l'aide alimentaire ?"

Opposition à une taxe pour les sans-abri et problèmes en Chine

Il faut dire que le timing de ce message de Jeff Bezos est particulier, car Amazon a récemment été au centre de polémiques sur ces différents points.

Deux jours plus tôt, la ville de Seattle a abandonné une taxe exceptionnelle destinée à aider les sans-abri de la ville, dont le nombre a bondi de 4%. Le projet avait pourtant été approuvé à l'unanimité par la mairie quelques semaines plus tôt.

Cette taxe ciblait spécifiquement les entreprises dont le revenu annuel dans la ville de Seattle était supérieur à 20 millions de dollars. Ce qui n'a pas plu aux dites entreprises, qui ont levé des fonds pour organiser un référendum contre cette nouvelle loi.

Amazon, dont le siège social se situe à Seattle, a contribué à cette campagne. Le géant du commerce en ligne a même menacé d'annuler la construction de son nouveau siège social, prévu également dans la ville. La mairie a finalement abandonné le projet pour éviter un "combat politique prolongé et coûteux" face à "une opposition avec des ressources illimitées".

Deux jours plus tôt, une autre actualité avait ciblé directement Amazon. Selon une ONG américaine, les conditions de travail dans l'entreprise chinoise Foxconn, qui fabrique les Echo et Kindle du géant du commerce, sont problématiques, rapportait Reuters. Horaires excessives, faibles salaires, mauvaises formations et utilisation d'intérimaires en violation de la loi chinoise, affirme l'ONG, après une enquête de neuf mois.

Les salaires d'Amazon en ligne de mire

Un peu plus tôt, en avril, ce sont les salaires des employés d'Amazon (plus d'un demi-million dans le monde) qui étaient pointés du doigt. Pour la première fois, l'entreprise a dû dévoiler le salaire médian: 28 446 dollars par an. Cela veut dire que la moitié des employés gagne moins, l'autre moitié plus.

Une médiane bien éloignée des géants comme Facebook ou Google. Logique: Amazon emploie énormément de salariés peu qualifiés et peu payés dans ses entrepôts, alors que Facebook emploie beaucoup plus de développeurs, proportionnellement.

Si d'autres grandes entreprises américaines payent plus mal leurs salariés, cela a aidé à relancer le débat sur les salaires chez Amazon, qui bénéficie pourtant de beaucoup de réductions d'impôts.

Dans le même temps, une enquête de The Intercept dévoilait que dans plusieurs Etats, de nombreux employés d'Amazon dépendent du programme fédéral d'aide alimentaire, SNAP, pour se nourrir. En Arizona, un employé sur trois de la société en bénéficie. En Ohio et en Pennsylvanie, un sur dix.

Sur quatre des cinq Etats américains ayant accepté de répondre à la demande de The Intercept, Amazon fait partie des 20 sociétés dont les employés dépendent le plus des aides alimentaires.

Alors logiquement, quand son fondateur, à la tête d'une fortune de 112 milliards de dollars, parle de philanthropie, il est aisé d'y voir un double discours.

Ce texte a été publié originalement dans le HuffPost France.

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