POLITIQUE
13/06/2018 18:06 EDT | Actualisé 13/06/2018 18:58 EDT

Cannabis: l'attitude d’Ottawa est une «claque dans la face» pour Québec

Le gouvernement Trudeau tient mordicus à la culture du cannabis à la maison.

QUÉBEC – Les Québécois vont se «souvenir» du manque de respect du fédéral dans ses champs de compétence sur le cannabis, a fulminé le gouvernement Couillard. Ottawa tient mordicus à la culture d'un maximum de quatre plants à la maison, alors que Québec l'interdit.

Dans la nuit de mardi à mercredi, le gouvernement Trudeau a rejeté un amendement du Sénat sur son projet de loi sur le cannabis qui aurait permis aux provinces – comme le Québec et le Manitoba – d'interdire la culture de marijuana chez soi. Cette décision est survenue quelques heures après l'adoption du projet de loi de Québec pour encadrer la légalisation du cannabis.

LA PRESSE CANADIENNE
La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, n'a pas l'intention de reculer sur la possession de plants de cannabis à la maison.

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, s'est défendue de faire la «guerre» au Québec ou au Sénat. «Les Canadiens peuvent cultiver du tabac ainsi que faire leur vin ou leur bière à la maison. Nous sommes d'avis que les Canadiens pourront cultiver en toute sécurité un petit nombre de plantes», s'est-elle justifiée.

De l'avis du fédéral, les provinces peuvent limiter le nombre de plants à la maison à un, deux ou même trois, mais pas question de l'interdire complètement. La ministre Petitpas Taylor n'a pas précisé si Québec devra amender sa loi, laissant croire que les citoyens québécois qui seront pris en défaut devront s'adresser aux tribunaux.

La ministre se dit aussi prête à affronter un Sénat tenace. «Je dois aussi dire que le projet de loi C-45, ça fait plusieurs mois que le Sénat fait l'étude et puis nous, comme gouvernement, ça fait quelques années que nous travaillons sur le projet de loi», a-t-elle dit.

Québec cherche le «respect réciproque»

«Ne pensez-vous pas que Mme [Lucie] Charlebois [la ministre qui a piloté la légalisation du cannabis au Québec] n'en a pas vu, des experts? Ça fait un an, là, qu'ils sont assis des heures et des heures, qu'ils ont consulté tant et tant, ils ont fait la tournée des régions. Puis ça ne serait pas bon?» a bondi Jean-Marc Fournier, ministre québécois des Relations canadiennes.

M. Fournier a rencontré les sénateurs à Ottawa afin de faire valoir que les provinces ont le droit d'interdire la production de cannabis à domicile et qu'ils modifient le projet de loi fédéral en conséquence. En anglais, il a précisé qu'il a reçu la nouvelle du rejet de cet amendement comme une «claque dans la face».

LA PRESSE CANADIENNE
La ministre responsable de la Santé publique, Lucie Charlebois (au centre), lors de l'adoption de son projet de loi sur le cannabis.

Sa collègue, la ministre Charlebois, croit que les libéraux fédéraux «vont se faire parler par la population» à l'approche de l'élection fédérale de 2019. «Parlez à vos citoyens, parce qu'il va y avoir une sanction à la fin», a-t-elle prévenu.

L'Assemblée nationale a adopté sa loi sur le cannabis, mardi, à 61 voix pour et 46 voix contre. Le Parti québécois et la Coalition avenir Québec se sont opposés à la législation parce qu'ils la trouvaient trop permissive, sur l'âge légal et le partage des pouvoirs avec Ottawa entre autres.

Si les provinces peuvent adopter leurs propres lois à ce sujet, c'est qu'elles en ont les compétences, renchérit M. Fournier. «Ça s'appelle une fédération. Nous, on ne dit pas qu'on a sauté de joie avec leur idée de changer le Code criminel, mais on l'a respecté. Où est le respect réciproque? C'est ce qu'on cherche.»

Avec La Presse canadienne.