POLITIQUE
12/06/2018 15:38 EDT | Actualisé 12/06/2018 15:52 EDT

Les victimes de Bertrand Charest obtiennent des engagements concrets de Québec

Toutes les fédérations sportives du Québec devront adopter un plan d'action pour prévenir les agressions d'ici 2020.

La gorge nouée par l'émotion, l'ex-skieuse Gail Kelly a admis que la dernière semaine a été «forte en émotions».
LA PRESSE CANADIENNE
La gorge nouée par l'émotion, l'ex-skieuse Gail Kelly a admis que la dernière semaine a été «forte en émotions».

QUÉBEC – Le cri du cœur de Geneviève Simard, Gail Kelly, Anna Prchal et Émilie Cousineau, quelques unes des victimes de l'ex-entraîneur Bertrand Charest qui ont témoigné à visage découvert, a été entendu à l'Assemblée nationale.

D'ici 2020, toutes les fédérations sportives du Québec devront avoir adopté un plan d'action pour prévenir tous les types d'agressions dans la pratique d'un sport. Il devra comporter une formation obligatoire et un traitement indépendant des plaintes, entre autres.

Les quelque 60 fédérations de la province devront s'y conformer, sans quoi elles se verront refuser du financement du gouvernement du Québec.

Nous espérons que notre histoire donne du courage à d'autres victimes de parler, de se lever.Émilie Cousineau, victime de Bertrand Charest

Les quatre femmes étaient sorties dans les médias, la semaine dernière, pour exiger un programme de protection afin de mieux protéger les jeunes athlètes. C'était la première fois qu'elles parlaient de leur expérience à visage découvert.

Mardi, elles étaient assises dans les tribunes du Salon bleu lorsque tous les élus se sont levés pour appuyer la motion. Elles ont été chaudement applaudies pour leur courage et leur détermination.

«Vous êtes des exemples pour la société. Vous êtes des exemples pour toutes les femmes de la planète. Je vous remercie infiniment d'être ici avec nous», a déclaré Hélène David, ministre de la Condition féminine.

Les victimes soulagées

La gorge nouée par l'émotion, Gail Kelly a admis que la dernière semaine a été «forte en émotions». Elle ne s'attendait pas à ce que le gouvernement du Québec agisse aussi rapidement.

«Aujourd'hui, on a franchi un grand pas, ici, au Québec, pour que nos enfants puissent grandir dans un environnement sportif sécuritaire et sans abus. En notre nom, leur nom, mes enfants, vos enfants, merci, merci, merci vraiment, de tout mon cœur», a-t-elle dit.

«Nous espérons que notre histoire donne du courage à d'autres victimes de parler, de se lever. En tant que victime, je peux affirmer qu'il s'agit d'un processus libérateur. Cela me permet de poursuivre dans ma guérison. En fait, pour la première fois depuis trop longtemps, ma colère s'émousse», a témoigné Émilie Cousineau.

Sa collègue Anna Prchal espère que les provinces et le gouvernement fédéral suivront l'exemple du Québec «pour rendre l'espace [d'entraînement] sain, sécuritaire et sans abus».

Le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, précise que le gouvernement du Québec offrira son aide aux victimes pour faire des représentations en ce sens.

Quelles mesures prévoir?

Il était encore trop tôt pour déterminer quelles seraient les modalités du plan d'action qui serait exigé des fédérations sportives, mais il existe déjà certaines mesures en place pour s'assurer de protéger les jeunes athlètes.

Quelques fédérations ont déjà comme mot d'ordre de toujours s'assurer d'avoir deux personnes avec un athlète, afin d'éviter des situations où un entraîneur se retrouverait seul avec un jeune. «Si on avait ça en place, ça créerait un filet de sécurité parce qu'un prédateur cherche l'isolement de la personne», explique Geneviève Simard.

Le ministre Proulx dit qu'il s'agit d'une solution parmi tant d'autres, mais ne compte pas nécessairement l'exiger à la grandeur du Québec. La formation obligatoire, le traitement indépendant des plaintes et la reddition de comptes seront cependant des conditions sine qua non à l'obtention d'un financement de Québec.

Bertrand Charest a été reconnu coupable de 37 chefs d'accusations de crimes sexuels commis entre 1991 et 1998 sur neuf jeunes skieuses. Il a été condamné à une peine de prison de 12 ans. Le juge Sylvain Lépine a également fustigé Canada Alpin, dans son jugement, en disant que l'organisation avait décidé de fermer les yeux sur ces crimes.