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11/06/2018 11:26 EDT | Actualisé 11/06/2018 11:26 EDT

Des attentes trop élevées pour le sommet entre Donald Trump et Kim Jong-un?

Voici un aperçu de la première rencontre entre les dirigeants de la Corée du Nord et des États-Unis.

Après un retour soudain et bienvenu à la diplomatie après les menaces, les insultes et les craintes de guerre l'an dernier — vous vous souvenez du «feu et de la fureur» et du «vieux sénile»? — Donald Trump et Kim Jong-un sont prêts à se serrer la main, à s'asseoir face à face et... à faire quoi, exactement?

Certains observateurs affirment que c'est le début de la dénucléarisation complète de la Corée du Nord. Non, non, disent les autres, vous devez modérer vos attentes. Il s'agit simplement d'une session élaborée pour apprendre à se connaître, même si elle met en présence deux des leaders les plus connus du monde, et qui plus est deux leaders d'armées nucléaires.

En fait, disent d'autres observateurs, on assistera effectivement à un désarmement, à un traité de paix mettant fin à la guerre de Corée et à l'émergence de la Corée du Nord en tant que membre contribuant de la communauté internationale — mais pas tout de suite.

Quels que soient les résultats, ce sera l'un des sommets les plus inhabituels de l'histoire récente alors qu'un président américain flamboyant, souvent erratique, s'intéressera de plus près à un despote socialiste héréditaire qui dispose d'un arsenal nucléaire.

Voici un aperçu de la première rencontre entre les dirigeants de la Corée du Nord et des États-Unis:

À QUOI RECONNAÎTRA-T-ON LE SUCCÈS?

Selon Ryan Haas, un expert de l'Asie pour le Centre John L. Thornton, le succès à Singapour impliquerait une décision audacieuse de M. Kim de troquer ses armes nucléaires pour un soutien économique et des garanties de sécurité. Les deux dirigeants présenteraient des «déclarations claires, spécifiques et sans équivoque» décrivant un démantèlement des armes nord-coréennes; un inventaire et l'enlèvement de tout le combustible nucléaire; et une ouverture aux inspecteurs nucléaires de l'ONU.

M. Trump fait face à une pression intense pour obtenir quelque chose de similaire.

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Un groupe d'élus démocrates a déclaré par voie de communiqué que si M. Trump, un républicain, veut obtenir l'approbation d'un accord qui permet un assouplissement des sanctions contre la Corée du Nord, il doit tout d'abord obtenir le démantèlement permanent «de toutes les armes nucléaires, chimiques et biologiques de la Corée du Nord»; la fin de toute la production de combustible nucléaire militaire et de tous les essais nucléaires et de missiles; et persuader Pyongyang de «s'engager à se plier à des inspections de conformité rigoureuses, y compris un régime de vérification des programmes nucléaires et de missiles balistiques de la Corée du Nord».

C'est une barre très haute et probablement irréaliste au terme d'une seule réunion. De précédents accords nucléaires laborieusement négociés, et considérés comme des percées à l'époque, ont échoué en raison de l'extrême sensibilité de la Corée du Nord à permettre aux étrangers d'assister au démantèlement des installations nucléaires, dont plusieurs seraient cachées.

«Même si un sommet entre Trump et Kim est historique, il est peu probable qu'il soit décisif, ce qui ne sera pas la faute de Trump ou de Kim, mais plutôt le reflet que des défis stratégiques insolubles qui persistent depuis des décennies sont rarement, voire jamais, résolus en une seule rencontre», a écrit M. Haas.

DEVRIONS-NOUS RÉDUIRE NOS ATTENTES?

Probablement. En fait, c'est un peu ce que M. Trump a fait dernièrement.

Ce qui était initialement présenté par la Maison-Blanche comme un sommet destiné à débarrasser complètement le Nord de ses armes nucléaires est maintenant considéré comme une chance de «lancer un dialogue» et pour M. Trump, le négociateur, de regarder dans les yeux et de prendre la mesure de son antagoniste nucléaire.

Ferial Saeed, un ancien fonctionnaire du département d'État, écrit que le sommet sera une «rencontre pour apprendre à se connaître, 'plus'». Cela signifie que vous réduisez vos attentes et que le président se fiera probablement à son instinct, le «plus» référant aux discussions sur la fin de la guerre de Corée.

La Chine, les deux Corées et les États-Unis devraient signer un traité juridiquement contraignant, donc il est peu probable que MM. Kim et Trump fassent plus qu'exprimer leur intention de mettre fin à la guerre.

Tyrone Siu / Reuters
Kim Jong-un alors qu'il visite le parc Merlion à Singapour.

M. Trump, après avoir récemment rencontré un émissaire nord-coréen à la Maison-Blanche, a déclaré que le sommet fera probablement partie d'un «processus».

«Je leur ai dit aujourd'hui, prenez votre temps, nous pouvons aller vite, nous pouvons aller lentement», a déclaré M. Trump.

«C'est une offre extraordinaire de flexibilité, compte tenu (que la Corée du Nord) pose une menace de sécurité directe aux États-Unis», selon M. Saeed.

Ces attentes sont en partie le reflet de l'extrême scepticisme de plusieurs que le Nord puisse être persuadé d'abandonner un programme nucléaire qu'il a obstinément construit au fil des décennies, souvent en secret et malgré des sanctions intenses, une condamnation internationale et les souffrances généralisées de sa population.

«Il n'y a aucune chance de convaincre les dirigeants nord-coréens (...) d'abandonner leurs armes nucléaires, a récemment écrit Andrei Lankov, un expert coréen à l'Université de Kookmin à Séoul, Ils considèrent la dénucléarisation comme un suicide collectif (et ils ont probablement raison), mais il y a maintenant de bonnes chances de repousser le programme nucléaire / missile nord-coréen, peut-être pendant de nombreuses années, et de le maintenir tel quel pendant un certain temps.»

ET SI LE SOMMET ÉCHOUE?

Si les choses s'écroulent, ce sera peut-être parce que «M. Trump présente à M. Kim un choix binaire intransigeant: abandonner les armes nucléaires et vivre dans la paix et la prospérité, ou s'accrocher à elles et risquer l'appauvrissement de votre peuple et la sécurité de votre régime», a déclaré M. Haas.

Mais un échec mardi ne signifierait pas nécessairement un retour à l'animosité de 2017.

C'est en partie à cause de l'ouverture diplomatique de la Corée du Sud envers le Nord, qui a été marquée par deux sommets ce printemps entre les dirigeants rivaux.

Si MM. Trump et Kim échouent à Singapour, «le résultat pourrait être de renforcer la dépendance nord-coréenne envers Séoul et à Pékin en comme soupapes de sécurité contre la perspective d'un affrontement entre les États-Unis et la Corée du Nord, selon Scott Snyder, un expert de la Corée du Council on Foreign Relations. Cette circonstance constitue en soi un nouveau tampon contre la perspective d'escalade militaire en Corée qui n'était pas présente à la fin de 2017.»