POLITIQUE
11/06/2018 13:39 EDT | Actualisé 11/06/2018 17:42 EDT

Les attaques de Donald Trump entraînent des appuis surprenants pour Justin Trudeau

Plusieurs conservateurs importants ont offert leur soutien au premier ministre libéral.

Le Canada était soudé lundi autour de son premier ministre Justin Trudeau, cible de nouvelles attaques de Donald Trump, et le gouvernement a commencé à prendre des mesures pour contourner l'ire de son puissant voisin du sud.

Dans une rare communion, la Chambre des communes a adopté lundi à l'unanimité une résolution de l'opposition de gauche soutenant la riposte du gouvernement de Justin Trudeau aux attaques américaines.

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Le ministre du Commerce international, François-Philippe Champagne, a pris l'initiative en annonçant que le Canada allait "rapidement" déposer un projet de loi portant ratification du traité de libre-échange transpacifique, qu'il a signé avec 10 autres pays des rives du Pacifique, afin d'atténuer les effets du conflit commercial déclenché par l'administration américaine.

Selon une source gouvernementale, le projet de loi doit être déposé dès jeudi.

Le ton entre Donald Trump et le Canada est monté brusquement samedi juste après la conclusion --pénible-- du sommet du G7.

De l'avion présidentiel en route pour Singapour et le sommet historique avec Kim Jong Un, et dans un tweet, M. Trump avait accusé Justin Trudeau de duplicité et dénoncé les tarifs douaniers sur les produits laitiers. "Le commerce équitable devrait s'appeler commerce imbécile s'il n'est pas Réciproque", a encore tonné le président dans la nuit de dimanche à lundi.

Un conseiller de M. Trump a même osé promettre "une place en enfer" au jeune dirigeant canadien.

Ces accusations sans précédent ont indigné les Canadiens, qui ont le même mode de vie que leurs voisins américains. Des deux côtés de "la plus longue frontière libre au monde", on voit les mêmes voitures, les mêmes maisons de banlieue et on parle --en grande partie-- la même langue.

Les économies des deux pays sont étroitement imbriquées avec un va-et-vient constant de personnes et de marchandises, le Canada étant le plus grand partenaire commercial des Etats-Unis, pays avec lequel il réalise plus des deux tiers de tout son commerce international.

Justin Trudeau a choisi de ne pas réagir mais sa ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, avait dénoncé dimanche devant la presse "les attaques ad hominem" qui ne sont, a-t-elle martelé, ni "utiles" ni "productives".

"Je ne comprends pas cette obsession pour les relations commerciales avec le Canada", s'est interrogé l'ex-premier ministre conservateur Stephen Harper sur Fox News, la chaîne préférée du locataire de la Maison-Blanche.

Farouche critique de Justin Trudeau, l'ex-premier ministre a mis en doute l'existence d'un déficit commercial américain avec le Canada, comme le clame Donald Trump, appelant le président américain à se concentrer sur la politique commerciale de la Chine, néfaste aussi bien pour le Canada que les Etats-Unis.

"Nous allons nous tenir côte à côte avec le premier ministre et les citoyens du Canada", a renchéri Doug Ford, le nouveau premier ministre de l'Ontario, la province la plus peuplée du Canada, volontiers populiste et admirateur de Donald Trump.

«Homme à l'esprit étroit»

"Le Canada ne se laissera pas intimider (...) et nous répliquerons si l'administration américaine poursuit ses attaques contre nos exportations d'acier", a aussi promis Jason Kenney, chef de l'opposition conservatrice dans la province de l'Alberta et ancien poids lourd du gouvernement Harper.

Pour Andrew Scheer, chef des conservateurs à Ottawa, l'issue de ce G7 montre que l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA) que le Canada, les Etats-Unis et le Mexique tentent ardemment de renégocier depuis août dernier "est sérieusement menacé".

Bloomberg via Getty Images

"La rhétorique polarisante et les attaques personnelles de l'administration américaine sont vraiment inutiles", a insisté M. Scheer, dans un geste inédit envers son adversaire politique.

Les conservateurs canadiens avaient vertement critiqué la semaine dernière Justin Trudeau pour ne pas avoir riposté immédiatement aux taxes américaines sur l'acier et l'aluminium, le Premier ministre préférant attendre le 1er juillet, jour de fête nationale.

Charlie Angus, député à Ottawa et homme fort du Nouveau parti démocratique (NPD, social-démocrate), a adopté un ton virulent envers M. Trump. "Le Canada ne se laissera pas intimider par cette crapule d'opérette", a tonné l'élu en qualifiant le président d'"homme à l'esprit étroit".

Pour Justin Trudeau, cette belle unanimité arrive à point, lui dont l'aura a pâli auprès d'une partie de l'électorat et dont le parti est talonné par les conservateurs dans les sondages, à un peu plus d'un an des législatives canadiennes.