POLITIQUE
11/06/2018 19:32 EDT | Actualisé 11/06/2018 19:32 EDT

Le gouvernement Trudeau dévoile sa stratégie de lutte contre l'itinérance

La réforme offrira aux municipalités la possibilité de dépenser l'argent fédéral pour des initiatives locales.

Le ministre Duclos lors de l'annonce de la stratégie lundi.
PC/Colin Perkel
Le ministre Duclos lors de l'annonce de la stratégie lundi.

Les municipalités qui s'efforcent de sortir les sans-abri de la rue et des refuges recevront plus d'argent d'Ottawa — et elles seront plus libres de le dépenser là où sont leurs besoins —, dans le cadre du programme phare du gouvernement Trudeau en matière de lutte contre l'itinérance.

La réforme dévoilée lundi offrira aux municipalités la possibilité de dépenser l'argent fédéral pour des initiatives et des expériences locales — pourvu qu'elles permettent d'atteindre les cibles d'Ottawa, qui souhaite réduire de moitié l'itinérance chronique à l'échelle nationale d'ici 2027-2028. Les «sans-abri chroniques» représentent une petite portion de tous les sans-abri, mais ils sont parmi les plus grands utilisateurs des refuges d'urgence.

Cette réforme permettra aussi aux municipalités de consacrer moins d'argent fédéral pour des projets qui relèvent de la philosophie actuelle «un logement d'abord». Cette politique prévoit que les gouvernements doivent trouver immédiatement un logement et des services aux personnes en situation d'itinérance, plutôt que de les diriger d'abord vers une thérapie.

Ottawa oblige actuellement les municipalités à dépenser une partie du financement fédéral à des projets «un logement d'abord», mais plusieurs villes se sont plaintes qu'elles ne pouvaient dépenser ces sommes assez rapidement.

Le ministre du Développement social, Jean-Yves Duclos, a expliqué lundi que le gouvernement voulait adapter le programme aux Canadiens, plutôt que d'adapter les Canadiens au programme. «Nous mettons les communautés au premier plan, et nous travaillons sur les résultats plutôt que sur les programmes», a-t-il déclaré.

La porte-parole conservatrice Karen Vecchio a estimé lundi que ce changement incitera des municipalités à réduire leur financement de «méthodes reconnues pour mettre un terme à l'itinérance». Tim Richter, président de l'Alliance canadienne pour mettre fin à l'itinérance, croit quant à lui que certaines villes devront peut-être revenir à la philosophie «un logement d'abord» si elles veulent atteindre les cibles fédérales.

La nouvelle stratégie fédérale, «Vers un chez-soi», est dotée d'un budget de 2,1 milliards $ pour les 10 prochaines années, en plus des 111,8 millions $ sur deux ans annoncés dans le premier budget des libéraux en 2016. Le ministre Duclos a aussi indiqué qu'il y aurait de nouvelles sommes prévues spécifiquement pour les peuples autochtones — un groupe surreprésenté dans les refuges par rapport à leur pourcentage dans la population générale.

Négociations avec Québec

Le nouveau programme — qui remplacera le 1er avril prochain l'actuelle Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance, mis en place il y a une vingtaine d'années — constitue la plus récente initiative des libéraux pour lutter contre la pauvreté au pays, qui comprend notamment la Stratégie nationale sur le logement, annoncée l'an dernier et dotée d'un budget de 40 milliards $ sur 10 ans.

Au Québec, la Stratégie des partenariats de lutte contre l'itinérance avait été mise en oeuvre dans le cadre d'ententes fédérales-provinciales qui prévoient le respect de la compétence et des priorités des deux gouvernements en cette matière. Ottawa a indiqué lundi que des négociations seraient amorcées avec le gouvernement du Québec dans le but de conclure une sixième entente fédérale-provinciale.

Les libéraux de Justin Trudeau se sont longuement penchés sur le programme actuel de lutte contre l'itinérance, après avoir entendu les critiques des municipalités au sujet de la lourdeur des exigences en matière de rapports, du financement inadéquat et des attentes irréalistes quant à la rapidité avec laquelle les sommes devaient être dépensées. Ce programme fédéral comportait aussi ses limites: les fonctionnaires ont dû admettre que cette initiative ne pouvait à elle seule régler le problème du coût de la vie élevé dans certaines villes du pays.

Alors que le programme actuel a connu un certain succès en accueillant plus de 6000 personnes de 2014 à 2016, de nombreuses municipalités se sont plaintes de l'exigence qui les obligeait à dépenser de l'argent pour des initiatives «un logement d'abord». Les libéraux assouplissent finalement cette exigence, en laissant les villes décider de la meilleure façon de répondre à leurs besoins locaux.

Le nouveau programme met par ailleurs fortement l'accent sur la collecte de données probantes, en offrant de financer de nouvelles façons de recenser et de suivre les sans-abri du pays — une tâche qui peut être très ardue. M. Duclos a estimé lundi que davantage de municipalités pourraient utiliser des listes «nominatives», ce qui offrirait aux fournisseurs de logements et de services aux sans-abri un portrait «en temps réel» de l'itinérance dans leur ville, quels services sont très fréquentés et quels services ne sont pas offerts.

«Tout le monde mérite d'avoir un chez-soi sûr et abordable, a rappelé le ministre Duclos. Une seule personne condamnée à l'itinérance, c'est déjà un itinérant de trop.»