POLITIQUE
08/06/2018 18:04 EDT | Actualisé 08/06/2018 18:48 EDT

Aux cotés de Trudeau, Trump joue l'apaisement au G7

Donald Trump s'est montré encourageant sur l'état des négociations commerciales avec le Canada.

Après avoir tancé Justin Trudeau sur Twitter, Donald Trump l'a flatté à La Malbaie. Au cours d'une séance de photos, le bouillonnant président des États-Unis a blagué sur l'épineux dossier des échanges commerciaux et affirmé que des "progrès" avaient été réalisés dans le dossier de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Une relation "aussi bonne ou meilleure qu'elle ne l'a jamais été", des blagues sur les querelles commerciales ("Justin a accepté de couper tous les tarifs et toutes les barrières commerciales entre le Canada et les États-Unis") et sur son départ hâtif du G7 (Justin Trudeau en "est heureux"): le président a voulu montrer un visage différent dans Charlevoix que sur les réseaux sociaux.

Lors de la séance photo qui a précédé sa rencontre bilatérale avec Justin Trudeau, en parlant de l'ALÉNA, il a déclaré que "beaucoup de progrès" avaient été accomplis. Il a évoqué "une nouvelle mouture", mais a réaffirmé sa préférence pour une entente bilatérale avec le Canada et le Mexique ("plus facile à faire, et je pense mieux pour les deux pays").

Cette démonstration de camaraderie entre voisins contraste avec l'attitude qu'avait affichée le locataire de la Maison-Blanche dans les jours et les heures ayant précédé l'ouverture du sommet du G7, qui s'est ouvert vendredi à La Malbaie, dans la région de Charlevoix.

Après avoir déclenché une rixe commerciale en frappant ses alliés de tarifs douaniers, la semaine dernière, il avait provoqué l'incrédulité en suggérant, tout juste avant de s'envoler vers le Canada pour sa première visite officielle, de faire la paix avec la Russie et de réintégrer le pays de Vladimir Poutine.

Sur la pelouse sud de la résidence présidentielle, vendredi matin, M. Trump a proposé de revenir à la formule G8 qui prévalait jusqu'à ce que Moscou soit éjectée du club en 2014 en raison de l'annexion illégale de la Crimée. "La Russie devrait être à la rencontre, devrait en faire partie", a-t-il lancé alors qu'il s'apprêtait à monter à bord de son hélicoptère.

Ottawa a rapidement fermé la porte. "La position du Canada n'a pas changé", a tranché vendredi Cameron Ahmad, directeur adjoint des communications au bureau du premier ministre Justin Trudeau. Le gouvernement canadien avait appuyé, sous le précédent gouvernement de Stephen Harper, l'expulsion de la Russie.

En conférence de presse à La Malbaie, la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a envoyé le même signal. Il n'y a "aucune raison", dans l'état actuel des choses, de redonner

à la Russie une place à la table du club sélect des nations, a tranché la diplomate en chef du Canada, très critique du Kremlin.

L'idée de Donald Trump, en revanche, a plu au nouveau premier ministre de la République italienne, Giuseppe Conte. Très peu de temps après que les propos du dirigeant américain eurent été diffusés, il s'est tourné vers Twitter pour signifier qu'il était "d'accord", que la Russie devait revenir "dans l'intérêt de tous".

Mais selon des médias italiens, il s'est montré moins catégorique lors d'une mêlée de presse qu'il a accordée avant une rencontre en tête-à-tête avec Justin Trudeau.

Querelle commerciale

Cette nouvelle sortie du président des États-Unis venait l'isoler encore davantage à la table du G7. Donald Trump, faut-il le rappeler, est en porte-à-faux avec ses partenaires en raison de son retrait de l'accord sur le nucléaire iranien et de sa décision de frapper le Canada et l'Union européenne (UE) de tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium.

Il avait d'ailleurs consacré au différend commercial une série de gazouillis incendiaires dans les heures précédant le coup d'envoi du sommet du G7. Jeudi soir, il s'en est pris directement à Justin Trudeau, lui reprochant de jouer à "l'indigné" en brandissant la relation canado-américaine en passant sous silence le système de gestion de l'offre, qui est selon lui injuste pour les États-Unis.

Le président en a remis à quelques heures à peine du début de l'événement, vendredi matin, écrivant sur Twitter que "le Canada charge aux États-Unis 270 pour cent de tarifs" sur les produits laitiers. Puis, il a élargi le débat aux pays du G7. "Hâte de corriger les traités commerciaux injustes avec les pays du G7. Si ça n'arrive pas, nous ne nous en porterons que mieux!", a-t-il gazouillé.

Le président Trump a provoqué l'ire de ses alliés du groupe des sept en imposant des taxes punitives sur l'acier et l'aluminium, geste considéré "illégal" au vu des règles en matière de commerce international. Signe de l'isolement américain, certains observateurs ont commencé à qualifier la rencontre de cette année de "G6+1".

On aura une meilleure idée de la tournure des événements en prenant connaissance du communiqué qui émanera de ces deux journées de rencontres.

L'énigme Conte

Le petit nouveau du groupe des sept, le premier ministre italien Giuseppe Conte, s'est rapidement fait remarquer en se rangeant dans le camp de Donald Trump sur la question d'un retour de la Russie dans le club des puissances industrialisées.

Cette prise de position n'a cependant rien d'étonnant, a relevé en entrevue Alberto Ferrarese, journaliste pour l'agence de presse italienne Askanews. "La position du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue du Nord est de rebâtir les ponts avec la Russie, alors ce n'est pas de la nouvelle pour la presse italienne. Mais qu'il le fasse de façon aussi ferme a surpris", a-t-il exposé.

Le premier ministre Conte a été désigné chef pour diriger un gouvernement de coalition entre le Mouvement 5 étoiles, antisystème et populiste, et la Ligue du Nord, un parti d'extrême droite.