POLITIQUE
07/06/2018 14:27 EDT | Actualisé 07/06/2018 15:44 EDT

Martine Ouellet pourrait freiner la transformation de «La Presse» en OBNL

Mme Ouellet a dit aussi être victime d'intimidation de la part de la direction de «La Presse».

LA PRESSE CANADIENNE

La députée indépendante Martine Ouellet pourrait bien bloquer la transformation rapide de La Presse en organisme à but non lucratif (OBNL).

Le propriétaire actuel, Power Corporation, veut se départir du média et invoque l'urgence d'agir, mais doit d'abord obtenir l'accord unanime de l'Assemblée nationale pour abroger une vieille loi avant la fin des travaux parlementaires le 15 juin.

À l'issue de la commission parlementaire tenue mercredi, Mme Ouellet affirme qu'elle ne peut consentir à l'adoption des modifications législatives proposées. Or il faut l'accord de tous les élus pour boucler cette procédure accélérée avant la fin de la session la semaine prochaine et il suffit donc d'une seule objection pour bloquer la démarche.

"Pour l'instant, je n'ai pas suffisamment d'informations pour être d'accord avec le projet de loi", a déclaré la députée de Vachon en mêlée de presse jeudi matin dans les corridors du Parlement.

Régime de retraite

Elle exige davantage de garanties pour le régime de retraite, en invoquant les inquiétudes de certains retraités. La haute direction de La Presse a indiqué mercredi qu'il n'y aurait aucun changement dans le régime de retraite et que Power Corporation respecterait ses obligations.

Mme Ouellet dit avoir eu des échanges avec Maurice Jannard, un représentant des retraités. Il est "très inquiet" et a subi des pressions pour ne plus parler, a-t-elle évoqué.

"La caisse de retraite est en surplus avec des actifs de 420 millions $, donc lui est inquiet de voir que cela va passer aux mains de Power Corporation, parce qu'il n'y a aucune garantie pour la suite des choses", a poursuivi Mme Ouellet.

Elle songe à des amendements à débattre la semaine prochaine pour sécuriser l'avoir des retraités.

"Pas des marionnettes"

La députée de Vachon a par ailleurs répliqué à l'éditeur de La Presse, Guy Crevier, qui a déclaré mercredi que ce serait un affront majeur à la démocratie si Mme Ouellet faisait obstruction au processus.

"Power Corporation aurait avantage à nous donner plus d'informations plutôt que de faire de l'intimidation. Les parlementaires ne sont pas tous des marionnettes. L'intimidation de Guy Crevier, qui fait pression sur une députée indépendante comme moi, n'est pas acceptable en démocratie."

Mme Ouellet a réclamé en vain les états financiers de La Presse pour juger de la situation du média. Mercredi, les dirigeants de La Presse ont rappelé que Google et Facebook accaparaient maintenant 80 pour cent des revenus publicitaires au Canada et qu'ils ne peuvent attendre une année de plus pour passer au statut d'OBNL. Ce nouveau statut pourrait permettre ultimement d'obtenir des crédits d'impôt fédéraux sur la masse salariale.

Selon la députée de Vachon, le risque de pertes d'emplois est plus grand dans l'éventuel OBNL qu'avec Power Corporation, parce que l'OBNL n'a "pas les poches profondes", a-t-elle dit.

"Ça ressemble beaucoup à un subterfuge de Power Corporation pour se débarrasser de La Presse et je ne crois pas que c'est à l'avantage des employés", a-t-elle dit, répétant ainsi l'analyse du grand patron de Québecor, Pierre Karl Péladeau.

Mercredi, la direction et les syndicats de La Presse ont pourtant plaidé en faveur du changement de structure. Ils ont demandé à l'Assemblée nationale de ne pas s'ingérer dans les politiques rédactionnelles du média, tout comme la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

Le Parti québécois a demandé des garanties sur l'indépendance éditoriale de La Presse, mais la direction a laissé entendre qu'elle voulait conserver sa position éditoriale fédéraliste.

Le PQ a indiqué que les inquiétudes des retraités allaient être prises en considération dans les discussions à venir au sein du caucus.

Le gouvernement a déjà fait savoir qu'il était favorable aux changements demandés par La Presse.

Rappelons que la société mère de La Presse détient une participation dans La Presse canadienne dans le cadre d'une entente conjointe avec une filiale du quotidien The Globe and Mail et l'éditeur Torstar.