POLITIQUE
07/06/2018 11:22 EDT | Actualisé 07/06/2018 13:12 EDT

Emmanuel Macron met en garde Donald Trump à la veille du G7 de Charlevoix

«Nul d'entre nous n'est éternel», a lancé le président français.

À la veille du Sommet du G7, le président français Emmanuel Macron a servi une leçon à Donald Trump, alors qu'il se tenait, jeudi matin, aux côtés d'un Justin Trudeau beaucoup plus conciliant.

"Peut-être que ça est égal au président américain aujourd'hui d'être isolé, mais nous, ça nous est aussi égal d'être à six, si besoin était", a lancé le président Macron. Plusieurs supposent qu'il sera impossible d'arriver à une déclaration commune des sept, à l'issue du sommet du G7, samedi.

Puis, accord nucléaire iranien, changements climatiques ou tarifs sur l'acier et l'aluminium, le président français a critiqué vivement le président américain pendant la conférence de presse qui se tenait au foyer de la Chambre des communes.

"Nul d'entre nous n'est éternel", a lancé M. Macron, après avoir reproché à Donald Trump de s'être retiré de l'accord nucléaire iranien et de l'accord sur les changements climatiques. "Nos pays, les engagements que nous avons pris, nous dépassent. (...) Il y a une continuité de l'État qui est au coeur du droit international", a-t-il rappelé.

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Et il a prédit que les Américains retrouveront le droit chemin... éventuellement. "Il y a un moment donné où ils retrouveront aussi le cours de leur histoire", a-t-il avancé.

S'éloignant des principes pour devenir plus pragmatique, M. Macron a averti le président américain que la négociation qu'il s'apprête à avoir avec la Corée du Nord sur la dénucléarisation de ce pays manquera de crédibilité "si nous détricotons les négociations d'il y a trois ans sur le nucléaire iranien".

"Vous n'êtes pas à l'aise avec l'accord signé par votre prédécesseur, peut-être parce qu'il a d'ailleurs simplement été signé par votre prédécesseur", a-t-il dit, adressant son discours directement au président américain. "N'empêchez pas les autres d'y rester et ne poussez pas l'Iran à en sortir", a-t-il exigé.

MM. Macron et Trudeau s'en sont pris tous deux aux tarifs imposés sur l'acier et l'aluminium par le président américain. Mais en comparaison de la fougue française, le Canadien a paru moins combatif.

Le G7, c'est une opportunité pour nous de nous rassembler pour avoir des discussions franches, ouvertes.Justin Trudeau

"On ne peut pas faire une guerre commerciale avec des alliés", est le message que M. Macron entend répéter au président américain à La Malbaie.

"Le G7, c'est une opportunité pour nous de nous rassembler pour avoir des discussions franches, ouvertes", a renchéri M. Trudeau. "Depuis les débuts (...) j'ai été poli, j'ai été respectueux, mais on a aussi été toujours très très fermes sur les intérêts de notre pays, de nos citoyens, et sur nos valeurs", a répété le premier ministre.

Il est prévu que M. Trump ait des rencontres bilatérales séparées avec MM. Trudeau et Macron, à Charlevoix. Il sera également confronté à des questions sur les tarifs lors d'une réunion plus large des dirigeants du G7 sur l'état de l'économie mondiale, réunion qui lancera le sommet vendredi.

La Maison-Blanche a essayé de minimiser le conflit, mercredi. Le principal conseiller économique du président a qualifié le tout de simple querelle familiale.

Mais tôt jeudi matin, un message diffusé sur Twitter par M. Trump ne laissait aucun doute quant à son état d'esprit.

"Je me prépare à aller au G7 au Canada pour me battre pour notre pays sur le commerce (nous avons les pires accords commerciaux jamais conclus)", a-t-il lancé.

Le gazouillis matinal a permis à Justin Trudeau de rassurer ceux qui craignent que le président américain boude la rencontre à Charlevoix. "On sait que le président Trump aime être imprévisible par moments. Mais toutes les indications sont qu'il sera là pour cette rencontre du G7, y compris ses tweets de ce matin", a fait remarquer le premier ministre.

Ententes bilatérales

Par ailleurs, le premier ministre Trudeau et le président Macron se sont engagés à la mise sur pied d'un fonds de 120 millions $ pour les entreprises françaises et canadiennes qui souhaitent développer leurs activités dans l'autre continent.

Ils ont aussi annoncé la signature de la Déclaration franco-canadienne sur l'intelligence artificielle; déclaration qui crée un groupe international d'étude sur l'intelligence artificielle composé d'experts gouvernementaux, de l'industrie et de la société civile.

Les deux leaders ont également établi le Plan d'action sur l'aide internationale et le développement durable qui instaure un dialogue bilatéral périodique sur les questions d'aide internationale