NOUVELLES
07/06/2018 18:25 EDT | Actualisé 07/06/2018 18:25 EDT

Europe et Canada font bloc contre Trump avant le G7

Justin Trudeau et Emmanuel Macron ont averti jeudi Donald Trump qu'ils ne se laisseraient pas intimider par les menaces de guerre commerciale.

Chris Wattie / Reuters

Justin Trudeau et Emmanuel Macron ont averti jeudi Donald Trump qu'ils ne se laisseraient pas intimider par les menaces de guerre commerciale du président américain, à la veille de l'ouverture d'un sommet du G7 qui risque de s'acheminer vers un format "G6+1".

La rupture pourrait s'écrire noir sur blanc dans un communiqué signé seulement par le Canada, la France, l'Allemagne, le Royaume-Uni, l'Italie et le Japon, à l'issue de la rencontre vendredi et samedi à La Malbaie, au Québec. Si Donald Trump n'arrive pas à fissurer ce front commun.

Le président français Emmanuel Macron a assuré jeudi que les Six n'étaient "pas prêts à renoncer à tout pour avoir cette signature" de Donald Trump sur un communiqué final.

Ce serait "une erreur" de "renoncer à tout pour avoir cette signature", a-t-il ajouté, lors d'une conférence de presse commune à Ottawa avec le Premier ministre canadien.

Même le plus discret Japon, dont le Premier ministre Shinzo Abe se trouvait jeudi à la Maison Blanche, est affecté par les taxes sur l'acier et l'aluminium étrangers imposées par Donald Trump.

Pour mieux incarner l'opposition, Emmanuel Macron a annoncé que les dirigeants européens se réuniraient vendredi matin, quelques heures avant l'ouverture du sommet.

Avant l'élection de Donald Trump, il était de bon ton pour le communiqué final du G7 de fustiger, dans un langage aussi convenu que férocement négocié, les dangers du "protectionnisme". Et de louer la coopération internationale en matière de diplomatie et de protection de l'environnement.

Mais comment imaginer que les Canadiens, les Européens, les Japonais et les Américains trouvent un vocabulaire commun, après que Donald Trump a quitté l'accord de Paris sur le climat, dénoncé celui sur le nucléaire iranien, et décrété de nouveaux tarifs douaniers?

C'est cette dernière offensive protectionniste qui a achevé de chauffer à blanc les alliés traditionnels des Etats-Unis.

"Risible", voilà comment Justin Trudeau a qualifié jeudi l'argument invoqué par Donald Trump pour justifier cette attaque protectionniste, à savoir préserver la "sécurité nationale" des Etats-Unis.

M. Macron a lui qualifié ces taxes de "contre-productives" pour l'économie et pour les emplois américains, lors de la conférence de presse commune de ces deux dirigeants qui, il n'y a pas si longtemps, déployaient encore des trésors d'amabilité pour tenter d'amadouer Donald Trump.

En vain, comme l'a encore montré un tweet envoyé jeudi au saut du lit par le président américain, qui part "se battre" au G7 pour les Etats-Unis, plombés selon lui par "les pires accords commerciaux jamais" signés.

Mais le milliardaire est en réalité plus focalisé sur son sommet avec Kim Jong Un le 12 juin. Il s'envolera directement du Québec samedi pour Singapour, cette réunion-là s'annonçant paradoxalement plus chaleureuse que celle avec les "amis" du G7...

Trump enclin au combat

Ce n'est pas le premier différend du groupe, dont la première réunion fut organisée par Valéry Giscard d'Estaing à Rambouillet en 1975. En 2014, la Russie de Vladimir Poutine avait été exclue du "G8", élargi pour elle en 1998.

Mais cette fois, ce n'est pas la composition du groupe que contestent les Etats-Unis, mais le principe même d'un ordre international fondé sur la concertation multilatérale.

Ne faisant plus confiance à l'Organisation mondiale du commerce et autres institutions, Donald Trump estime que la défense des intérêts américains ne peut passer que par la confrontation bilatérale et, au besoin, par l'offensive unilatérale.

Logiquement, il tente donc de contourner l'Union européenne, premier bloc économique mondial pour l'instant uni. Mais en proie à ses propres tensions internes, comme l'illustre l'arrivée au pouvoir en Italie d'un gouvernement populiste, dont le chef Giuseppe Conte fera sa première grande apparition internationale au sommet du G7.

"Trump va utiliser toutes les ficelles pour fissurer les six autres, pour qu'ils craquent, et fassent ce que veut Trump, à savoir des négociations bilatérales", dit Laurence Nardon, de l'Institut français des relations internationales. "Jusqu'à présent les six ont tenu bon, mais Trump n'en a pas terminé".

L'auteur de "The Art of the Deal" a démontré, en plus de 500 jours au pouvoir, qu'il était peu enclin à se laisser attendrir, surtout par des leçons d'économie ou de géopolitique.

"La tendance du président, quand il est critiqué, est de contre-attaquer", rappelle William Alan Reinsch, du centre de réflexion CSIS à Washington.