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06/06/2018 12:16 EDT | Actualisé 06/06/2018 15:31 EDT

Power Corporation souhaite que «La Presse» garde sa ligne éditoriale fédéraliste

André Desmarais a indiqué qu'il ne s'agit d'une demande formelle, mais plutôt d'un souhait.

La Presse canadienne/Paul Chiasson

Le grand patron de Power Corporation souhaite que La Presse reste fédéraliste dans sa position éditoriale, même s'il s'en départit.

André Desmarais a assuré mercredi que La Presse sera indépendante et sans attaches, même s'il lui laisse 50 millions $ pour effectuer sa transition vers le statut d'organisme à but non lucratif (OBNL).

Pour arriver à ce nouveau statut, il faut abroger une vieille loi privée datant des années 1960, donc des auditions ont lieu mercredi en commission parlementaire à l'Assemblée nationale.

André Desmarais a indiqué qu'il n'a pas demandé à la direction de La Presse de garder son orientation éditoriale fédéraliste, mais il a néanmoins formulé ce souhait, en réponse aux questions de l'opposition péquiste.

"Est-ce qu'elle (l'OBNL La Presse) sera fédéraliste? Probablement que oui, a fait savoir M. Desmarais. De là vient la position éditoriale, qui probablement ne soutient pas un parti séparatiste qui veut séparer le Québec du Canada. C'est une différence d'opinions qui existe, qui est réelle. Nous avons été propriétaires du journal et nous avons exercé notre droit de propriétaire."

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Photo d'archives de juillet 2016 d'André Desmarais.

Le Parti québécois exige des garanties sur l'indépendance éditoriale du média. Le leader de l'opposition officielle, Pascal Bérubé, a fait remarquer que depuis la fondation du PQ, La Presse a toujours appuyé le Parti libéral lors des élections ainsi que le Non lors des référendums sur la souveraineté.

"La prochaine structure (OBNL) pourrait faire appel à la pluralité des opinions de ses membres qui contribuent et avoir même aucune position éditoriale", a-t-il suggéré, en rappelant que le quotidien torontois The Globe and Mail a décidé de n'appuyer aucun parti aux élections actuelles en Ontario.

La haute direction de La Presse a également fait savoir qu'elle n'avait pas l'intention de renoncer à sa ligne éditoriale fédéraliste.

"Le travail des médias est de prendre position sur des questions sociales et politiques", a dit l'éditeur de La Presse, Guy Crevier, lors d'une mêlée de presse avant sa comparution.

On ne prendra pas le statut d'organisme de charité si c'est ce que le fédéral exige.Guy Crevier, éditeur de La Presse

Le Parti québécois a notamment fait référence à l'ouverture manifestée par le gouvernement Trudeau, qui pourrait accorder le statut d'organisme de bienfaisance aux médias qui le demandent. Or dans ses lignes directrices, Revenu Canada énonce des activités proscrites, comme par exemple si le bulletin d'un organisme prend position pour un candidat ou une politique.

"On ne prendra pas le statut d'organisme de charité" si c'est ce que le fédéral exige, a laissé entendre M. Crevier.

Le temps presse, plaide La Presse

La Presse fait pression sur les parlementaires pour qu'ils procèdent rapidement, même si la requête de l'entreprise est hors délai selon les règles de l'Assemblée, qui termine ses travaux, et la législature même, la semaine prochaine.

"On ne peut pas attendre une année de plus, a affirmé le président de La Presse, Pierre Elliott Levasseur. On a un plan, mais il y a urgence d'agir."

Autant la direction de Power Corp que celle de La Presse ont rappelé que Google et Facebook accaparaient la moitié des revenus publicitaires au Canada il y a quelques années, alors que la proportion est maintenant de 80 pour cent.

"Nous n'avions pas conçu la sévérité de l'engouement pour Google et Facebook", a confié M. Desmarais. Au début de l'année, on a vu qu'il fallait penser à une décision."

La Presse canadienne/Paul Chiasson
Photo d'archives de Guy Crevier et Pierre-Elliott Levasseur.

La députée indépendante Martine Ouellet a demandé à voir les états financiers pour qu'on démontre l'urgence d'agir, en vain. Elle a dit qu'on lui a rapporté que La Presse perdait de l'argent depuis une vingtaine d'années.

La ministre de la Culture, Marie Montpetit, a clairement signifié la position du gouvernement, favorable à l'abrogation de la vieille loi. Elle a soutenu qu'il ne revenait pas aux élus de s'immiscer dans la direction, la structure ou la ligne éditoriale d'un média.

Guy Crevier a pour sa part dit que le PQ lui avait donné l'assurance qu'il ne ferait pas obstacle à la démarche législative.

Cependant, il faut l'accord de tous les élus pour procéder et Martine Ouellet a déjà fait part de son intention de prendre le temps qu'il faut.

Un autre magnat de la presse, l'actionnaire de contrôle de Québecor, Pierre Karl Péladeau, doit aussi comparaître à la commission parlementaire plus tard en journée.

La société mère de La Presse détient une participation dans La Presse canadienne dans le cadre d'une entente conjointe avec une filiale du quotidien The Globe and Mail et l'éditeur Torstar.