POLITIQUE
04/06/2018 14:36 EDT | Actualisé 04/06/2018 14:39 EDT

Une forte majorité de Canadiens réticents à l'idée de subventionner les sociétés pétrolières et gazières

Près du tiers d'entre eux ignoraient même que les gouvernements leur offrent déjà des subventions.

Un sondage réalisé avant que le gouvernement fédéral annonce qu'il se portait acquéreur de l'oléoduc Trans Mountain montre que les Canadiens ne sont pas chauds à l'idée d'investir dans les sociétés pétrolières et gazières.
Axel Schmidt / Reuters
Un sondage réalisé avant que le gouvernement fédéral annonce qu'il se portait acquéreur de l'oléoduc Trans Mountain montre que les Canadiens ne sont pas chauds à l'idée d'investir dans les sociétés pétrolières et gazières.

Les deux tiers des Canadiens s'opposent à ce que les gouvernements provinciaux et fédéral offrent des subventions aux sociétés pétrolières et gazières, selon un sondage réalisé par la firme Ekos en mars, soit avant que le gouvernement de Justin Trudeau n'annonce son intention d'acheter l'oléoduc Trans Mountain.

Les résultats du sondage publié lundi révèlent toutefois que tous ne s'y opposent pas pour des raisons écologiques.

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Quarante-trois pour cent des personnes qui s'opposent à de telles subventions le font pour des raisons purement économiques: elles préfèreraient réduire les dépenses publiques dans les sociétés privées ou privilégier les investissements dans les secteurs de la santé, de l'éducation ou du logement.

Dennis Owen / Reuters
Le gouvernement fédéral a annoncé la semaine dernière qu'il investirait 4,5 milliards de dollars pour acquérir l'oléoduc Trans Mountain et tout l'actif principal de Kinder Morgan Canada.

Quelque 29% des opposants aux subventions citent les changements climatiques et la pollution pour expliquer leur réticence, alors que 21% estiment que le gouvernement devrait arrêter de subventionner les pétrolières «pour créer une situation équitable pour les sources d'énergie renouvelable».

Manque de transparence

Les résultats du sondage publié lundi révèlent aussi que le gouvernement de Justin Trudeau doit faire preuve de plus de transparence quant aux subventions qu'il accorde à ces sociétés.

Alors que 96% des Canadiens croient que le gouvernement fédéral devrait informer la population des sommes accordées, près du tiers d'entre eux (30%) ignoraient même que de telles subventions existaient.

Chris Wattie / Reuters
Le vérificateur général du Canada avait tapé sur les doigts du gouvernement fédéral en 2017, lui reprochant son manque de transparence sur la question des subventions aux sociétés pétrolières et gazières.

L'an dernier, le vérificateur général du Canada Michael Ferguson, avait d'ailleurs dénoncé le manque de transparence du ministère des Finances, qui avait refusé de lui fournir les documents dont il avait besoin pour évaluer les subventions accordées par le gouvernement fédéral.

Le ministre Bill Morneau avait répondu en signant un décret qui garantirait plus de transparence «à l'avenir».

Selon Équiterre, l'un des groupes qui a mandaté le sondage, le Canada devrait travailler avec les autres pays du G7 «pour harmoniser les méthodes de divulgation des subventions».

Le sondage démontre par ailleurs que les gouvernements pourraient convaincre un plus grand nombre de Canadiens de l'utilité des subventions aux sociétés pétrolières et gazières, s'ils pouvaient démontrer, chiffres à l'appui, que ces compagnies contribuent positivement à l'économie canadienne.

Près d'un Canadien sur deux (45%) est à l'aise à l'idée d'accorder des subventions à ces compagnies, tant qu'elles «créent des emplois et de la croissance économique pour les Canadiens».

Un enjeu électoral

À l'approche des élections provinciales, les partis électoraux du Québec auraient intérêt à regarder de près les résultats du sondage de la firme Ekos.

Quelque 71% des Québécois se disent plus enclins à voter pour un parti politique qui s'engage à éliminer les subventions aux sociétés pétrolières et gazières.

Le gouvernement du Québec offre plus de 300 millions de dollars par année en soutien financier pour la consommation et le développement des énergies fossiles, selon une étude de l'Institut international du développement durable parue en mars.

AFP/Getty Images
Justin Trudeau et sa famille lors de la campagne électorale de 2015.

Au fédéral, le Parti libéral de Justin Trudeau s'était engagé pendant la campagne électorale de 2015 à «supprimer graduellement les subventions accordées à la production de combustibles fossiles», afin de respecter un engagement du G20.

La décision de se porter acquéreur de l'oléoduc Trans Mountain ne risque pas de mousser la popularité du gouvernement Trudeau. Selon un sondage Forum Research publié lundi, 52% des Canadiens s'y opposent.

Un rapport du «think tank» britannique Overseas Development Institute publié lundi indiquait que le Canada se classe bon dernier parmi les membres du G7 lorsqu'il est question de «retirer son soutien à la production gazière et pétrolière».

Toutefois, le rapport note que «le Canada a fait preuve de leadership en étant le seul pays du G7 à réformer le soutien fiscal accordé à l'exploration pétrolière depuis la fin de 2016, et l'un des deux seuls pays membres, avec les États-Unis, à réformer les programmes fiscaux destinés à la production gazière et pétrolière».