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04/06/2018 08:06 EDT | Actualisé 04/06/2018 08:06 EDT

Le nom Monsanto disparaîtra lors du rachat par Bayer

Bayer se débarrasse ainsi d'une «patate chaude» qui cadre mal avec son image de marque.

Wolfgang Rattay / Reuters

Le groupe allemand Bayer va supprimer la marque Monsanto dès qu'il aura racheté le géant américain des OGM et des pesticides, faisant ainsi disparaître un nom synonyme pour ses détracteurs des dérives de l'agrochimie.

"Bayer demeurera le nom de l'entreprise. Monsanto, en tant que nom d'entreprise, ne sera pas maintenu", a annoncé lundi le spécialiste allemand de la pharmacie et de l'agrochimie, qui compte boucler l'opération ce jeudi.

Le futur ensemble a beau conserver ses produits phare, dont l'herbicide au glyphosate commercialisé sous la marque "Round Up", il se déleste avec "Monsanto" d'un terme qui cristallise depuis des décennies les protestations des défenseurs de l'environnement.

JEAN-FRANCOIS MONIER/AFP/Getty Images
L'herbicide glyphosate, commercialisé sous le nom «Round Up» est considéré comme cancérogène.

Les salariés du groupe américain "sont fiers avant tout de leurs produits", et Monsanto avait même songé il y a des années à changer de nom, y renonçant "pour des questions de coûts", a assuré lundi Liam Condon, patron de la branche agrochimie de Bayer, lors d'une conférence téléphonique.

Bayer met en revanche en avant l'attachement des agriculteurs et professionnels aux marques comme Dekalb (semences de maïs, colza), Seminis (semences potagères) ou De Ruiter (semences potagères), qui ne seront donc pas rebaptisées.

Agriculture intensive

Par ce toilettage a minima, le groupe allemand s'efforce de prendre ses distances avec l'image sulfureuse de sa cible, honnie des organisations paysannes comme des écologistes. Monsanto a aussi été mêlée à une litanie de procédures judiciaires autour de scandales sanitaires et de nuisances à l'environnement.

Mais sur le fond, Bayer prend le plus grand pari de son histoire en avalant le groupe de Saint-Louis pour près de 63 milliards de dollars, un montant sans précédent pour une acquisition d'un groupe allemand à l'étranger -, dans le but de faire grossir sa branche agrochimie, second pilier du groupe après la pharmacie.

En annonçant ce mariage géant en mai 2016, Bayer tablait sur la nécessité d'une agriculture plus intensive, puisque la planète devrait compter près de dix milliards d'habitants en 2050 sans que les terres arables ne puissent être étendues dans les mêmes proportions.

L'entreprise Monsanto, fondée en 1901 par le chimiste John Francis Queeny, s'est concentrée à partir des années 1990 sur la chimie agricole, en se spécialisant dans les produits phytosanitaires et des semences.

Les autorités de la concurrence aux États-Unis et en Europe ont déjà donné leur feu vert à l'opération tout en imposant d'importantes cessions d'activités au rival allemand BASF, pour une valeur de près de 9 milliards de dollars (7,6 milliards d'euros).

Glyphosate menacé

Le géant de l'agrochimie, basé sur les semences et les produits chimiques et protection biologique des cultures, affiche un chiffre d'affaires cumulé de près de 20 milliards d'euros, en tenant compte des cessions d'activités à BASF qui pèsent pour environ 2 milliards d'euros.

Le futur ensemble va devancer des concurrents du secteur qui ont récemment fusionné, le chinois ChemChina avec le suisse Syngenta et les géants américains Dow et DuPont.

Le rapprochement entre Bayer et Monsanto avait été accueilli au départ avec réserve par les autorités de la concurrence, en raison de la position dominante qu'aura la nouvelle entité en matière de produits agricoles.

Par ailleurs, Bayer va mettre ainsi la main sur le glyphosate, herbicide controversé dont le caractère cancérogène fait l'objet d'études contradictoires. Le gouvernement français s'est récemment engagé à cesser d'utiliser cette substance d'ici 2021, sans pour autant inscrire l'interdiction dans la loi.

"Nous allons écouter ceux qui nous critiquent et travailler ensemble", mais "le progrès ne doit pas être stoppé en raison d'un renforcement des fronts idéologiques", a déclaré lundi Werner Baumann, PDG de Bayer.