POLITIQUE
04/06/2018 10:30 EDT | Actualisé 04/06/2018 14:55 EDT

Le gouvernement Couillard prêt à épauler l'industrie de l'aluminium

Pour sa part, le gouvernement Trudeau n'a pas voulu divulguer les détails de son aide.

Getty Images/Cultura RF

Si Québec se prépare à épauler les plus petits joueurs de l'industrie de l'aluminium visés par les droits tarifaires aux États-Unis, Ottawa commencera par analyser les effets de cette nouvelle dispute commerciale afin de déterminer quelle forme d'aide est la plus adéquate.

"Ce que je peux vous dire, c'est que nous ferons tout pour aider l'industrie (de l'acier et de l'aluminium) et les travailleurs", a affirmé le ministre fédéral du Commerce international, François-Philippe Champagne, lundi, à Montréal, dans le cadre d'un sommet sur l'aluminium.

Interrogé au cours d'une mêlée de presse, celui-ci n'a toutefois fourni d'échéancier ou un exemple de l'appui qui pourrait être offert par le gouvernement Trudeau.

M. Champagne a rappelé que son gouvernement avait déjà prouvé, dans le cadre de la dispute canado-américaine sur le bois d'oeuvre, qu'il avait à coeur le sort des travailleurs.

Depuis la semaine dernière, le Canada, le Mexique et l'Union européenne ne sont plus exemptés des droits tarifaires d'importation de 25 pour cent sur l'acier et de 10 pour cent sur l'aluminium.

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De son côté, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a été plus directe en début de journée, signalant que Québec allait intervenir.

"S'il y a un risque d'assister à des baisses de production ou des volumes d'exportation, nous serons là afin de nous assurer que les emplois sont maintenus", a-t-elle expliqué, dans le cadre de ses remarques visant à lancer la deuxième et dernière journée du sommet.

Une rencontre est prévue lundi prochain avec les acteurs du secteur pour s'assurer que l'aide répond adéquatement aux besoins.

Québec compte adopter une approche similaire à celle mise de l'avant dans le conflit canado-américain sur le bois d'oeuvre, dans le cadre de laquelle jusqu'à 300 millions $ en prêts et garanties de prêt sont sur la table. Environ 20 demandes ont été envoyées au ministère de l'Économie, qui n'est pas encore intervenu.

L'industrie de l'aluminium discute avec Québec et Ottawa depuis quelques semaines afin d'identifier les moyens les plus efficaces pour épauler l'industrie, a de son côté expliqué le président de l'Association de l'aluminium du Canada (ACC), Jean Simard.

Sous pression

Contrairement aux producteurs primaires comme Rio Tinto, Alcoa et Aluminerie Alouette - qui exploitent neuf alumineries au Québec - les plus petits transformateurs n'ont probablement pas les liquidités nécessaires pour absorber le tarif de 10 pour cent, estime M. Simard.

"Nous sommes en territoire inconnu, a affirmé M. Simard, ajoutant que la situation actuelle était une première. Nous aurons besoin (de temps) pour déterminer de quelle façon nous pourrons nous assurer de ne pas perdre de joueurs dans notre industrie."

Plus de 1400 entreprises oeuvrent dans le domaine de la transformation de l'aluminium dans la province. Elles génèrent une partie des 10 000 emplois directs et 20 000 autres postes indirects rattachés à l'industrie du métal gris.

Ce qui est survenu la semaine dernière est une attaque directe à l'endroit de notre économie. Dominique Anglade

Dans l'immédiat, toutefois, le président de l'AAC ne s'attend pas à des pertes d'emplois dans l'industrie.

"Clairement, ce qui est survenu la semaine dernière est une attaque directe à l'endroit de notre économie et ce n'est pas raisonnable parce qu'on ne règle pas le vrai problème, a déploré Mme Anglade. Nous savons tous que l'enjeu principal est la production excédentaire chinoise."

Production chinoise

D'ailleurs, les discussions du sommet se penchent sur les difficultés rencontrées par l'industrie alors que des tarifs sont désormais en vigueur aux États-Unis et qu'il est difficile de concurrencer la Chine.

Qualifiant de "profondément troublante" la décision prise par Washington, M. Champagne a estimé qu'elle n'était pas la solution à la surcapacité de production chinoise.

"Nous connaissons le problème et cela (les tarifs) n'est pas la solution", a-t-il dit, au cours d'une allocution.

Si les politiques agressives du président Trump ont bousculé le marché, la vraie solution se trouve dans la mise en place d'un système multilatéral qui tient compte de la présence d'entreprises chinoises qui appartiennent au gouvernement, a expliqué Chad Brown, du Peterson Institute for International Economics - un centre de recherche spécialisé dans l'analyse du commerce international.

"Je crois qu'il (M. Trump) a attiré l'attention de beaucoup d'intervenants dans le monde, dont la Chine, et peut-être que ce pays est prêt à changer son fusil d'épaule et à négocier sur certains enjeux", a-t-il dit, au cours d'un atelier.

M. Brown a également souligné que l'imposition de tarifs sur les importations chinoises d'acier n'a pas permis de régler le problème de surcapacité mondiale, a-t-il expliqué au cours d'un atelier. Ainsi, a suggéré l'expert, la solution passe peut-être par une pression accrue sur la Chine et l'Organisation mondiale du commerce (OMC) dans le but de tenter de stimuler les négociations.

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