POLITIQUE
03/06/2018 13:10 EDT | Actualisé 03/06/2018 15:38 EDT

Martine Ouellet échoue son test de confiance au Bloc québécois

Elle a obtenu 32% d'appui lors du vote de confiance.

LA PRESSE CANADIENNE/Matthew Usherwood

Martine Ouellet a perdu son pari: les membres du Bloc québécois ont majoritairement rejeté son leadership même s'ils ont accepté la mission résolument indépendantiste qu'elle souhaitait donner au parti.

Mme Ouellet doit se prononcer sur son avenir lundi matin, mais plusieurs intervenants jugent qu'il est clair qu'elle devra démissionner.

Pas moins de deux militants sur trois ont rejeté le leadership de Mme Ouellet, selon les résultats dévoilés dimanche par le président de la consultation référendaire, André Binette.

Pourtant, amère consolation pour elle, une majorité de militants ont appuyé l'orientation que Mme Ouellet proposait.

Ainsi, 65 pour cent des votants ont approuvé que l'idée que le Bloc québécois doit dans ses actions quotidiennes, être le promoteur de l'option indépendantiste en utilisant chaque tribune et chaque occasion pour démontrer la nécessité de l'indépendance du Québec tant avec les militants, les citoyens qu'avec les médias et au Parlement d'Ottawa d'ici l'indépendance.

Conférence de presse lundi

Mme Ouellet a été informée des résultats une heure avant leur dévoilement. Elle ne les a pas encore commentés, mais elle compte réagir lundi au cours d'une conférence de presse.

C'est l'un de ses conseillers, Gilbert Paquette, qui était présent à Montréal dimanche pour réagir à la décision des membres, qui avaient voté vendredi et samedi. Le taux de participation était de 59 pour cent.

M. Paquette a refusé de dire ce que Mme Ouellet prévoit annoncer, mais il a dit que le Bloc allait se "priver d'une extraordinaire porte-parole".

Le député et président du parti, Mario Beaulieu, a lui aussi laissé entendre que la démission de la chef était inévitable à la lumière du vote.

"Avec 32 pour cent, je pense que ce serait difficile, mais on va la laisser faire sa déclaration", a-t-il confié en conférence de presse.

Selon l'ancien chef du Bloc Québécois, lui-même un opposant avoué de Mme Ouellet, Gilles Duceppe, celle-ci "n'a pas le choix" de démissionner.

"À 50 pour cent plus un, c'était déjà ridicule, à 32 (pour cent), il me semble que c'est clair", a-t-il lancé à La Presse canadienne.

Autopsie d'une défaite

Gilbert Paquette a expliqué ce résultat par la campagne médiatique menée, selon lui, contre Mme Ouellet et tous ceux qui l'appuyaient. D'après lui, tout ce qu'on peut reprocher à Mme Ouellet, c'est d'avoir perdu ce vote.

"Écoutez, il y a eu deux efforts de médiation, il y a eu une invitation des députés dissidents au bureau national du Bloc qui a été refusée. Il n'y a pas eu possibilité d'une discussion avec les gens qui s'opposaient à son leadership", a-t-il soutenu.

Les deux députés qui appuyaient toujours Mme Ouellet, Xavier Barsalou-Duval et Marilène Gill, se sont dits déçus du résultat concernant leur chef, mais ils étaient soulagés que les membres aient accepté la mission fondamentalement indépendantiste du parti.

"C'est l'article un, c'est la quatrième fois qu'on se prononçait là-dessus. Et là c'est clair, les gens se qu'ils veulent, c'est une promotion active et assumée de l'indépendance", a confié Mme Gill.

Les deux députés n'ont pas voulu se prononcer sur l'avenir de Mme Ouellet, ou sur une possible course à la direction.

Mario Beaulieu a quant à lui dit que ce n'était "pas du tout son objectif" de briguer une nouvelle fois la direction du parti.

Espoir pour l'avenir

Des intervenants qui avaient réclamé, d'une part, la démission de la chef, et d'autre part, la "refondation" du parti, ont fait un appel au dialogue dans la foulée de ce résultat.

Mario Beaulieu, Camille Goyette-Gingras, la présidente du Forum Jeunesse, et les porte-parole de la Coalition pour l'Unité Indépendantiste Valérie Tremblay et Yves Perron, étaient présents à la conférence de presse des opposants.

Des discussions sont déjà entamées avec des députés démissionnaires, dont Simon Marcil et Michel Boudrias qui seraient ouverts à éventuellement réintégrer le caucus, selon M. Beaulieu.

Selon eux, le Bloc québécois pourra se relever de cette crise même à moins d'un an et demi des élections.

"Ça a fait très mal, ça a causé des blessures, mais le parti va survivre. Les membres, ce qu'ils ont dit, c'est qu'ils étaient tannés de la crise, mais ils sont restés membres", a soutenu M. Beaulieu.

"On est capables de se relever ce ça, je suis convaincu de ça. Il faut qu'on se parle, il y a différents groupes qui se sont entredéchirés dans les derniers mois. On va discuter ensemble, et on va trouver quelque chose", a renchéri M. Perron.

De son côté, M. Duceppe a lui aussi fait preuve d'optimisme pour l'avenir. Il croit que le résultat "ouvre la porte à un ralliement" puisque les sept députés qui sont partis l'ont fait à cause de la présence de Martine Ouellet. Il a comparé la situation du Bloc à celle des conservateurs qui n'étaient plus que deux députés à la suite des élections de 1993.

"Du moment qu'elle part, je crois qu'il vaut mieux que tous les gens reviennent ensemble, changent complètement la proposition principale, changent la direction du bureau national, organisent un congrès à la chefferie après les élections au Québec et qu'il y ait un homme ou une femme qui devient chef du Bloc québécois à la fin de ce congrès", souligne-t-il.