POLITIQUE
01/06/2018 16:19 EDT | Actualisé 01/06/2018 16:19 EDT

Ottawa fait un premier versement à Québec pour la prise en charge des demandeurs d'asile

Le gouvernement québécois, à lui seul, réclame 146 millions $.

Andrew Francis Wallace via Getty Images

Ottawa verse 50 millions $ aux trois provinces qui ont eu à composer avec l'arrivée massive de migrants.

Le ministre fédéral de l'Immigration Ahmed Hussen a fait cette annonce à sa sortie des Communes, vendredi après-midi. Il a assuré que son gouvernement ne s'arrêtera pas là et continuera à étudier les demandes des provinces où arrivent les demandeurs d'asile en traversant à pied la frontière américaine.

Le gouvernement québécois, à lui seul, réclame 146 millions $ pour la prise en charge des demandeurs d'asile arrivés l'an dernier. Trente-six des 50 millions annoncés vendredi iront à Québec pour couvrir les frais d'hébergement temporaire des migrants.

L'Ontario récoltera 11 de ces millions et le Manitoba, trois.

«C'est l'aide initiale pour des besoins immédiats, pour répondre à la nécessité de logements temporaires, d'hébergement temporaire cet été», a expliqué le ministre Hussen.

«C'est une (première) reconnaissance concrète par le (gouvernement fédéral) de l'effort considérable que le (Québec) fait depuis 2017 concernant l'arrivée massive des demandeurs d'asile irréguliers. C'est un montant initial et les discussions sur le remboursement total des dépenses se poursuivent», s'est empressé de lancer sur son fil Twitter le ministre québécois de l'Immigration David Heurtel.

Le ministre Heurtel a aussi tenu à rappeler qu'il attend toujours le plan de triage promis par Ottawa.

«Le triage hors Québec doit être également mis en place rapidement», a-t-il réclamé dans un second gazouillis.

Ce plan de triage doit rediriger les demandeurs d'asile plus rapidement vers l'Ontario si telle est leur destination finale préférée.

Vendredi, le ministre Hussen a dit qu'un centre d'accueil a été installé à Cornwall pour ces migrants, mais il ne sera pas ouvert tant que l'Ontario n'aura pas identifié des ressources d'hébergement temporaire à l'extérieur de Toronto.

«Le défi maintenant est de s'assurer que le système en place est complet, a-t-il plaidé. Vous ne pouvez pas avoir seulement un centre d'accueil sans avoir des endroits où envoyer les gens. Et Toronto dit déjà avoir atteint sa pleine capacité (d'accueil).»

Le ministre cherche donc, avec la province ontarienne, des logements à l'extérieur de la métropole torontoise. Si son ministère avait promis le plan de triage pour le 27 avril dernier, M. Hussen n'avance plus maintenant aucune date, pendant que Québec continue de s'impatienter.

Et comme l'Ontario aura un nouveau gouvernement le 7 juin prochain, l'éventuel plan de triage devra attendre aussi l'approbation des nouveaux maîtres de Queen's Park, a convenu le ministre Hussen.

«Ce n'est qu'une autre solution temporaire», s'est indignée Michelle Rempel, l'élue conservatrice qui talonne le gouvernement sur les questions de migration.

«Cette demande (des provinces) pour plus d'argent pour des logements, des soins de santé (...) va toujours aller en augmentant», a-t-elle prédit en supposant que le nombre de migrants aussi continuera d'augmenter.

«Il y a d'autres aspects de cette situation que l'argent ne peut pas régler», a tenu à rappeler le néo-démocrate Alexandre Boulerice, tout en applaudissant l'annonce de 50 millions $, qui est, selon lui, «un pas dans la bonne direction».

Les néo-démocrates réclament la suspension de l'entente des tiers pays sûrs tandis que les conservateurs voudraient plutôt que cette entente s'applique à toute la frontière canado-américaine et pas seulement aux postes-frontières officiels.

Depuis le début de l'année, le gouvernement a compté plus de 9000 demandeurs d'asile passés à pied des États-Unis, en évitant les postes-frontières officiels. Quatre-vingt-dix pour cent d'entre eux ont traversé au chemin Roxham, au Québec. Mais si on comptait 80 migrants par jour, en moyenne, en avril, ils n'étaient plus que 51 par jour en mai.