DIVERTISSEMENT
31/05/2018 14:04 EDT | Actualisé 31/05/2018 14:10 EDT

Clap de fin pour «The Americans», la série sur la Guerre froide qui fait écho à la réalité des années 1980

La série américaine s'est terminée pour de bon jeudi soir sur la chaîne FX Canada.

Elle se passe pendant la Guerre froide et a commencé à être diffusée quatre ans avant l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, mais rappelle étrangement la réalité: la série "The Americans" est terminée après avoir tenu fans et critiques en haleine pendant six saisons.

La série suit deux agents du KGB profondément infiltrés dans la société américaine des années 1980: Elizabeth et Philip Jennings ont tout d'Américains moyens, tiennent une agence de voyages et vivent dans une grande maison en banlieue mais sont en fait des espions russes d'élite.

Dans cette sixième saison, ils sont en fuite, rattrapés par un plan de leur propre agence pour ruiner un sommet historique entre le président américain Ronald Reagan et le réformiste soviétique Mikhaïl Gorbatchev, qui pourrait mettre fin à la Guerre froide.

Leur voisin Stan, un agent du FBI, va-t-il lever le voile sur leur identité ? Parviendront-ils à s'en sortir? Le secret était aussi bien gardé par la chaîne FX que les codes nucléaires par la Maison Blanche.

Mercredi soir, les fans ont pu découvrir à la télévision américaine le dénouement en regardant le dixième et dernier épisode de l'ultime saison. Ceux qui n'ont pu le regarder en direct tentent par tous les moyens de se protéger des spoilers. Une journaliste a ainsi bloqué une longue liste de mots sur Twitter qui pourraient lui faire découvrir le dénouement par accident.

Peu importe la conclusion imaginée par son créateur, le thème au coeur de la série --les dégâts provoqués par la concurrence entre Moscou et Washington-- restera dans les esprits dans une capitale américaine consumée par la peur que le renseignement russe ait manipulé l'élection de Donald Trump en 2016, et où l'ingérence russe est évoquée au quotidien par les médias.

De la difficulté d'être espion

Le synopsis de départ est simple: comment les Jennings - incarnés par Keri Russell et Matthew Rhys - vivent avec leurs deux enfants en même temps qu'ils obéissent aux ordres du KGB, dérobent des documents classés top secrets, éliminent des rivaux et échappent au contre-espionnage américain.

Déchirés entre leurs obligations d'espions endurcis et leur vie de parents, ils doivent naviguer entre les écueils d'un mariage auquel ils ont été contraints par leur hiérarchie, l'éducation d'adolescents et la guerre des factions à Moscou.

Dans la sixième saison, ils sont pris entre la vieille garde communiste et les progressistes représentés par Gorbatchev, une bataille qui va provoquer le chaos dans les derniers épisodes.

Bien qu'Hollywood ait produit de nombreux films et séries sur des espions, nombreux sont les responsables du renseignement à Washington à saluer le réalisme de "The Americans".

Un réalisme dû en partie à la coopération entre FX et d'ex-espions, qui ont fait office de conseillers. Le créateur et producteur exécutif de la série lui-même, Joe Weisberg, est un ancien de la CIA.

Son idée a été approuvée peu après l'arrestation, en 2010, d'une dizaine d'espions russes aux Etats-Unis.

Activités "captivantes et terrifiantes"

A Washington, où la communauté du renseignement est une élite comme les financiers le sont à Wall Street et les champions de la tech à la Silicon Valley, beaucoup sont passionnés par "The Americans". Même la nouvelle directrice de la CIA, Gina Haspel, est fan.

S'exprimant mercredi à Los Angeles lors d'un forum parrainé par la CIA consacré à la série, un ancien responsable du contre-renseignement de l'agence, Mark Kelton, a confié que le programme dépeignait avec fidélité les activités à la fois "captivantes et terrifiantes" dans l'univers des espions contre espions.

L'ancien agent de la CIA a noté toutefois certaines différences entre les espions version "The Americans" et la réalité, notamment l'omniprésence du sexe.

"C'est très rare d'après mon expérience... Malheureusement pour moi quand j'étais jeune", a-t-il ironisé.

Dans une tribune publiée par le Washington Post, Jonna Hiestand Mendez, qui fut agent de la CIA en Europe pendant des années, qualifie le sexe mais aussi la violence dans la série d'"exagérés et gratuits", soulignant que, bien qu'elle ait été formée au tir de plusieurs types d'armes à feu, elle n'en a jamais porté une en 30 ans.

"Les techniques et la technologie des années 1980 sont en général justes dans The Americans", estime-t-elle. Et Jonna Hiestand Mendez reconnaît que "The Americans" est "une exploration réfléchie de la nécessité de gérer la tromperie quotidienne qui fait partie du travail d'un espion".

Mark Kelton a aussi estimé que la série a bien saisi les contretemps dans la vie personnelle des espions. L'ultime épisode est principalement tourné sur ce qui advient à la famille Jennings.

"Ca a des répercussions sur les familles", a insisté M. Kelton.