POLITIQUE
31/05/2018 14:24 EDT | Actualisé 31/05/2018 15:23 EDT

Le Canada réplique aux États-Unis après l'imposition de taxes sur l'acier et l'aluminium

Justin Trudeau a jugé que la mesure des États-Unis était inacceptable.

Justin Trudeau et Chrystia Freeland.
La Presse canadienne/Patrick Doyle
Justin Trudeau et Chrystia Freeland.

Ottawa sert à Washington sa propre médecine. Le gouvernement canadien a annoncé jeudi des mesures de représailles pour riposter aux tarifs douaniers imposés par les États-Unis sur l'acier et l'aluminium à compter de minuit jeudi soir.

Face à cette décision "inacceptable" de l'administration Trump, le Canada imposera des surtaxes et d'autres mesures similaires pouvant atteindre 16,6 milliards $ sur des produits de l'acier et de l'aluminium d'origine américaine, à des taux respectifs de 25 et 10 pour cent.

Les contre-mesures canadiennes, qui touchent aussi une flopée d'autres produits, prendront effet le 1er juillet 2018 et resteront en vigueur jusqu'à ce que les États-Unis éliminent les taxes punitives sur les exportations canadiennes décrétées jeudi matin.

"Soyons clairs: ces tarifs douaniers sont inacceptables (...) La décision d'aujourd'hui appartient entièrement à l'administration américaine", a déclaré le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse à Ottawa.

C'est le geste commercial le plus fort que le Canada a posé dans l'après-guerre. C'est une réponse très forte, c'est une réponse proportionnée, c'est parfaitement réciproque.Chrystia Freeland

"Ça a été leur choix de commencer et d'imposer ces mesures inacceptables et donc, nous répondons. Comme je l'ai toujours dit très clairement au président Trump, nous allons toujours être là pour défendre les intérêts des Canadiens et des travailleurs canadiens", a-t-il ajouté.

À ses côtés, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a fait valoir que la réplique miroir d'Ottawa "à une très mauvaise décision des États-Unis" était costaude, mais tout de même raisonnable.

"C'est le geste commercial le plus fort que le Canada a posé dans l'après-guerre. C'est une réponse très forte, c'est une réponse proportionnée, c'est parfaitement réciproque", a-t-elle argué en conférence de presse.

La ministre Freeland a aussi confirmé que le gouvernement canadien déposerait une plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) "pour contester ces mesures américaines illégales et contre-productives".

Chris Wattie / Reuters
Justin Trudeau

La démarche sera faite en collaboration avec des pays membres de l'OMC "partageant la même vue, y compris l'Union européenne (UE)", a-t-elle précisé.

Le Canada y est allé de cette riposte quelques heures après que le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, eut annoncé que Washington imposerait des tarifs douaniers sur l'acier et l'aluminium du Canada, du Mexique et de l'UE à compter de minuit jeudi soir.

M. Ross a justifié leur imposition à Ottawa et Mexico en établissant un lien direct avec les pourparlers de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALÉNA).

Le secrétaire Ross a soutenu que ces discussions prenaient "plus de temps que nous l'avions espéré" et qu'il n'y avait pas d'issue en vue. Il a affirmé que si les deux pays répliquaient avec des mesures de rétorsion, cela n'affecterait pas la capacité de poursuivre la renégociation.

Le Canada, le Mexique et l'UE avaient été exemptés des droits d'importation de 25 pour cent sur l'acier et de 10 pour cent sur l'aluminium lorsqu'ils ont été imposés pour la première fois en mars, mais ces exemptions expireront vendredi.

Réactions à Ottawa

Au Parti conservateur, le député Maxime Bernier, a regretté cette sanction américaine. "Une guerre commerciale, c'est jamais sain. Donc, ça n'aidera pas les consommateurs d'ici ou les consommateurs américains", a-t-il affirmé en mêlée de presse au parlement.

Son collègue Jacques Gourde est d'avis que le premier ministre doit "continuer à négocier, de (jouer) "fair play" et jouer encore le bon gars". En même temps, il s'est demandé "jusqu'à quel point qu'on peut avoir un poids avec le gouvernement américain" dans ce dossier.

De son côté, la députée néo-démocrate Karine Trudel - qui représente une circonscription où le secteur de l'aluminium en est un névralgique - a exhorté Justin Trudeau à s'envoler vers Washington immédiatement.

Le premier ministre devrait prendre l'avion, devrait aller voir directement le président des États-Unis. Puis avoir vraiment une discussion d'homme à homme, sérieux, dans le blanc des yeux, et d'établir un plan d'action.Karine Trudel, députée du NPD

Gabriel Ste-Marie, de Québec debout, a pour sa part exigé du gouvernement fédéral qu'il ne laisse pas "l'aluminium en plan au profit de l'acier", car "l'aluminium c'est au Québec, c'est des milliers d'emplois", a-t-il souligné.

Les députés Trudel et Ste-Marie n'étaient pas prêts à aller jusqu'à réclamer une enveloppe d'aide pour les industries et leurs travailleurs qui seront affectés par les tarifs douaniers de l'administration Trump.

À l'Assemblée nationale, la ministre de l'Économie, Dominique Anglade, a promis que le gouvernement allait profiter d'une rencontre en marge du G7, lundi, pour "défendre bec et ongles les intérêts du Québec".

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