BIEN-ÊTRE
31/05/2018 05:37 EDT | Actualisé 31/05/2018 05:48 EDT

Les adolescentes devraient choisir le stérilet avant la pilule, dit la Société canadienne de pédiatrie

Les craintes liées à l'utilisation du stérilet sont des vestiges du siècle dernier, expliquent les pédiatres.

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La Société canadienne de pédiatrie privilégiera dorénavant les contraceptifs réversibles à longue durée d'action. Au Canada, les seuls contraceptifs de ce genre à être offerts sont les stérilets.

Les pédiatres canadiens recommanderont dorénavant le stérilet aux adolescentes avant toutes les autres méthodes contraceptives.

La Société canadienne de pédiatrie (SCP) a publié jeudi un nouveau document de principes qui rompt avec la pratique vieille de plusieurs décennies de privilégier la pilule contraceptive ou les injections de type Depo-Provera comme moyen contraceptif pour les adolescentes.

«On commençait toujours la discussion avec la pilule ou les injections. Or, ces méthodes-là sont efficaces, mais pas aussi efficaces que les stérilets», a expliqué au HuffPost Québec le Dr Giuseppina Di Meglio, membre du comité de la santé de l'adolescent de la SCP et spécialiste de la médecine de l'adolescence à l'Hôpital de Montréal pour enfants.

Selon une étude de l'Institut de la statistique du Québec réalisée en 2010, un tiers des jeunes de la province se déclarent sexuellement actifs. Près de 65 % de ceux qui utilisent une méthode contraceptive choisissent la pilule.

Implants sous-cutanés
La recommandation de la Société canadienne de pédiatrie ne touche pas exclusivement les contraceptifs intra-utérins. Elle consiste plutôt à privilégier tous les contraceptifs réversibles à longue durée d'action. Ceux-ci incluent les stérilets en cuivre et avec hormones, mais aussi les implants sous-cutanés. Toutefois, ces derniers ne sont pas offerts au Canada à l'heure actuelle.

C'est quoi, un stérilet?

Le stérilet est un petit appareil, souvent en forme de T, qui est inséré dans l'utérus pour prévenir les grossesses. Il en existe deux types: le stérilet en cuivre et le stérilet hormonal.

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Le stérilet en cuivre est efficace à plus de 99%.

Le stérilet en cuivre, aussi appelé dispositif intra-utérin (DIU), est toxique pour les spermatozoïdes et contribue aussi à empêcher l'implantation d'un ovule fécondé dans l'utérus en modifiant la paroi de l'endomètre.

Le stérilet hormonal, ou système intra-utérin (SIU), est quant à lui fait de plastique. Il épaissit le mucus du col de l'utérus, bloquant la route aux spermatozoïdes. Il émet aussi de la progestérone, ce qui contribue d'autant plus à empêcher l'implantation d'un ovule fécondé.

Taux d'efficacité

En théorie, la pilule contraceptive, les injections de Depo-Provera, l'anneau intravaginal (NuvaRing) et le timbre transdermique (le «patch») sont aussi ou même plus efficaces que le stérilet. L'ensemble de ces méthodes ont des taux d'efficacité de plus de 99%.

«Mais l'efficacité qu'on atteint dans la recherche n'est pas celle qu'on atteint dans la vraie vie», nuance Dr Di Meglio. Elle explique que tout y est contrôlé étroitement: l'âge des patients, leur poids, leurs antécédents médicaux, etc.

«Dans la vraie vie, l'efficacité de la pilule, par exemple, est autour de 91%», note Dr Di Meglio.

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Mais comme le stérilet ne dépend d'aucune intervention de la patiente, son taux d'efficacité réel dépasse bel et bien 99%.

Toutefois, il ne faut pas voir dans la nouvelle recommandation un désaveu de la pilule, souligne Dr Di Meglio. «Il s'agit juste de privilégier les méthodes les plus efficaces.»

Des craintes infondées

Beaucoup d'idées reçues entourent le stérilet, et la communauté médicale a beaucoup à y voir. Jusqu'à récemment, le stérilet était fortement découragé pour les adolescentes, notamment parce qu'on croyait qu'il augmentait le risque d'infections pelviennes, qui peuvent causer l'infertilité si elles ne sont pas traitées à temps.

Or, ce n'est pas le cas. «On s'est rendu compte il y a une vingtaine d'années que les risques qu'on croyait associés au stérilet sont plutôt associés aux maladies transmises sexuellement comme la gonorrhée et la chlamydia», explique Dr Di Meglio. L'utilisation du condom est le seul moyen efficace de se protéger de ces maladies.

Le consensus médical, à l'époque, était que le stérilet pouvait faire voyager les bactéries responsables de l'infection pelvienne vers l'utérus. «Et ce n'est pas le cas, du moins pas avec les stérilets qui sont sur le marché aujourd'hui», assure la pédiatre.

Les esprits ont été fortement marqués par la saga judiciaire entourant un modèle particulier de stérilet, le Dalkon Shield, dans les années 70 et 80. Plus de 200 000 femmes aux États-Unis ont rapporté avoir connu des problèmes médicaux importants à cause de ce stérilet. Certaines patientes sont même décédées des suites d'une infection.

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Le Dalkon Shield, dont la forme et le fonctionnement était différent de la plupart des stérilets actuels, a été retiré du marché en 1974..

Le Dalkon Shield n'est plus sur le marché depuis 1974, mais cet important scandale médical a contribué à rendre les femmes méfiantes envers tous les stérilets.

Effets secondaires

Plusieurs femmes hésitent à adopter le stérilet comme méthode contraceptive parce qu'elles craignent que leurs menstruations deviennent plus abondantes et douloureuses. S'il est vrai que ces effets secondaires sont assez fréquents dans le cas du stérilet en cuivre, le stérilet hormonal a souvent l'effet contraire.

«En fait, on utilise même le stérilet hormonal pour des jeunes qui ont besoin d'un contrôle de leurs crampes et pour qui les autres médicaments n'ont pas fonctionné. Ça peut donc soulager les problèmes au lieu de les causer», affirme la professionnelle de la santé.

À 17 ans, plus d'un tiers des adolescents québécois sont sexuellement actifs.

Le stérilet en cuivre peut quant à lui être une alternative efficace pour les jeunes femmes qui ne souhaitent pas utiliser les méthodes hormonales ou pour qui elles sont contre-indiquées, par exemple parce qu'elles souffrent de migraines avec aura.

La Société canadienne de pédiatrie reconnaît toutefois que les contraceptifs intra-utérins ne conviennent pas à toutes les femmes et que certaines adolescentes ne sont pas à l'aise à les utiliser. L'énoncé de principes encourage les pédiatres à être à l'écoute de leurs patients et à maintenir le dialogue sur la contraception.

«Le but est de favoriser les méthodes les plus efficaces en expliquant leurs avantages et leurs risques aux jeunes, mais ça ne veut pas dire qu'on insiste pour qu'ils utilisent ça. C'est une collaboration», renchérit Dr Di Meglio.